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Publié par BALCHOY

Satan tente bien de faire retomber sur Dieu la triste nécessité qui en fait un négateur par principe : « D’autres, affirme-t-il, s’arrogent tout l’honneur du bien, on ne me laisse que l’infamie. » Sa mission se résume, dit-il, à nier et à combattre partout le règne de la raison. En un mot, il lui faut introduire le mal en ce monde, sans quoi il n’y aurait, parait-il, ni vie ni histoire et ce serait la fin de tout. Disculpation facile de celui qu’on appelle à juste titre le père du mensonge. Dans le feu de la conversation, le diable laisse échapper son désir secret : remplacer Dieu. : « Partout où je me trouverai, ce sera la première place. Tout est permis. » (1)

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Les frères Karamazov, page 679 : le caractère satanique de la révolte d’Yvan et en contrepartie la coloration « Yvanienne » des propos de Satan font bien apparaître la nature immanentisme de la possession diabolique chez Dostoïevski.

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La permanence de cette ambition de la priorité absolue, en laquelle on peut voir l’essence même de son péché, explique sa persévérance dans le mal.

 

Le pouvoir de Satan ne s’exerce que sur les hommes qui, à son exemple, ont altéré autant que possible, l’élément divin de leur nature. L’analyse des cheminements spirituels décrits plus haut a montré comment le dédoublement démoniaque correspond aux plus graves formes de dégradation de la personnalité. Le vide laissé dans le cœur par le rejet de l’idéal de l’Homme-Dieu chez Yvan Karamazov et l’ingénieur Kirilov engendre chez l’un et l’autre une indifférence, un dégoût vis-à-vis d’autrui, de la vie, de l’univers, des valeurs spirituelles et enfin de Dieu. Cette désaffection universelle, ontologique et axiologique est signe de l’action dissolvante de Satan toujours à l’œuvre lorsqu’il s’agit de combattre l’image de Dieu en l’homme.

 

L’enfer n’est pas un lieu mais un état. Optant pour l’idéal de l’autoaffirmation, le pécheur vit déjà en germe la situation de damnation. Durant la vie terrestre, grâce au temps,ce concept redevable du « rapport de l’être au non être » (2), l’homme est un être transitoire.

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(2) Carnets de Crime et Châtiment, page 855

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A chaque instant, il lui est permis de reprendre position par rapport à son choix antérieur ;  tant qu’il vit sur terre, il est donc susceptible de progrès en sa chute. « Il peut tomber et se relever. » (3)

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(3) Carnet des démons, page 958

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            -« Une seule fois, dans l’infini de l’espace et du temps, un être spirituel, par son apparition sur la terre a eu la possibilité de dire : « Je suis et j’aime. » Une fois seulement lui a été accordé un moment d’amour actif et vivant ; à cette fin lui a été donnée la vie terrrestre, bornée dans le temps ; or cet être heureux a repoussé ce don inestimable, ne l’a ni apprécié, ni aimé, l’a considéré ironiquement et y est resté insensible. » (4)

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(4) Les frères Karamazov ,page 347. N’y a-t-il pas dans cette citation un écho de la doctrine gnostique de la préexistence des êtres spirituels. Il est intéressant de noter que Nicolas Berdiäev situe le commencement du destin de l’homme dans la nature, destin dont s’occupent la biologie et la sociologie. (Cf. Eugène Porret : la philosophie chrétienne en Russie, Nicolas Berdiäv, Neufchatel, 1944, page 138-139)  L'insistance sur l’unicité de la vie terrestre (une seule fois) tend peut-être à démontrer le caractère essentiellement « un » de l’existence ici-bas, lorsqu’on l’envisage globalement vis-à-vis de l’éternité. En regard de cette dernière, la vie terrestre est un peu dans la même situation qu’un instant par rapport à une durée temporelle.

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L’enfer est « essentiellement la souffrance de ne plus pouvoir aimer (5) , elle est « souffrance dans le vide » (6) aussi inutile qu’absurde qui ne débouche que sur elle-même. L’enfer est le règne despotique de cet égoïsme et de cet isolement qui pourrissent si fréquemment les relations humaines viciées par le péché. (7)

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(5) Les frères Karamazov page 347. Bernanos a repris cette définition dans le journal d’un curé de campagne.

(6)A. Suarez : Dostoïevski, cahier de la quizaine, Paris 1911

(7)Les frères Karamazov page 326 – Carnet des démons, page 958

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Tout comme son « maître », le damné reste conscient ; il jouit même d’une vue plus lucide de Dieu et de l’univers que durant son existence terrestre, mais, ayant dépassé le temps, il ne peut plus opérer le revirement de volonté qui lui serait indispensable pour vivre le paradis. Sa punition est son propre fait. « Voyant son péché, non plus partiellement mais entièrement et voyant que Dieu lui tend les bras, le pécheur indigné exige son châtiment. La conscience de l’amour de Dieu et du bonheur éternel qui lui était réservé est pour lui la source d’un tourment insatiable. » (8)

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Carnet des démons, page 970

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