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Publié par BALCHOY

Ce fut la première vision un peu heureuse depuis son arrivée !

 

Mais déjà son guide l’entraînait vers le bâtiment principal pour une première rencontre participative de la plus haute importance. lui assura-t-il, afin de saisir de l’intérieur l’esprit de la « FLEUR DE LOTUS ».

 

Il le conduisit à une petite salle où se trouvaient déjà deux garçons d’une  vingtaine d’années ainsi qu’une femme un peu plus âgée.

L’animateur arriva quelques instants plus tard tandis que son guide s’éclipsait discrètement.

 

C’était un petit homme souriant au regard de feu qui semblait mettre à nu le cœur de ses interlocuteurs.

 

Il ferma les fenêtres à l’aide d’épais rideaux, alluma deux petites bougies qui donnèrent une atmosphère quelque peu fantastique à la rencontre.

 

Puis, sans dire un mot, il invita chacun à s’asseoir à même le sol en fixant ses mains devant son visage. Il demeura ainsi plusieurs minutes sans aucun geste, en silence, face aux néophytes qui tout doucement commencèrent à s’agiter.

 

Alors, avec un sourire plus qu’énigmatique, le « maître » se tournant tour à tour vers chacun le salua par son nouveau patronyme puis se mit à décrire de façon très négative la société moderne dépossédant l’homme de sa dimension spirituelle.

 

Il parlait d’une voix étonnement basse et chaude, un de ces voix qu’on a envie de croire, parce qu’elle vous rassure.

 

Mais Ghislain était bien décidé de ne pas se laisser séduire par ce beau-parleur dont il devinait aisément les ficelles psychologiques.

 

L’autre finit par remarquer les réticences intérieures du biologiste namurois et l’interpella soudainement :

 

            -« Que pensez-vous personnellement, frère Jacinthe, de ma vision de notre société occidentale. A tort ou à raison, j’ai l’impression que vous ne partagez pas exactement mon point de vue. »

 

M…. se dit intérieurement Ghislain, mais il fallait à tout prix désarmer cette méfiance.

 

            -« Excusez-moi, Maître, mais, comme vous le savez, je ne suis ici que depuis cet après-midi et je vous avoue être très fatigué ce soir. Ce que vous prenez pour de l’indifférence n’est qu’un peu de lassitude qu’une bonne nuit, je pense, dissipera. »

 

            -« Et bien, frère Jacinthe, vous êtes tout excusé, je vous en prie, allez vous coucher ; nous nous levons quotidiennement à cinq heures trente. Nous nous reverrons demain. Bonne nuit. J’espère que vous retrouverez votre chemin. »

Ghislain acquiesça d’un geste de la tète, s’inclina légèrement pour prendre congé et après bien des hésitations retrouva le chemin de son dortoir. Chaque fois qu’il rencontrait un frère ou une sœur, il imitait autant qu’il le pouvait la salutation typique faite d’une inclinaison bien particulière de la tête jointe à une avancée de la main gauche faisant un quart de cercle vers le bas.

 

Il gravit les deux étages de l’escalier principal pour rejoindre son alcôve, quand il reconnut, au moment où elle le saluait, Marthe, en train de descendre le même escalier.

 

A voix basse, il lui toucha doucement l’épaule de la main gauche :

 

            -« Marthe, tu me reconnais ? Je suis Ghislain, je suis venu pour t’aider, ma chérie. »

Mais elle le repoussa avec vigueur.

 

            -« Frère, je ne connais pas, je ne veux pas connaître de Ghislain. Tu sais qu’il nous est interdit de penser à notre existence d’avant. Mon passé futile est mort. Je m’appelle désormais « Fleur écarlate » et si tu veux me parler à l’avenir, je ne t’écouterai que si tu viens à moi comme un frère avec sa sœur selon l’esprit commun. »

 

            -« Mais, Marthe, ressaisis-toi, laisse tomber ces balivernes et reviens avec moi. »

 

D’un coup de coude rageur, son ex-amie l’écarta et continua sa route sans plus se préoccuper de lui.

 

Furieux de son échec, Ghislain regagna son alcôve et se coucha aussitôt.

 

Il dormait comme une souche quand une violente sonnerie retentit au-dessus de lui ; tout étonné, il lui fallut quelques secondes avant de comprendre où il était et ce qui l’attendait dans la journée qui commençait.

Après une brève et sommaire toilette à l’aide du petit bassin posé sur une étagère à côté du lit, elle débuta par un grand rassemblement dans ce qu’on aurait appelé dans un monastère chrétien la chapelle, mais qu’on désignait ici –c’était affiché sur sa porte- le « Temple de la Sagesse ».

 

C’était une vaste salle sans doute l’ancien grand salon de la propriété ; à part une statue stylisée de Bouddha à l’avant et des nattes sur le sol la pièce était complètement nue.

 

Le responsable tout de rouge vêtu, qu’il avait remarqué la veille au réfectoire prit la posture du Bouddha et récita dans une langue inconnue de Ghislain des paroles que l’assemblée des frères et des sœurs, accroupis sur les nattes reprenait en partie.

 

Puis, pendant un bon quart d’heure, chacun demeura en méditation silencieuse jusqu’au moment où le frère supérieur se leva lentement, quitta la salle suivi par l’assemblée par rang de deux. Ghislain faillit éclater de rire en se rappelant l’école des bons frères où il avait fait ses premières armes scolaires, il y a bien longtemps.

 

 

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