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Publié par BALCHOY

Marthe éclata en sanglots.
                                   
-"Je vous en prie, je confesserai moi-même ma faute devant le Grand Conseil. Peut-être ainsi aurai-je une chance d'être pardonnée ?"

-"Bon, on verra, je vous demande toutefois de vous retirer dans la salle de méditation et de réfléchir à votre attitude coupable. Je vous verrai tout à l'heure."

Tandis que Marthe s'éloignait le visage en pleurs et les épaules basses, sans aucun regard pour Ghislain, le responsable se tourna vers lui qu'il avait superbement ignoré jusque là.

-"Frère Jacinthe, je vous serais reconnaissant de ne plus prendre d'initiatives sans en avoir reçu l'autorisation préalable de votre frère conseil ou d'un responsable de la Communauté. Je vous rappelle que nous ne sommes pas ici pour faire triompher notre volonté propre égoïste mais pour faire transparaître à travers l'ensemble de notre vie le grand dessein commun qui fera de notre Ordre une force de salut pour l'humanité de demain.
Retournez voir votre frère conseil ; il vous attend à l'entrée du bâtiment principal et vous conduira à une scéance de persuasion mystique."

En entendant ces derniers mots, Ghislain se sentit tout à la fois engoissé et agacé. Et s'il s'était trompé en se croyant le plus fort !

En arrivant à l'endroit du rendez-vous, il retrouva son frère conseil, dont le visage soucieux et désapprobateur le frappa. Manifestement il était mécontent.

-"Et bien, frère Jacinthe,  que faisiez-vous dans le potager ? Je vous avoue qu'un frère qui passait par là a été scandalisé par votre attitude. Nous ne sommes pas ici pour flirter mais pour découvrir une Vérité qui nous dépasse, qui n'est pas notre lubie mais Celle que nous a définie notre Maître."

Ghislain protesta de sa bonne foi un peu mollement peut-être :

-"Pardonnez-moi, frère, j'ai simplement voulu rendre service et me rendre utile à la Communauté. J'étais loin de penser que mon intervention s'opposait à notre manière de vivre."

-"N'en parlons plus, frère, vous allez participer à un type d'entretien qui risque de vous étonner. Il est évident que la conception décadente des prétendus droits de l'homme qui prédomine dans la vie laïque, est tout à fait opposée à ce que vous allez vivre. C'est pour vous à présent l'épreuve de la vérité. Si vous vous en tirez correctement, vous aurez une chance certaine de pouvoir tendre avec nous tous vers la perfection. Sinon il vaudra mieux pour vous, retourner à votre petite vie bourgeoise.
Je jetterai un oeil sur vos réponses et nous en discuterons plus tard ; d'ici-là, puis-je vous demander de ne pas vous écarter de la grande Entrée. Je vous y rejoignerai.
A propos, connaissiez-vous déjà notre soeur Ecarlate ?"

Ghislain ne put s'empêcher de rougir et lui répondant d'un air gêné :

-"Non, c'est la première fois que je rencontre cette personne - Zut, il n'aurait pas du l'appeler ainsi . N'y avait-il pas ici que des soeurs ou des frères ? - mais à son accent, j'ai découvert en elle une compatriote et cela m'a incité à discuter sans malice aucune avec elle de notre vie ici."

L'autre ne répondit pas mais son visage dur et fermé montrait à l'évidence son scepticisme.

Frère Jacinthe se rapprocha donc du porche de l'entrée principale et faisant les cent pas de long en large, il observa les allées et venues particulièrement nombreuses à cet instant.

Un camion rempli de denrées alimentaires stationnait à proximité. Il le regarda d'un air d'abord distrait puis plus attentif quand il remarqua entre les bottes de conserves et de casiers d'eau minérale un certain nombre de caisses de bois bien cerclées de fer portant l'estampille "FN" qu'il connaissait bien puisqu'elle était celle de la principale fabrique d'armes de guerre et de munitions de son pays. Curieux dans une entreprise clamant haut et fort son pacifisme.

Faisant semblant d'admirer le paysage, Ghislain du coin de l'oeil suivit discrètement le déchargement de ce curieux chargement. Or, alors que tout ce qui était alimentaire ou ménager prenait manifestement le chemin de la cuisine, deux frères s'occupèrent exclusivement des caisses "FN", les prenant en charge avec d'énormes précautions ; ils les déposèrent sur une brouette puis allèrent les entreposer au loin quelque part dans la ferme.

Brusquement il sursauta :  quelqu'un venait de poser cavalièrement sa main sur son épaule. Se retournant brusquement, avec un peu plus que de l'agacement, le biologiste namurois se trouva nez à nez avec une frère de petite taille au visage tout rond et tout souriant, le vivant contraire de son "instructeur" de tout à l'heure.

-"Salut Jacinthe, on m'a demandé" de te prendre en charge en attendant ta prochaine entrevue avec le frère "Hermine angélique". Je suis le frère "Sylvestre", je m'occupe de la ferme, avec moi, tu verras, on rigole bien, ce qui n'est pas spécialement le cas du frère "Justice" qui, comme tu l'as vu, a du avaler son sourire un jour de disette."

-"A part faire passer des tests d'aptitude, quel est son rôle parmi nous, risqua Ghislain."

-"Oh, tu sais, personne ne le sait vraiment, sauf le Grand Maître et encore ! Dès qu'il y a un problème de mécontentement ou de discipline quelque part, on voit apparaître sa face de rat et les sanctions pleuvent. Crois-moi, Jacinthe, moins tu auras affaire à lui et mieux tu te porteras."



Yvan Balchoy
b lchoyyvan13@hotmail.com
http://poete-action.ultim-blog.com












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