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Publié par BALCHOY

Le jour où, cédant aux pressions internes et externes qui l’accablent, il va se livrer à la police, on le sent animé de l’espoir secret de voir ainsi s’écrouler le mur qui l’idole de la communion humaine. Mais son aveu, dont la motivation reste égocentrique, ne met pas fin à sa douloureuse solitude.
Pendant sa captivité, il ressent toujours davantage la nécessité d’un revirement intérieur plus radical. « Qu’il eut été heureux de s’accuser lui-même. » (1) Il aspire à une vie nouvelle, mais
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(1) Crime et Châtiment, page 605
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Ne sait comment l’atteindre :

    -« Pourquoi vivre ? Pour quels projets ? Vers qui tendre mes efforts ? Vivre pour une idée, pour un espoir, même pour un caprice, vivre simplement ne lui avait jamais suffi. Il voulait toujours davantage ! » (2)
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(2) Crime et Châtiment, page 605
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Sonia, qui avait déjà tant fait pour le pousser dans la voie de l’aveu (3) et qui l’a accompagné en Sibérie, va tout tenter pour lui faciliter ce passage douloureux du remord égocentrique au repentir.
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(3) Qu’on se rappelle la fameuse scène de la lecture de l’Evangile de la Résurrection de Lazare qui sera évoquée plus loin en cette étude, page
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Par son amour désintéressé, elle le met sur la route du Christ. Longtemps, le jeune criminel reste insensible, semble-t-il à cette influence. Sa brutalité vis-à-vis de sa compagne cache mal chez lui l’ambiguïté de sa situation personnelle, la déception d’un cœur meurtri, humilié d’être incapable de réaliser son aspiration à une vie plus élevée :

    -« Il rougissait devant Sonia elle-même et pour s’en venger se montrait grossier et méprisant à son égard. » (4)
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(4) Crime et Châtiment, page 605
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Mais peu à peu, le combat de Sonia porte fruit et son ami en vient à comprendre que l’amour de la jeune fille lui ouvre la porte d’un certain paradis qui lui fait perdre sa solitude ravageuse.

Dans le cas de Raskolnikov, tout autant qua dans celui de Dmitri, Dostoïevski souligne la valeur régénératrice de l’amour qui fait éclater l’isolement du « moi » et libère l’esprit humain de la culpabilité.
Rodion découvre que Sonia et lui sont réellement solidaires et interdépendants ; rien désormais ne pourra plus les séparer. « Le cœur de l’un enfermait une source de vie inépuisable pour l’autre. » (5)
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(5) Crime et châtiment, page 612
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Dmitri Karamazov découvre lui aussi que son humilité, développée jusqu’au sentiment de culpabilité collective, rétablit la communion avec ses frères. Même en prison, on peut aimer et vivre, malgré toutes les souffrances. Ses futurs camarades du bagne auront besoin de lui ; en eux sommeille également un homme nouveau qu’il leur révélera. « J’irai vers eux, il faut que quelqu’un se dévoue pour tous. » (6)
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(6) Les frères Karamazov, page 620
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-« On peut ramener le cœur engourdi d’un forçat, le soigner, ramener de l’obscurité à la lumière une âme grandie, régénérée par la souffrance. » (7°
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(7) Les frères Karamazov, page 619
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Avec Dmitri Karamazov, l'auteur trouve la voie du Salut dans le repentir qui dédivinise la volonté humaine. Ainsi il dépasse la culpabilité de l’isolement et de l’orgueil. La joie, le travail, le goût de vivre sont retrouvés, la perspective du suicide disparaît. Cela répond-il à la question que Dostoïevski lui-même s’est proposé de résoudre : la libération de la culpabilité humaine ? Peut-être comme témoignage mais insuffisamment sans doute au plan de l’argumentation logique.

Une fois qu’on est passé par cette nouvelle naissance, on ne se soucie plus guère de cette forme de liberté à laquelle les chaînes semblent mettre fin ; elle est si peu de chose à côté du don de l’amour devenu pour l’homme régénéré un besoin essentiel, sans lequel il ne peut ni ne veut plus être heureux, car il sait désormais qu’ainsi seulement il vit en plénitude sa condition humaine.



   


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