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Publié par BALCHOY

Il reconnut tout de suite de suite la voix tant espérée, tendue et quelque peu précipitée.

 

            -« Excuse-moi de t’appeler chez toi, je ne pouvais faire autrement. Pourrais-tu te rendre à dix-huit heures précises à la Citadelle de Namur. Tu connais la plaine de sport tout en haut. Je t’attends dans la tribune officielle près de la place 133. L’endroit est lugubre, fais bien … »

 

La communication fut brusquement interrompue et au bout de cinq minutes d’attente, Ghislain décida de se rendre au rendez-vous. Il voyait à peu près l’endroit indiqué par son amie.

 

Sûrement désert et sinistre à cette heure en hiver. Pourquoi avait-elle choisi un tel lieu de rencontre. C’est vrai qu’elle semblait crispée et puis la manière brusque dont s’était terminée la communication l’inquiétait. Que voulait-elle dire ? « Fais bien…. » ; tout naturellement il avait envie d’ajouter : « Attention » et il se promit d’être prudent sans trop savoir pourquoi.

 

Trois quarts d’heure plus tard, au sortir des lacets de la côte, il arrivait à la pleine de jeu. C’est vrai que l’endroit à cette heure-là était inhospitalier. Pourquoi l’avait-elle choisi ?

Tout à coup, il eut comme une illumination intérieure : et si elle ne l’avait pas choisi, si on l’avait obligé à le conduire ici.

Dans cette perspective nouvelle, le ton étrange de la jeune femme, son conseil si brutalement interrompu, tout s’expliquait. Mais alors, il était peut-être en danger.

Il se mit alors à l’abri derrière un arbre et examina les tribunes à une centaine de mètres de lui. Une lampe pâlotte les faisait à peine surgir de la nuit noire. Aucune trace de présence humaine. Il s’en approcha lentement et en longeant les haies du pourtour. Bientôt il arriva au pied des marches des tribunes qui servaient occasionnellement de théâtre de plein air. Il lui fallut cinq bonnes minutes pour s’orienter avec une lampe de poche pour découvrir la direction à prendre pour atteindre le siège 133.

 

Il trouva enfin la rangée des places située entre cent et cent vingt ; il était à présent à quelques mètres à peine de l’endroit que lui avait donné son amie et pourtant, apparemment,  il n’y avait âme qui vive dans ces tribunes. Peut-être était-elle en retard ? En tout cas, il lui demanderait de choisir à l’avenir des rendez-vous plus conventionnels.
Il s’engagea entre les fauteuils, à peine en avait-il longé trois quand brusquement son pied heurta un obstacle et il tomba lourdement sur un siège.

Le corps tout endolori, il s’apprêtait à se relever quand une voix brutale masculine s’éleva derrière lui :

 

            -« Restez couché, Monsieur Mignolet,  où je vous loge une balle dans les jambes pour vous immobiliser pour un long bout de temps. Nous avons à parler sérieusement vous et moi."

 

Cette voix, d’intonation manifestement étrangère, lui sembla familière sans qu’il puisse la rattacher à quelqu’un de précis.

Avanr de regarder l’individu, il fut frappé par l’ombre gigantesque qui se dessinait sur les gradins à la lueur blafarde du lampadaire qui le dominait.

 

Quand enfin il aperçut son agresseur, le visage recouvert d’un bas nylon, il pensa tout de suite à celui qui l’avait bousculé dans la tour du signal de Botrange.

 

            -« Je pensais t’avoir suffisamment averti du danger pour toi de t’intéresser à une certaine personne. Oh ne crois pas qu’il s’agisse d’une simple affaire de jalousie sentimentale. La question n’est pas là. Mais cette femme a sur ses épaules des responsabilités énormes au plan politique et social et il n’est pas question pour nous d’accepter qu’un petit freluquet mette une organisation internationale en péril pour une raison affective. Alors, c’est la dernière fois qu’on te laisse une chance de t’en tirer. Acceptes-tu de renoncer à celle que tu appelles Marthe ?

Nous savons que tu es très têtu en amour et capable de nous faire bien des dégâts. Alors, cette fois-ci,  tu cèderas ou tu crèveras !  Tu vois, ton amie t’a fait venir ici et c’est moi que tu rencontres. Comprends qu’en cherchant à la revoir, tu lui fais, involontairement sans doute, mais réellement un tort immense.
Bye, bye, la prochaine fois, si j’ai encore à te parler,  c’est celui-ci qui te fera taire pour toujours. »

 

Et il lui mit sous le nez son révolver avant de repartir dans la nuit sans un mot.

 

Pendant près d’une minute, Ghislain resta immobile sur le sol, les genoux écorchés par les gravillons du sol, puis il se releva tout ankylosé et se dirigea en boitant légèrement vers sa voiture. Il s’étonnait d’être si calme malgré se déception. Il n’avait pas revu Marthe, mais il connaissait mieux à présent les enjeux de ses adversaires. Ils pensaient le décourager avec une telle mise en scène macabre, pauvres types. Maintenant qu’il savait Marthe en danger, il était plus que jamais résolu à lui venir en aide quels que soient les risques.

 

En redescendant de la Citadelle, il se rappela brusquement certaines paroles que le mystérieux individu lui avait jeté à la tête : son entêtement en amour et le tort qu’ils pouvaient faire à cette satanée organisation. On aurait dit qu’il parlait non de l’avenir mais du passé. Et s’il y avait un lien quelconque entre ce « bandit » et ceux qu’il avait aidé à mettre hors de nuire il y a vingt ans avec Solange. En ce cas, Marthe et Solange ….

Excité par ce bouillonnement d’idées, Ghislain rentra ce soir-là, tout à la fois énervé et excité, ce qui bien entendu n’améliora pas le climat plutôt tendu qui régnait en ces temps-là au sein de la famille Mignolet.

A la fin du film de RTL, il déclina l’offre de Ria d’aller se coucher et se retira en son bureau où il se mit à écrire des bribes de poèmes qui célébraient en les mêlant les personnalités si attachantes à ses yeux de Solange et de Marthe.

 

Avant d’aller dormir, il ne garda que quelques lignes dont il était à peu près satisfait et déchira en menus morceaux le reste de ses essais.




Yvan Balchoy
balchoy@belgacom.net
http://poete-action.ultim-blog.com 

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