Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Catégories

Archives

Publié par BALCHOY

Il avait l’impression de reconnaître, avec un certain déplaisir, la forme de son nez, assez caractéristique et le dessin de sa bouche.

Il interrogea Caroline :

            -« Pouvez-vous me dire si cette œuvre est récente ? »

 

            -« Oh, certainement, je crois même que c’est sa dernière ; elle doit dater de deux ou trois mois ; elle nous a même dit qu’elle y attachait beaucoup d’importance sentimentale. »

 

Ainsi, Marthe avait déjà sculpté ce visage si évocateur du sien quand elle l’avait conduit à l’atelier, mais pourquoi ne lui avait-elle pas montrée, sinon pour les questions que cette sculpture allait nécessairement susciter chez son ami.

Encore, et ce fait était sans doute le plus important,  si cette œuvre était récente, comment Marthe avait-elle si bien réussi à retrouver dans le quadragénaire un peu enveloppé d’aujourd’hui l’adolescent maigrichon d’hier ?

 Ainsi la vie ne cessait de lui apporter des faits qui, par leur convergence, rapprochait de façon évidente des destins de Solange et de Marthe. Mais le mystère de la dualité Solange-Cholenka n’était en rien éclairé par le pseudonyme artistique utilisé aujourd’hui par la jeune femme artiste.

Ghislain était conscient que cet atelier lui avait livré toutes les informations qu’il pouvait en tirer ; il ne pouvait ni ne voulait en rester là ; en dépit des instructions de Marthe,  il décida de se rendre à Ans dans l’immeuble où elle l’avait accueilli, il y a quelques semaines. Peut-être rencontrerait-il l’amie qui lui avait cédé cde logement et peut-être par elle retrouver Marthe.

 

De plus en plus le rendez-vous manqué de la Citadelle lui faisait pressentir que son amie courait un grave danger ; rien n’est plus pénible que de savoir qu’une personne aimée est gravement menacée quand on est dans l’impossibilité de lui venir en aide.

 

Il remercia chaleureusement les trois artistes, leur laissa ses coordonnées au cas où Marthe-Cholenka leur donnerait de ses nouvelles et reprit sa voiture pour se rendre au nord de Liège.

Il retrouva facilement le petit parking et sourit non sans quelque nostalgie en se rappelant les longues minutes de recherche de son véhicule quand les fou-rire de son amie dédramatisaient la situation en la rendant cocasse.

 

Il profita de l’entrée d’un résident pour se faufiler à l’intérieur ; au sortir de l’ascenseur, il retrouva son couloir monastique ou cellulaire ; parvenu à l’appartement où Marthe l’avait accueilli, il fut tout de suite frappé par le grand panneau « A LOUER » qui barrait la porte.

 

Il poussa sans conviction la petite sonnette blanche,  l’autre jour si porteuse d’espérance, aujourd’hui d’indifférence. Bien entendu, il ne se passa rien.

 

IL tenta d’en savoir plus en allant interroger la voisine ; une vieille dame, digne et posée apparut méfiante dans l’embrasure de la porte et lui demanda pourquoi il n’avait pas utilisé le téléphone pour se présenter.

 

Ghislain lui expliqua sommairement qui il allait visiter et sa déception devant l’appartement vide.

 

En fait la vieille dame, qui se présenta avec un brin de fierté, comme une artiste en retraite, ,’avait eu que peu de relation avec celle qu’elle appelait sa petite sculptrice, sinon deux ou trois conversations où elle lui avait montré quelques tableaux peints autrefois, tandis que la gentille « demoiselle russe » lui expliquait comment l’art l’avait sauvé au sortir d’une grave désillusion.

 

            -« Vous êtes sûre, Madame, que la personne dont vous me parlez, était bien la locataire de ce flat. »

 

            -« Mais, bien entendu, Monsieur, elle a vécu ici à peu près huit mois et je n’ai toujours pas compris pourquoi elle est partie si brusquement sans se dire « au revoir », même qu’elle n’est pas revenue pour procéder au déménagement de ses meubles.

 

-« Mais qui donc alors est venu vider cet appartement ? »

 

            -« Vous savez, je ne fais pas tellement attention à ce qui se passe dans l’immeuble. Je n’avais plus vu ma gentille voisine depuis une huitaine de jours et je la croyais en voyage – ce n’était pas la première fois -  lorsque j’ai entendu un remue-ménage infernal à côté ; J’ai pensé que ma voisine était revenue et que peut-être elle renouvelait le mobilier de son appartement. Je me suis donc permis de sonner chez elle et un espèce de « Malabar » aussi large que haut, et aussi aimable qu’une porte de prison, m’a demandé ce que je lui voulais. Très peu à mon aise, devant sa mine inquiétante, j’ai du lui balbutié que je venais simplement saluer ma voisine et alors, je lui ai demandé comment elle allait. 

Je vous avoue, monsieur qu’un instant, j’ai eu peur qu’elle se soit entichée d’un tel individu mais il m’a rassuré tout de suite en m’affirmant qu’il travaillait dans une entreprise de déménagement et agissait sur ordre ; il ne connaissait la personne dont je parlais ni d’Eve ni d’Adam. Et aussitôt, il me ferma la porte au nez ! 

Monsieur, si vous avez des nouvelles de votre amie, je serais heureuse de savoir que tout se passe bien pour elle car, vous le savez, c’est une gentille fille. »

 

Très ému et angoissé par tout ce que lui avait raconté la vieille dame, Ghislain prit aimablement congé et, tout penaud, retourna à sa voiture.

Il se demandait pourquoi son amie lui avait ainsi menti puisque c’était bien elle qui occupait cet appartement.

 

En traversant le hall, il remarqua sur une porte une plaque dorée : CONCIERGE. Il frappa discrètement.

 

Une petite femme, boulotte et avenante lui ouvrit aussitôt la porte. Il lui expliqua sommairement son étonnement de ne plus retrouver son amie qui ne lui avait jamais parlé de son intention de déménager.

 

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article