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Publié par BALCHOY

Ses derniers instants sont pitoyables. Dostoïevski a bien décrit cette rapide dégradation qui, avant d’anéantir physiquement le malheureux, le détruit moralement. Lui, si fier et si honnête, accepte de signer un document qui le charge d’un meurtre ignoble commis par la bande de Piotr, non sans doute pour décharger les coupables, mais par mépris envers sa propre personne. Pour le même motif,  en son dernier message, il se décore des titres abhorrés par lui de gentilhomme séminariste et de citoyen du monde. Celui qui se tire finalement une balle dans la tête n’est plus qu’une épave, un pauvre homme détraqué et fou de terreur. Il est légitime de se demander si le romancier n’a pas cherché à représenter une mort qui soit à l’antithèse de celle du Christ, qui, en donnant sa vie en sacrifice, a offert à tous les hommes la liberté suprême des enfants de Dieu.

Le suicide de Kirilov symbolise en effet le triomphe de la nécessité, sous toutes ses formes, sur la liberté détruite par ce fâcheux idéal di dieu-homme qu’il voulut opposer à celui de l’Homme-Dieu.

 

            -« La balle, tirée dans la tempe droite, était sortie à gauche vers le haut du crâne, qu’elle avait ainsi traversée de part en part. Des éclaboussures de cervelles se voyaient ça et là. La mort avait du être instantanée. (1)

 

Les Démons, page 655

 

Cette description si réaliste, presque clinique laisse apparaît un timide espoir. Peut-être au dernier instant le cœur de l’ingénieur fou avait-il triomphé de sa froide raison face à Celui qu’il ne parvint jamais à renier totalement.

 

 

4)      NICOLAS STRAVOGUINE

 

Stravroguine, personnage central du roman : « Les Démons », illustre lui aussi à sa façon la tragédie de l’arbitraire. Le refus de tout engagement au nom de la liberté sans limite illustre son option de vie.

 

Nicolas Stravroguine est désespérément libre. L’absurde semble être la seule motivation de son agir.

Il lui arrive, par exemple, d’accomplir des gestes stupides ou crapuleux, en contraste violent avec l’attitude généralement réservée de sa personne. (2)

 

(2)Ne se met-il pas un jour, en pleine société, à mordre l’oreille d’un haut fonctionnaire ! En une autre occasion, à la suite d’un pari de banquet, il épouse une infirme à moitié folle, Marie Lébiadkine, simplement « pour éprouver une nouvelle forme d’abjection. » (Les démons, page 269- On retrouve ici le masochisme déjà analysé lors de l’étude du locataire souterrain. Cf. cette étude, page…  Stravroguine convertit lucidement en jouissance le remord que lui inspirent ses gestes scandaleux.

 

Il y recherche une volupté équivoque et malsaine liée à l’insolite, au caractère gratuit et choquant de ses actes. Nous avons déjà fait allusion, lors de l’analyse du Sous-sol, à ce signe de grave déchéance morale que constitue sa volonté de transformer en sensation esthétique la sanction éthique. (3)

 

(3) cf. cette étude page 9 ?

 

            -« Vous n’errez pas sur les bords de l’abîme… Vous vous y jetez hardiment la tête la première.  Vous vous êtes mariés par passion du martyre par goût du remord, par besoin de voluptés morales. Le défi que vous jetiez au sens commun était trop tentant et vous n’avez pu y résister. » (4)

 

(4) Les démons page 269. C’est Chatov qui s’adresse à Stravroguine.

 

Dans la confession qu’il fait lire à l’évêque retraité, Tikhone, Stravroguine montre jusqu’où peut aller l’abjection par pur raffinement psychologique. Un jour,  il abuse d’une fillette, puis, la sachant désespérée, l’a laissée se pendre. Il décrit longuement les sentiments qui l’agitaient au moment où, persuadé intimement que la petite est en train de se suicider, il attend, montre en main, que tout soit accompli. Puis, il va vérifier l’exactitude de sa supposition. Il est tout fier, semble-t-il, de souligner avec quelle maîtrise de soi « il s’est dressé sur la pointe des pieds » pour distinguer le corps pendu de la fillette.

 

            -« Je me souviens alors que peu auparavant, j’avais regardé la petite araignée rouge (5)

 Et que pendant cet oubli d’un instant, je m’étais représenté en réalité comment je me dresserais sur la pointe des pieds et regarderais à travers la fente comme je faisais maintenant… Je cite ce détail parce que je tiens à montrer à quel point j’étais en possession de mes facultés et que, par conséquent, je ne suis nullement fou et dois répondre de mes actes. » (6)

 

(5)Cf. cette étude page 47 ?

(6) Les démons, page 730

 

 

 

Yvan Balchoy
balchoyyvan13@hotmail.com
http://poete-action.ultim-blog.com

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