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Publié par BALCHOY

Le voilà dédoublé, écartelé même entre les deux idées les plus inconciliables qui soient : « impossible de vivre avec deux idées pareilles » (1)

(1)   Les démons, page 545

Il ne lui reste plus d’autre solution que le suicide désespéré. En fin de compte, le pauvre homme veut se faire sauter la cervelle, non seulement pour tuer « Dieu », comme il le prétend, mais encore et surtout peut-être parce qu’il ne peut ni ne veut vivre sans lui.

Tiraillé intérieurement entre cœur et raison, il se tourne vers Celui en qui il reconnaît au moins le plus grand homme de tous les temps, Jésus.

 

      -«  Un jour, on dressa trois croix. Un de ceux qui étaient crucifié avait une foi si forte qu’il dit à celui de droite « Aujourd’hui, tu seras avec moi au paradis. »  (2)

(2) Les démons, page 648

 

Mais le Christ n’a pas été épargné par la mort, sort commun de tous les hommes. Les lois de la nature n’ont même pas respecté l’être le plus noble qu’elles aient produit. Kirilov y voit la preuve qu’elles ne sont que mensonge, comme tout le reste, même la parole du Crucifié.

 

      -« Le jour s’achève, ils moururent tous deux et ne trouvèrent ni paradis, ni résurrection. » (3)

(3) Les démons, page 648

 

En écrasant le Christ, les lois naturelles prouvent l’absurdité du monde actuel. Ne pourra leur échapper que celui qui les niera de toute la force de sa libre volonté. Kirilov décide donc en fin de compte d’étouffer les aspirations de son cœur pour se consacrer tout entier à cette déification qui lui procurera, croit-il, son sacrifice volontaire.

A quoi aboutit-il ? A une fin tout autre certes qu’il ne l’avait imaginé : au moment de son actuation, la liberté absolue sur laquelle il comptait pour atteindre son but,  se transforme en froide nécessité.

 

      -« J’ai cherché pendant trois ans l’attribut de ma divinité. C’est ma libre-volonté ! Grâce à ma volonté je puis manifester sous sa forme suprême mon insubordination et ma liberté terrible, car elle est terrible. » (4)

(4) Les démons, page 649

En quoi consiste ce terrible libre arbitre ? Kirilov en parle longuement :

 

      -«  Je ne suis encore dieu que malgré moi et je suis malheureux, car je suis obligé  de proclamer ma propre volonté. Tous les hommes sont malheureux parce qu’ils ont peur de proclamer leur propre volonté ! L’homme jusqu’ici a toujours été pauvre et malheureux, parce qu’il craignait de réaliser la forme suprême de sa volonté ; il n’usait de cette volonté qu’en tapinois comme un écolier … Je suis atrocement malheureux parce que j’ai affreusement peur. La peur est la malédiction de l’homme… Mais je proclamerai ma volonté ! Je suis obligé  de croire que je ne crois pas. Je commencerai et j’achèverai et j’ouvrirai la porte et je me sauverai. » (5)

(5) Les démons, page 649

 

Quel abîme entre ce monologue affolé et l’attitude ferme et résolue dont l’ingénieur se voulait le prophète ? Il n’échappe nullement à la peur commune devant la mort, mais il ne peut plus reculer une échéance dont pourtant lui-même est directement la cause. Sa volonté arbitraire, loin d’en faire un surhomme le mène à la fin misérable d’un homme traqué. Tout respire la nécessité dans ses derniers instants. Il est obligé de faire son malheur en se faisant le prophète d’une nécessité, qui, constate-t-il, débouche effectivement sur un suicide apeuré ; il est obligé de croire qu’il ne croit pas en dépit des protestations de son cœur. Devant la mort, le pauvre Kirilov perd ses dernières illusions.

S’il finit par se loger une balle dans la cervelle, c’est uniquement sous la pression de Piotr Stépanovitch qui, il le sait, n’hésiterait pas à la supprimer, s’il ne tient pas sa promesse (6)

(6) Kirilov lui a promis de se suicider et il a de plus accepté de signer un document où il s’accuse du meurtre de Chatov.

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Yvan Balchoy
balchoyyvan13@hotmail.com
http://poete-action.ultim-blog.com
 

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