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Publié par BALCHOY

Pâle et rageur, face à son épouse de plus en plus interloquée devant son silence, Ghislain raccrocha brutalement.

 

            -« C’est un pauvre fou qui a été congédié du labo, il y a quelques mois, pour vol. Il me prend pour responsable de son licenciement et ne cesse de proférer des menaces à mon égard. Je vais en parler à la police, s’il se manifeste encore.

 

Ria haussa les épaules : « C’est drôle que tu ne m’en aies jamais parlé. Enfin, allons-nous coucher, je suis crevée.

 

Enervé en son lit, Ghislain n’arrêtait pas de se tourner et de se retourner au grand dam de sa femme qui se plaignit de ne pouvoir dormir. Une sourde angoisse lui donnait l’impression d’étouffer. Cette solitude devenue intolérable le poussa à se rapprocher de son épouse qui, un peu agacée d’abord, poussa un léger soupir puis se colla contre le corps affamé de son mari.

 

En caressant le corps épanoui de son épouse, Ghislain revécut en un instant les vingt dernières années de sa vie, la rencontre avec la jeune intellectuelle hollandaise, admiratrice comme lui de Dostoïevski, les deux premières années de leur mariage où, à défaut peut-être d’une folle passion, ils vécurent une grande intimité sous le signe d’une tendresse et d’un grand partage de tout ce qu’ils vivaient.

 

Avec la naissance de Gisèle, l’épouse céda peu à peu le pas à la mère, tandis que la biologie investissait les forces vives de son mari. Avec la naissance de Nicolas, deux ans plus tard, ce processus de distanciation entre eux s’accrut.

Pourtant sous cette apparente indifférence, leur tendresse subsistait, ils le sentaient tous deux en découvrant avec un joyeux étonnement le doux émoi de leur corps.

 

Mais quand vint le moment de concrétiser cette union spirituelle et charnelle dans laquelle ils baignaient tous deux, le corps de Ghislain ne répondit pas cette fois encore à leur attente. Ria ne laissa pas apparaître sa déception et tenta de le rassurer en minimisant la « panne » qu’elle expliqua par son surmenage.

 

Ghislain, plus gêné que peiné tenta par des caresses audacieuses de suppléer sa propre carence, mais elle lui fit discrètement comprendre qu’elle n’appréciait pas outre mesure un érotisme qui sortait de ses sentiers battus. Ils se séparèrent doucement sans aigreur visible mais avec chacun un grain d’amertume au cœur.

Ghislain découvrit vraiment cette fois que la virilité est un bien plus fragile qu’il ne le croyait tandis que Ria sentait qu’une part pour elle important de son homme lui échappait partiellement.

 

Ghislain se trouvait avec une femme inconnue dans une forêt sombre au relief accidenté, tous deux fuyaient des ennemis dont ils ne savaient rien sinon qu’ils devaient leur échapper sous peine de mort. A un moment donné, ils escaladaient à grande peine une falaise abrupte pour échapper à une meute hurlante de chiens qui aboyaient en les poursuivant un peu plus bas.

La femme le précédait et il n’avait aucune idée de son visage pas plus qu’il ne connaîssait le son de sa voix ni à fortiori son nom.

A chaque instant, ils s’arrachaient la peau des mains et des jambes aux anfractuosités des rochers et ils s’écorchaient aux ronces qui tapissaient les parois.

La pente au départ relativement douce s’élevait progressivement et leur ascension se ralentissait. La femme se mit à pleurer, tant ils avaient l’impression que les chiens risquaient de les rejoindre tant au sommet que dans la vallée.

Brusquement, terrorisée, la femme le saisit par ses vêtements, il découvrit alors qu’elle était comme un mélange des visages de Solange et de Marthe.

Affolé lui-même, il lâcha le rocher auquel il s’agrippait et saisit une racine qui s’avéra moins solide qu’il ne l’avait escompté.

En quelques secondes, elle se descella de la roche et dans un hurlement de terreur, tous deux tombèrent dans le vide.

 

 

            -« Réveille-toi, Ghislain, tu fais un cauchemar ou quoi ! »

 

            -« Excuse-moi, chérie, je viens de faire un rêve atroce, pardonne-moi de t’avoir dérangée. Quelle heure est-il ? »

 

            -« Il est près de trois heures du matin, rendors-toi vite. Tu me diras demain qui sont cette Marthe et cette Solange dont tu as plusieurs fois prononcé le nom pendant ton sommeil. Bonsoir ! »

 

Sur ces propos que son épouse prononça d’un ton plutôt froid, elle lui tourna le dos et s’endormit.

Ghislain un peu interloqué à la fois par ce rêve et les réflexions de sa femme mit beaucoup de temps avant de retrouver le sommeil et du même coup son cauchemar qui se prolongea en lui jusqu’au petit matin, où il se réveilla tout meurtri physiquement ou moralement.

 

Ria ne fit au petit déjeuner qu’une allusion discrète sur un ton humoristique à ces mystérieuses inconnues évoquées par lui dans son soleil.

Si le ton était badin, Ghislain ne fut pas dupe et comprit que sa femme commençait sérieusement à s’inquiéter devant ces signes de présences féminines qu’elle ne connaîssait pas dans l’entourage de son mari.

 

Durant l’après-midi à Gembloux, alors que Ghislain se rongeait le frein de ne pouvoir contacter son amie, et qu’il était presque décidé de tenter de la revoir à Ans contre sa volonté, un coup de fil venu de l’extérieur le fit sursauter.


Yvan Balchoy
balchoyyvan13@hotmail.com
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