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Publié par BALCHOY

Cette crise intérieure révèle en lui l’emprise de Satan, toujours si prompt à remplir le vide qu’engendre dans l’âme le rejet de l’Homme-Dieu. Le prince des ténèbres vient le tourmenter « sous la forme d’un être méchant, railleur ou raisonnable qui lui apparaît sous de multiples facettes tout en étant toujours le même. (1)

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Les démons, page 712

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Un passage omis dans l’édition définitive est plus explicite encore. Le prince explique à Dacha, une jeune fille qu’il a connue autre fois en Suisse et en qui il a une certaine confiance, les visions dont il est l’objet : « Je me dédouble, je parle avec moi-même. Pourtant il (2) rage

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(2) Il s’agit du diable.

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Et a terriblement envie d’être un démon indépendant. Hier, il riait et m’assurait que l’athéisme n’empêche nullement cette croyance. » (3)

Et Dacha de lui répondre effrayée : « A partir du jour où vous croirez en lui, vous serez perdu. » (3)

Paroles prophétiques qui vont se réaliser lors de son entretien avec Tikhone.

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(3)Les démons (appendice) page 754

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Stavroguine, tout en ignorant s’il est ou non athée, confesse en effet clairement sa croyance et l’existence personnelle et non allégorique du diable. Lui, qui a rejeté Dieu, y voyant un obstacle à sa liberté, est contraint d’admettre l’existence de Satan. Le voilà possédé et esclave du père de tout mensonge ; aussi perd-il contact avec le monde de la vérité et de la réalité. La croyance aux démons est bénéfique, lorsqu’elle est un corollaire de la foi en Dieu ; mais chez Stavroguine aucune force ne limite l’emprise de Satan. Il finit par devenir complètement étranger au monde et même à lui-même. Chatov le lui fait d’ailleurs remarquer :

 

            -« Ce n’est pas en vain qu’on se transforme en étranger ; un châtiment poursuit toujours ceux qui se détachent du sol natal. L’ennui et l’oisiveté les assaillent, même s’ils recherchent l’action. » (4)

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(4) Les démons, page 738

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Ce déracinement ontologique se manifeste spécialement par la perte de tout sens moral. « On ne cherche pas impunément à goûter aux deux pôles de l’éthique et de la jouissance et à y découvrir la même beauté (5)

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(5)   Les démons, page 264

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S’il arrive qu’on y parvienne initialement par le biais d’un simple effort de volonté, on en devient vite la victime. La distinction bien-mal, signe de santé morale, disparaît, ce qui laisse apparaître la gravité de la chute. Chatov le rappelle brutalement au prince : « Moi, non plus, je ne sais pas pourquoi le mal est laid et pourquoi le bien est beau, mais je sais pourquoi la sensation de toute distinction s’efface et disparaît chez Stavroguine (6)

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(6) Les démons, page 271

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Le remède pour sortir de cette aliénation personnelle est tout indiqué ; revenir à Dieu en se soumettant librement à l’emprise du réel, l’obtenir par le travail, « faute de quoi Stavroguine disparaîtra comme une moisissure ». (7)

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(7) Les démons, page 271

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Mais, en acceptant son démon, le prince s’est trop profondément enfoncé dans le monde infernal pour en sortir. In capable de retrouver la frontière éthique, il est incapable de reprendre la direction du salut.

 

            -« A ce moment, je me rendis compte que je ne comprenais pas et que je ne sentais pas le bien et le mal ; non seulement que j’en avais perdu le sentiment, mais que le bien et le mal en soi n’existaient pas (cela m’était fort agréable), n’étaient que des préjugés, que je pourrais certainement me libérer de tout préjugé, mais que si j’arrivais à cette liberté, j’étais perdu. » (8

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(8) Les démons page 728-729.

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Ne pouvant plus revenir sur son choix délibéré du mal, vrai péché contre l’esprit, le Prince, que tant de traits présentent comme un « cadavre vivant » (9) finit par se suicider en pleine conscience, victime de sa liberté diabolique.

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(9)   Ce trait ne veut-il pas mettre en évidence que bien avant son suicide, Stavroguine était déjà mort moralement, parce que, coupé de Dieu, le Vivant par excellence. (cf. Les démons, page 242) : Nicolas Vsévolodovitch reste plongé dans le même engourdissement plus d’une heure ; pas un muscle de son visage ne tressaillait, nul mouvement n’animait son corps ; les sourcils froncés, il gardait son masque sévère. Si Varvara Pétrovna était restée quelques minutes de plus, elle n’aurait certainement pu supporter l’impression écrasante de cette immobilité léthargique et aurait réveillé son fils.

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