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Publié par BALCHOY

Ils parvinrent ainsi à une grande salle, où, le long d’un large couloir central, s’étalaient de droite ou de gauche une série d’alcôves simplement fermées par un petit rideau rouge qui ne descendait qu’à trente centimètres du sol.

D’un geste aussi élégant qu’impératif, le frère hôtelier lui désigna la sienne qui ne comportait que deux lits coiffés d’une minuscule étagère, deux nattes et une tablette recouverte d’un broc d’eau et de quelques serviettes.

           

            -« A tout à l’heure, frère Jacinthe, je vous conseille de passer la demi-heure qui nous sépare du repas du soir à réfléchir à tout ce qui dans votre vie n’est pas vraiment nécessaire. »

 

Sur ce, il laissa Ghislain seul dans sa chambre minuscule où il hésita un instant avant de s’assoir sur le lit aussi dur qu’étroit.

La fenêtre minuscule donnait sur un pré où il distingua dans la pénombre naissant quelques moutons et deux ou trois personnes qui cheminaient paisiblement, les bras croisés ou un livre à la main.

 

Il ouvrit sa valise, prépara son nécessaire de nuit et nonobstant le caractère « sacré » du lieu entama la lecture de « Maigret et la vieille dame » qui remplaça avantageusement à ses yeux la méditation ascétique que lui avait conseillé le « saint » homme.

A côté de Ghislain

A dix-sept heures cinquante cinq, le rideau s’ouvrit brusquement et le frère hôtelier d’un geste silencieux lui fit signe de le suivre. Ils retraversèrent couloirs et escaliers au milieu d’une foule d’hommes et de femmes tous pareillement vêtus, à l’exception de très rares personnes comme lui  en costume de ville, pour aboutir à une grande salle de style néogothique qui servait de réfectoire.

 

Après lui avoir indiqué une place, son guide s’en alla tout au fond de la salle où se rassemblaient sans doute les responsables de la communauté.

 

C’est justement de ce côté qu’un frère habillé – il était le seul – d’une tunique rouge vif, murmura quelques paroles dans une langue sans doute sacrée. Chacun se contenta de lever les mains vers les ciels en silence et tous s’assirent à leur place.

 

Le repas, à mi-chemin entre la cuisine fade des collectivités religieuses, un peu assaisonnée à la façon orientale, n’était pas fameux. A côté de Ghislain, un frère noir lui souriait de toutes ses dents tandis qu’à sa gauche une jeune fille belle comme le jour gardait obstinément le regard baissé comme si elle poursuivait sa méditation transcendantale.

 

Pendant toute la durée du repas, une petite demi-heure, d’une estrade surélevée, située au milieu de la salle, une sœur tout d’abord en anglais, puis un frère en français lurent quelques extraits du « Pèlerinage aux sources » de Lanza del Vasto.

 

Bien entendu, le silence resta de rigueur tout au long du repas.

 

Ghislain en profita pour, le plus discrètement possible, observer une à une, chacune des nombreuses tables – il en compta onze - en cherchant parmi les sœurs le visage de Marthe.

 

Incroyable – l’archimandrite était bien renseigné – il tomba presqu'aussitôt sur elle, du moins il en était persuadé – le visage pour ainsi dire n’avait pas changé, un peu amaigri peut-être. Mais cette flamme qui brillait dans ses yeux semblait complètement éteinte. Comme sa jolie voisine, elle mangeait les yeux ouverts droits devant elle mais de toute évidence indifférente à tout ce qui l’entourait. Il la regarda fixement dans les yeux quelques secondes, un instant leurs regards se croisèrent sans que la jeune femme ne lui manifeste un intérêt quelconque.

 

Plus il la regardait, plus il hésitait à la reconnaître comme son amie, tant la personne qu’il avait devant les yeux, semblait anonyme et impersonnelle. Pourtant que de ressemblance physique entre elle et l’artiste brillante qui l’avait séduit par la pétulance de son esprit. S’il s’agissait de Marthe, elle était vraiment en danger de mort spirituelle, pire peut-être que sa forme physique.

 

Il fallait absolument qu’il approche cette femme pour en avoir le cœur net et, s’il s’agissait effectivement de son amie, tenter de la délivrer de la griffe de ces rapaces de l’âme qui en avaient fait une épave. Mieux valait cependant attendre un peu avant de tenter de la rejoindre.

 

A la fin du repas, le frère noir d’autorité fit signe à Ghislain de le suivre et le conduisit au jardin où il se présenta comme son frère d’accueil, chargé plus spécialement de lui faire connaître la vie de la communauté.

 

            -« Peux-tu me dire, frère Jacinthe, combien de temps au minimum tu comptes rester parmi nous, c’est simplement pour un problème d’organisation. »

           

            -« Bah, je ne sais pas trop, sûrement jusque la fin de la semaine, en fait tout dépendra de mes affinités avec votre manière de vivre et de votre appréciation de ma personnalité ».

 

            -« Merci, avant tout, nous avons l’habitude de demander à nos hôtes de renoncer pendant leur séjour parmi nous à tout ce qui manifeste la réussite sociale et l’emprise du temps dans notre vie. Je te demanderai donc de nous confier jusqu’à ton éventuel départ ta montre et ton portefeuille. »

 

Ghislain s’exécuta, un sourire de circonstance de façade mais la rage au cœur.

 

C’était à présent le début de la nuit. Avec son guide, il traversa le verger, entrevit la ferme un peu à l’écart, où la communauté qui, manifestement vivant au maximum en autarcie, s’efforçait de trouver sur place viande et légumes dont elle avait besoin.

 

Un peu plus loin, il vit à la lumière de deux énormes projecteurs un terrain de basket sur lequel quelques frères, en tenue de sport, s’exerçaient joyeusement.

 

 

 

Yvan Balchoy

balchoyyvan13@hotmail.com

http://poete-action.ultim-blog.com

 

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