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Publié par BALCHOY

Tout au long de la nuit, il ne cessa de côtoyer en son imagination ces deux femmes qu’il poursuivait dans le dédale d’une ville inconnue pleined’ennemis qui le menaçaient. La jeune femme qu’il poursuivait, au moment où il la rejoignit, lui apparut sous les traits de Solange ; mais lorsqu’il l’embrassa, stupéfait,  il reconnut le corps si délié de Marthe, mélange harmonieux d’androgynie excitante et de maturité apaisante.

 

Plus tard dans l’obscurité, il se revit en haut de la Citadelle, mais au lieu de son agresseur mastodonte, Marthe lui tendit ses lèvres en lui parlant avec l'accent inimitable – il ne l’avait jamais oublié – de Solange.

Il lui tendit les bras et reçut un coup de poing violent de Richard…. qui le réveilla.

 

            -« Chéri peux-tu cesser de te tourner et de te retourner sans cesse. Tu m’empêches de dormir et puis tu marmonnes des mots inintelligibles. »

 

            -« Excuse-moi, Ria, je me croyais en promenade dans une ville inconnue pleine de dangers, ce qui explique ma nervosité. J’espère retrouver un bon sommeil à présent. »

 

Heureusement, se dit-il, en aparté,  que mes propos soient si peu compréhensibles et il se rendormit pour de bon.

 

Le lendemain, n’y tenant plus,  Ghislain téléphona d’une cabine à Monsieur Baetens, en rendant sa voix la plus rauque possible qu’il était grippé et devait garder la chambre. Son chef lui recommanda de bien se soigner.

 

Il prit à toute allure la rue du Pont-en-l’Isle là même où il avait failli laisser sa vie, il y a vingt ans et où Marthe lui avait montré son atelier.

Les coïncidences qui rapprochaient sa jeunesse et les tout derniers évènements le troublaient même si, tout compte fait,  ils n’étaient peut-être que la résultante du hasard.

Il réussit à se parquer juste en face du café des pécheurs et se précipita de suite au petit coin.

Traversant rapidement la salle du petit bar à l’entrée, il se rendit immédiatement à l’atelier que lui avait montré Marthe.

Cette fois, il était occupé par trois personnes, deux jeunes femmes et un sexagénaire grisonnant, tout trois occupés autour d’un four.

A son entrée, tous se tournèrent aimablement vers lui, espérant peut-être trouver un nouveau membre à recruter pour leur club.

Ghislain, un peu gêné tint à les détromper de suite en leur expliquant la raison de sa visite.

 

            -Excusez-moi, Mesdames, Messieurs de vous déranger, je suis venu prendre des nouvelles d’une amie qui, je crois, participe à vos activités. A vrai dire, je ne connais que son prénom : Marthe.

Vous dites Marthe, reprit le monsieur ; à première vue, je ne connais aucune d’entre nous qui se fasse appeler ainsi. Qu’en penses-tu, Caroline ?

La jolie rousse qu’il interpellait se tourna alors vers sa voisine d’un air plus que dubitatif.

            -« Tu connais une Marthe, toi. Personnellement ce prénom ne me dit rien »

L’autre d’une blondeur scandinave acquiesça de la tête.

 

            -« Je n’en vois pas plus que toi, mais, tu le sais, pas mal d’entre nous se font appeler d’un pseudonyme artistique. Puisque tu t’occupes du fichier, tu pourrais le consulter ; il doit être dans cette armoire.

 

Caroline se dirigea vers un vieux bahut bancal couvert de sculptures poussiéreuses et de ciseaux rouillés et retira d’un tiroir un grand cahier vert qu’elle consulta quelques instants.

 

            -« C’est bien ce que je pensais, pas de Marthe en notre fichier. Mais, Monsieur, peut-être, pourriez-vous nous la décrire. Si nous la connaissons sous un autre nom, nous pourrons peut-être vous donner de ses nouvelles. »

 

Comment décrire Marthe sans trahir l’image un peu féérique qu’il s’en faisait intérieurement ni la rabaisser au niveau d’une fiche anthropomorphique ?

 

            -« C’est assez difficile de vous la décrire car l’image que j’en ai est surtout intérieure. Je vous définirais plus facilement son sourire et l’intensité de son regard que sa taille ou sa corpulence. Peut-être la reconnaîtrez-vous si je vous dis qu’elle a un délicieux accent étranger qui hésite entre le grand sud italien et l’extrême est moscovite.


Tous trois réagirent instantanément : « Mais, c’est Cholenka. »

Et Caroline de poursuivre seule :

 

            -« C’est sans doute la plus mystérieuse d’entre nous et sûrement la plus douée. Elle vient travailler de façon tout à fait irrégulière ; pendant des mois on ne la voit jamais, puis brusquement elle passe une semaine ou deux à l’atelier où elle travaille de sept heures du matin jusque parfois vingt deux heures le soir, ne mangeant que des sandwichs, ne buvant que l’eau du robinet. »

 

Ghislain n’en croyait pas ses oreilles. Plus il approchait Martha, plus le halo de mystère qui règnait autour d’elle s’épaississait  comme si chaque nouvelle information brouillait les pistes au lieu de les dénouer.

 

Déjà le sexagénaire lui faisait admirer avec chaleur quelques œuvres de Marthe-Cholenka. Il revit avec intérêt la tête aux « émotions » que l’artiste lui décrivit avec passion mais fut bouleversé quand on lui présenta un visage taillé sommairement dans un bloc de marbre où, à tort ou à raison, il eut l’impression de reconnaître l’ancien étudiant de l’université de Liège qu'il avait été.




Yvan Balchoy
balchoyyvan13@hotmail.com
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