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Publié par BALCHOY

"Figurez-vous, Monsieur, que j’ai été aussi étonné que vous. Cette petite dame semblait sérieuse et voilà qu’un jour, deux déménageurs viennent vider son appartement en m’apportant en son nom un renom de son bail et trois mois de loyer au titre de dédommagement. "

 

            -« Mais êtes-vous vraiment sûre que ce renom venait d’elle si vous ne l’avez pas vue personnellement. »

 

            -« Au début, je me suis posé ces questions, même que mon mari voulait appeler la police mais je n’aime pas les histoires – en fait, la dame m’a appelée le jour même, dans l’après-midi,  pour s’excuser d’être partie si précipitamment et sans m’avoir avertie ; elle n’avait pu faire autrement, m’a-t-elle dit à cause d’un grave évènement familial. Elle m’a demandé si son renom était suffisant et a terminé en disant qu’elle regretterait la bonne ambiance d’Ans.

C’est tout ce que je sais, mon bon monsieur,  je regrette son départ parce que c’était une dame « comme il faut » et puis … elle payait régulièrement, ce n’est pas comme ces jeunes qui … »

 

Ghislain n’avait que faire de ces jérémiades, il l’interrompit :

 

            -« Dites, Madame, le peu que j’ai vu de l’appartement de mon amie, m’a beaucoup plu et j’aimerais, si possible, le visiter. J’ai un ami qui va venir s’établir à Liège et je lui en parlerai. »

 

            -« Avec plaisir, monsieur, si vous pouvez patienter cinq minutes, le temps d’enlever ma casserole du gaz et je vous y conduis.

La concierge alla chercher un énorme trousseau de clés pendu au mur et tous deux se rendirent à l’ancien appartement de Marthe.

Ce fut un choc pour Ghislain de trouver nu et froid ce qu’il avait connu si chaudement meublé. Le living était complètement vide à l’exception d’une vieille boîte en carton qui avait du servir de poubelle ; il se tourna vers la concierge.

 

            « Me permettez-vous de rester ici quelques instants, j’ai tant de bons souvenirs liés à cet endroit et puis, j’aimerais bien le décrire à mon copain. »

 

            -« Ce n’est pas très régulier, mais je sens bien que vous êtes un brave homme, prenez votre temps, voici la clé, vous me la rapporterez après la visite. »

 

Resté seul, Ghislain visita soigneusement outre le living, la salle de bain, la kitchenette et même les toilettes dans l’espoir de trouver quelqu’indice intéressant.

Dans le carton poubelle, il y avait beaucoup d’emballages, des notes d’hypermarché ; il finit pourtant par dénicher une feuille de papier annotée par une écriture féminine et rédigée en une langue apparemment slave même si elle n’était pas écrite en caractère cyrilliques. Grâce à sa connaissance élémentaire du russe, Ghislain comprit le sens général du texte. Il y était question d’un arbre qui parlait à un petit garçon et l’aidait à apprendre ses leçons et à exécuter ses devoirs.

Un jour, attaqué par une liane qui voulait l’étouffer, l’arbre se mit à dépérir.

L’enfant se mit alors à chercher comment sauver son grand ami….

L’histoire en restait là sur le brouillon fortement raturé qui trainait là.

Ne trouvant plus rien dans le carton, Ghislain reprit ses recherches dans la chambre à coucher d’abord où il ne trouva qu’une immense nostalgie ; de la cuisine si bien rangée et chaleureuse, il ne restait qu’un vieux plat ébréché.

Il se rendit enfin aux toilettes, plus pour y satisfaire un besoin naturel, mais, en se penchant pour saisir la chasse, il remarqua quelque chose de noir planqué au-dessous du réservoir. Il tendit la main pour s’en saisir au milieu d’un nuage de poussières.

C’était un cahier noir d’écolier, comme il en existait il y a plusieurs dizaines d’années avec de grosses lignes bleues pour guider l’écriture. Il était couvert de cette belle écriture régulière dont il avait pu admirer la maitrise dans le petit bout de papier trouvé au fond de la poubelle.

Ghislain le glissa dans sa serviette et, refermant soigneusement l’appartement, s’en alla rendre la clé à la concierge avant de repartir en voiture.

I l n’alla pas bien loin en fait jusqu’au premier café où il stoppa, s’en alla commander un café bien fort et, sortant le cahier de sa mallette,l’ouvrit et commença à le lire.

 

Une bonne moitié des pages était écrite, tantôt en français, tantôt en cette langue slave utilisée dans le petit conte de l’arbre magique.

Les premières pages rédigées en français constituaient une sorte de journal très succinct où la jeune femme – car Ghislain, sans trop savoir pourquoi,   était certain que ces pages avaient été écrites par son amie – analysait  les moments forts de la journée.

Ainsi pour la journée du trois mai – l’année n’était pas mentionnée-  il lut :

 

            -« Pluie continue et pourtant joie contenue. X n’est pas venu aujourd’hui. Aurait-il en fin compris que tout est fini entre nous. »

 

Ou encore le 18 septembre :

 

            _ »X veut que je m’inscrive au Parti (prix ??), Il perd son temps, je tiens trop à la liberté. »

 

La seconde partie du cahier, écrite en tchèque ou en slovaque contenait apparemment des essais de contes fantastiques.

Pendant que Ghislain feuilletait rapidement les dernières pages blanches dans l’espoir d’y trouver un texte récent qui puisse l’éclairer sur la vie quotidienne de Marthe ou lui expliquer les raisons de son départ inopiné, un petit feuillet blanc s’échappa du cahier et tomba par terre.



Yvan Balchoy
balchoyyvan13@hotmail.com
http://poete-action.ultim-blog.com 

 

 

 

 

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