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Publié par BALCHOY

A la maison, il dut bien entendu inventer une étude urgente dans une faculté agronomique de la région Parisienne pour justifier son absence jusque la fin de la semaine. Ce n’était pas la première fois que son travail l’envoyait à l’étranger et Ria, à son grand soulagement, se contenta de lui souhaiter un bon séjour en lui recommandant de rentrer le plus vite possible et de faire bien attention à lui.

 

Le lendemain matin, c’était un mardi,  Ghislain prit à Namur le train de Paris Nord.

 

C’était une de ces journées qui fleuraient bon le printemps ; si le soleil avait de la peine à percer la couche des nuages, il donnait tout de même un air de fête à une nature qui se réveillait doucement de sa léthargie hivernale.

 

Bien assis en sa voiture « non fumeur » dans le sens de la marche du train, Ghislain s’il était sensible au confort ambiant ne cessait de penser à celle à la rencontre de laquelle il s’en allait, sans aucune certitude pourtant de réussir à la retrouver.

 

Il s’était procuré pour le trajet un livre de poche sur les différents types de communautés qui se formaient un peu partout en Europe, depuis l’austère « Arche » de Lanza del Vasto jusqu’aux « Enfants de Dieu » vivant une sexualité communautaire sans tabou.

 

La « Fleur de Lotus » dominée par un Gourou se réclamant de l’Inde éternelle, même s’il était citoyen américain, représentait dans cette mosaïque de sociétés collectives une tentative d’unité spirituelle totale cachant en fait un abandon absolu de la volonté de chacun dans les mains du Maître.


Quelle relation pouvait bien exister entre femme apparemment libre et émancipée comme Marthe et les disciples anesthésiés moralement par cette idéologie totalitaire.

Il avait lu récemment le calvaire d’un célèbre écrivain, ayant perdu sa fille,  universitaire très brillante,  dans le cadre d’une communauté de ce type et les étapes tragiques de la dépersonnalisation que ce type de collectivité engendre dans l’individu et qui parfois le conduit au suicide.

 

Comment allait-il réussir à approcher de tels fanatiques sans se faire repérer ?

Et si Marthe vivait là, n’était-elle pas, abrutie par la drogue – car ce type de gourou, c’est connu,  n’hésite pas à utiliser des substances chimiques pour faciliter l’abandon du « moi » égoïste et quelle serait dès lors sa réaction quand elle le verrait ?

 

C’est fou comme le temps passe quand on se laisse entraîner par le flot d’une réflexion en routes libres !

 

Paris s’annonçait déjà avec ses tours de plus en plus envahissantes, de plus en plus élevées et à part quelques exceptions de plus en plus inhumaines à ses yeux.

 

Il lui fallut bien un quart d’heures pour trouver dans le labyrinthe de la gare du Nord le Métro qui, via le RER, allait le conduire à Villebon.

 

Arrivé un peu avant midi à destination, Ghislain voulut tout d’abord faire connaissance avec la petite ville en flânant à travers ses rues les plus commerçantes, puis en allant dîner dans un petit resto sympa où il dégusta avec appétit un steak-frites presqu’aussi bon qu’à l’hôtel Terminus de sa bonne ville.

 

En dégustant une délicieuse île flottante en guise de dessert, il éprouva brusquement une bouffée de honte en pensant à son amie peut-être pourrissant au fond d’une cave.

 

Avant d’aller jeter un premier coup d’œil sur les lieux, il gagna une cabine téléphonique et appela la communauté.

 

Une voix jeune et dynamique lui répondit aussitôt avec chaleur.

 

            -« Communauté de l’unité retrouvée » que puis-je pour votre service ? »

 

Sans se présenter, ni surtout dire qu’il téléphonait de Villebon, Ghislain, en déguisant autant qu’il le pouvait sa voix, répondit brièvement.

 

            -« C’est tout simple, Monsieur, j’ai lu un article sur votre genre de vie et je voudrais savoir s’il est possible de venir vous visiter pour mieux la connaître et éventuellement y entrer. »

 

            -« D’où appelez-vous, Monsieur, nous avons en effet une sorte d’hôtellerie pour accueillir nos invités intéressés. »

 

            -« Oh, je vous appelle de l’étranger. Je suis heureux de savoir qu’il est possible de passer quelques jours à la « Fleur de Lotus ». Je vais vous écrire. Merci infiniment, monsieur, de votre obligeance et peut-être à bientôt. »

 

Inutile, se dit-il, de prendre une chambre d’hôtel, puisque sans doute je serai reçu dans la communauté même, ce qui serait vraiment formidable pour mener à bien ma mission.

 

Quelques minutes plus tard, son plan à la main, il s’engagea dans la route sinueuse qui, assez raide, grimpait jusqu’au Plateau.

 

La route très boisée, longée par quelques propriétés plutôt cossues, lui rappela étrangement la citadelle de Namur et ce rapprochement lui sembla de mauvaise augure ; il abandonna bientôt la route pour aborder un escalier droit qui, pour le faire grimper plus vite, l’essouffla rapidement. Il dut s’arrêter quelques instants sur un vieux tronc déposé le long de la marche.

Au bout d’une vingtaine de minutes, il parvint enfin harassé à une petite route de campagne, appelée pompeusement « Allée du Plateau ».

 

Il la parcourut quelques centaines de mètres, longeant un joli parc à l’anglaise bien clôturé, quand il aperçut une bâtisse imposante, sorte de gentilhommière à mi-chemin entre le château et la grosse maison bourgeoise.

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