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Publié par BALCHOY

En se penchant, il le ramassa comme si c’était une pièce d’or et y jeta un coup d’œil. Une enveloppe blanche sur laquelle on avait inscrit d’une écriture chahutée un message qui le foudroya.

 

            « Qui que vous soyez, ayez l’obligeance de faire parvenir cette lettre à monsieur Ghislain Mignolet, Institut Agronomique de Gembloux (ne pas avertir la police svp.)

 

L’enveloppe contenait un feuillet écrit de la même écriture que le cahier mais dont l’irrégularité trahissait une grande nervosité.

 

Au fur et à mesure que Ghislain en prenait connaissance, une bouffée de colère mêlée d’angoisse gagnait son cœur :

 

            -« 13 février –

Cher ami,

Au cas où il m’arriverait quelque chose, je t’envoie ce petit mot en te demandant de téléphoner au numéro 00/331642345688 si je ne t’ai pas fait signe avant la fin du mois.

N’appelle surtout pas avant cette date.

Je te promets de tout te dire à notre prochaine rencontre. Tout à l’heure, un individu que tu as déjà plusieurs fois côtoyé viendra me chercher au nom d’une organisation dite révolutionnaire, mais en fait terroriste. Ou bien j’accepte leur marché ignoble en participant à un attentat qui risque de sacrifier à une justice abstraite des innocents bien concrets ou bien ils auront ma peau tôt ou tard.

Cette fois-ci, je suis décidé à rompre définitivement avec eux. Je ne tergiverserai plus, je ne veux plus entendre parler de ce groupe de pourris qui m’a sucé jusqu’à la moelle.

Advienne que pourra ! S’il m’arrive malheur, je compte sur toi pour me venger. Si j’en sors vivante, je te promets que demain chantera pour nous deux, mon petit cœur.

Je m’en vais poster de suite cette lettre à ton institut avec l’indication : « PERSONNEL »

 

Quelques lignes plus bas, l’écriture devenait franchement chaotique.

 

« Trop tard, il est déjà à la porte, je vais … »

 

En buvant à petites gorgées le café brûlant et bien corsé, Ghislain se remettait peu à peu des émotions multiples et variées qu’il venait de vivre et tentait d’en tirer une ligne de conduite.

 

La seule piste concrète qu’il avait à sa disposition était ce numéro de téléphone, apparemment de Paris. Il avait encore deux jours à attendre avant de pouvoir l’appeler.

 

Avant de quitter Ans, il revint longuement contempler le bâtiment où il avait vécu des heures si heureuses.

 

Que s’était-il passé le jour où, se sachant menacée, Marthe avait résolu de faire appel à lui pour se débarrasser d’anciens amis dont elle ne voulait plus.

Elle s’était crue assez forte pour leur résister cette fois ; peut-être avait-elle présumé de ses forces ?

Il n’en demeurait pas moins que c’était lui qu’elle avait voulu appeler devant le danger ;  serait-il capable de répondre dignement à cette confiance ? Il le désirait de toutes ses forces, mais présentement ne voyait pas comment agir.

Le soir chez lui, malgré la chaleur du climat familial, l’évidente tendresse de ses deux enfants et les nombreuses prévenances dont l’entourait Ria, comme si elle sentait confusément le danger qui menaçait leur foyer, pour la première fois en vingt ans, Ghislain se sentit étranger en sa propre maison. Rien ne pouvait plus détourner son attention de celle qui vivante ou morte, après lui avoir donné son amour, comptait sur lui pour survivre aux menaces de ses ennemis.

 

Deux jours plus tard, l’échéance que lui avait demandé de respecter Solange prenait fin.  Ghislain se réfugia dans un bureau momentanément délaissé pour appeler le numéro indiqué par son amie.

 

Au bout d’une vingtaine de sonneries sans réponse, il dut bien à regret raccrocher. Trois fois encore, cet après-midi là, il refit ce numéro toujours vainement.

 

Le lendemain, à son deuxième appel, enfin quelqu’un raccrocha :

 

            -« Allo, qui est à l’appareil, svp ? »

 

Cette question déconcerta quelque peu Ghislain qui, en bafouillant, répondit :

 

            -« Vous ne me connaissez pas, je suis un ami de Marthe. »

 

Il avait à peine prononcé ce prénom qu’à l’autre bout du fil on raccrocha brutalement.

 

Bien entendu, il refit ce numéro aussitôt, mais il n’obtint que la tonalité occupée qui demeura telle quelle toute la matinée.

Sans céder au découragement, le biologiste namurois appela alors le service de renseignement international pour tenter de connaître l’identité de son correspondant parisien.

L’opérateur des renseignements lui signala que le numéro appartenait à la paroisse orthodoxe slovaque de Paris.



Yvan Balchoy
balchoyyvan13@hotmail.com
http://poete-action.ultim-blog.com

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Commenter cet article

chat tout gris 19/08/2008 16:37

MERVEILLEUSEMENT BIEN ECRITJE VOUDRAIS TANT EN SAVOIR PLUS PEUT ETRE EST CE REVER BEAUCOUP ?????

BALCHOY 19/08/2008 18:34



L'itinéraire de Ghislain est loin d'être fini. J'espère que la suite du roman vous plaira tout autant, Yvan