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Publié par BALCHOY

Cette confession est pénible. Notre personnage, dirait-on, se livre minutieusement à une expérience inédite, dans le seul but d’enrichir ses connaissances et surtout ses sensations.

 

            -« Lorsqu’il m’est arrivé de me trouver dans une situation honteuse, affreusement humiliante, ignoble et surtout ridicule, j’ai chaque fois ressenti, mêlé à une colère folle, une volupté infinie, de même que lorsque je commettais un crime ou que ma vie était en danger. Si jamais, j’avais volé ; la conscience de ma bassesse m’aurait fait goûté une jouissance enivrante… Ce n’est pas le crime en lui-même que j’aimais, (mon intelligence en ce cas ne me trompait pas.) mais cette joie que me donnait la conscience de ma propre bassesse. » (1)

(1) Les démons, page 748

 

L’aiguillon donné à l’homme pour faciliter sa résurrection morale (2) ancre davantage un Stavroguine dans le mal car ce bourreau d’enfant, sadique et cruel, se complaît en son propre masochisme, dans sa propre abjection. Une telle attitude a pour effet direct de plonger celui qui s’y abandonne dans un isolement moral qui détruit peu à peu son équilibre personnel.

(1)   Qu’on se rappelle la leçon de « Crime et Châtiment »

 

Qu’on ne fasse pas de Stavroguine la pitoyable victime d’une enfance malheureuse ou d’une passion aveugle. Il rappelle avec insistance et fierté sa propre responsabilité.

 

            « Je ne m’abandonnais jamais complètement à cette sensation de plaisir et je demeurais parfaitement conscient (tout dépendait précisément de ma conscience). La volupté s’emparait de moi, me rendait presque fou, mais sans parvenir à me faire perdre tout contrôle sur moi-même ; et au moment où, arrivée à son summum, elle me consumait, je pouvais toujours la vaincre, l’arrêter, mais je ne le voulais pas. » (3)

 

(3) Les démons, page 749

 

Doué d’une sensibilité bestiale qu’il a surexcité toute sa vie, Stavroguine se dit convaincu qu’il pourrait l’arrêter net et capable de mener une vie monacale, le reste de son existence.
Jamais, affirme-il il n’a manqué de maîtrise de soi.
Essayer de l’excuser en attribuant ses crimes à l’influence de la maladie ou du milieu, ce serait lui faire injure.

N’y a-t-il pas là un suprême effort pour se reconquérir face à l’irresponsable jouissance sadique et masochiste que lui donne malgré tout sa mauvaise conscience.

Nicolas est allé plus loin, semble-t-il, que Kirilov. On dirait qu’il est parvenu à réaliser la grande idée de l’ingénieur fanatique : le voilà dieu par sa liberté totale, mais faute d’idéal et de point d’application, son libre arbitre ne lui sert de rien.

 

Le déroulement de l’action met en évidence sa chute progressive dans la nécessité et l’irresponsabilité. Le poids du passé pèse si lourdement sur ses épaules qu’il n’arrive pas à s’en débarrasser. Ainsi il avoue à Tikhone avoir écrit sa confession animé du désir secret de trouver le pardon. Mais ce ne sont là que des velléités vouées à l’insuccès. On ne s’avance pas impunément si loin dans le mal et l’arbitraire. Nicolas ne peut s’empêcher de mépriser par avance ces gens auquel il veut se confier. Pire encore, il aspire secrètement à les défier par l’impudeur de son aveu. (4)

(4)Les démons, page 739

 

Qui pourrait se prononcer avec certitude sur la valeur de sa sincérité ou de sa duplicité ?  Lui, moins que

(5)Les démons, page 738

 
Longtemps,
Il s’est imaginé capable d’exorciser à son gré le souvenir de son forfait. Un évènement curieux va toutefois détruire cette belle assurance en révélant sa captivité morale. Le rêve est une occasion de s’évader du réel, souvent appréciée dans les moments pénibles de la vie.
 Or Stavroguine fait un jour un songe merveilleux. Il lui est donné  de contempler un paysage idyllique rappelant le tableau « Acis et Galathée » de Claude Lorrain. A son réveil, la sensation d’un bonheur inconnu lui brûle le cœur. Pour un instant, il se croit innocent, heureux et fraternel. Mais à l’instant où il referme les yeux pour tenter d’évoquer encore le rêve disparu, il ne distingue plus qu’un minuscule point rouge qui déclenche en lui tout le processus de remémoration des souvenirs anciens. Il revoit cette minuscule araignée rouge qu’il avait contemplée lors de l’attente du suicide de la petite Matriocha. La fillette lui apparaît aussitôt, telle qu’il l’avait vue quelques instants avant sa mort. Le triomphe de l’imagination libératrice n’aura duré qu’un court instant ; la figure désespérée de sa victime ne quittera plus sa conscience et il en souffrira sans relâche. Est-ce du remord ou du repentir ? Il se le demande mais ajoute aussitôt qu’il ne regrette que le réveil fâcheux qui a déclenché tout ce rappel du passé, ce qui exclut toute idée de vraie conversion.

 

            -« Ce n’est pas mon crime que je regrette, ni la mort de l’enfant, c’est uniquement cet instant qu’il m’est impossible de surmonter, car depuis lors elle m’apparaît chaque jour et je sais avec certitude que je suis condamné… Elle n’apparaît pas elle-même, c’est moi qui l’évoque, mais il m’est impossible de ne pas l’évoquer, bien que je ne puisse vivre avec cela. »  (6)

(6) Les démons, page 733

 

 

 

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