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Publié par BALCHOY


Pas d' âme qui vive, à part quelques moutons qui paissaient au son mélodieux de leur clochette dans un pré voisin.

En arrivant devant ce qui manifestement était l’entrée principale de la propriété, Ghislain fut frappé par une annexe aussi disgracieuse que fonctionnelle qui se cachait honteusement derrière l’immeuble principal. Sûrement un dortoir qui lui rappela avec déplaisir le collège d’Ardennes où il avait terminé ses études secondaires.

 

L’entrée était constituée d’un petit porche de pierre plutôt gracieux où l’on pouvait s’abriter des intempéries. Sur une des deux plaques de cuivre vissées sur la porte on pouvait lire : « FLEUR DE LOTUS INTERNATIONAL  MEETINGS », sur l’autre des idéogrammes rappelaient le caractère oriental de l’institution.

 

Ghislain secoua la chaîne qui pendait du portail ; une sonnette aigrelette se fit entendre un peu lointaine à l’intérieur. Puis ce fut le silence un peu oppressant d’une attente teintée de curiosité et d’angoisse.

 

Tout à l’inverse de ce sentiment, l’image de la jeune fille, habillée d’un sari jaune,  qui lui ouvrit la porte en s’inclinant avec grâce devant lui.

 

            -« La communauté de la paix céleste est heureuse de vous accueillir. Quelle est la raison de l’honneur que vous nous faites en venant visiter notre humble demeure ? »

 

Le style ampoulé et conventionnel de l’apparitrice – il ne devrait surtout pas l’appeler ainsi – déplut au biologiste namurois, mais le sourire de la jeune fille était à ce point sympa qu’il baissa la garde de sa méfiance et, souriant à son tout, se présenta :

 

             »Mon nom est sans importance, je préfère si vous le voulez bien, n’être pour l’instant chez vous qu’un candidat éventuel à la vie que vous menez ici. Me serait-il possible de passer chez vous quelques jours de réflexion et d’observation. Je suis pour l’instant totalement disponible. »

 

Son interlocutrice, sans se départir de ce sourire qui lui collait au visage aussi étroitement que son sari, s’effaça sur le seuil pour le laisser entrer, lui désigna dans le couloir sombre où il venait de s’engager une banquette en bois couverte de dessins stylisés multicolores.

 

            -« Je vais chercher le frère plus spécialement chargé de l’hébergement. En l’attendant, vous pouvez, si vous le désirez ; consulter quelques documentations sur notre vie. A bientôt. »

 

Effectivement, sur une tablette en verre, il découvrit deux brochures qui, très illustrées,  décrivait la journée type d’une sœur ou d’un frère depuis son lever à cinq heures du matin jusqu’à son coucher à 21 heures trente.

 

La deuxième, plus courte, après un bref aperçu historique sur la conversion indienne de ce brillant diplômé d’Harvard, à l’origine de cette communauté,  décrivait brièvement les principes qui présidaient à la vie commune de la « FLEUR DE LOTUS ».

 

Curieux, se dit Ghislain, comme au-delà des religions et des idéologies, même celles qui sont totalement opposées, se retrouvent les mêmes règles ascétiques de bonheur liées au renoncement à sa volonté propre, d’abandon le plus complet possible à la volonté de son frère responsable – c’était le terme qu’utilisait la brochure. –

Eclairé par la livre qu’il avait lu sur les sectes, il ne s’étonna guère qu’au-delà de la piété affirmée au plan des principes pour les parents de chacun, il était surtout fait mention du devoir de donner la préférence à la famille spirituelle par rapport aux liens charnels et familiaux nécessairement temporaires et secondaires.

 

Il n’eut pas le temps de terminer ce qui lui parut un mauvais plaidoyer pour une forme de fanatisme spirituel, ici plus moral que religieux – mais qu’est-ce que ça changeait fondamentalement ? -  qu’un individu de grande taille, au visage barbu de fakir hindou, dans la force de l’âge,  vêtu d’une longue tunique blanche, s’inclina devant lui, comme l’avait fait tout à l’heure, la jeune femme.

 

 

 

            -« Permettez-moi de vous saluer, frère. On m’a dit qu’intéressé à notre vie, vous souhaitez vivre quelques jours avec nous. Est-ce bien cela ? »

 

            -« Je viens de Belgique – inutile de cacher ce que son accent dévoilait si bien – j’ai entendu parler de votre vie et j’ai l’impression d’y retrouver ce que je cherche inconsciemment depuis des années. Si vous voulez bien m’admettre quelques jours parmi vous, j’espère découvrir si votre idéal rejoint le mien et vous pourrez constater si je suis digne d’être des vôtres. »

 

            -« Très bien, en entrant chez nous, fût-ce à titre provisoire,  chacun abdique sa personnalité civile. Vous voudrez bien prendre ici le nom de frère Jacinthe. Vous logerez avec le frère Tranquille. Je vous conduits à votre alcôve. On viendra vous y chercher pour le repas du soir qui est à 18 heures. »

 

Sur le chemin de sa chambre, Ghislain et son guide, parcoururent un dédale de couloirs rencontrant ça et là un frère ou une sœur qui toujours s’inclinaient avec grâce devant eux.

 

 

 

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