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Publié par BALCHOY

 

La révolte passionnée d’Yvan contre Dieu et son univers, conséquence directe de son option en faveur de l’idéal du dieu-homme, se solde par un échec retentissant dont il est la première victime. Il en sort brisé par la maladie et menacé par la folie. Incapable d’oser et de vouloir efficacement, il fait lui aussi l’expérience du dédoublement. Dans son cas, ce phénomène atteint une ampleur remarquable, puisque son « moi » négatif s’objective sous la forme d’un mystérieux interlocuteur qui se présente pour le diable. Est-ce là une simple hallucination men tale ou une vision objective du Prince des ténèbres ? (1) Il est incapable de répondre.

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(1) A propos des hallucinations diaboliques d’Yvan, Dostoïevski écrit dans sa correspondance : « J’ai pris l’avis de bien des médecins. Ils m’assurent que non seulement de pareils cauchemars sont possibles, mais aussi des hallucinations dues à la fièvre chaude, sont possibles. Mon héros est sujet aussi à des hallucinations, mais il les mélange à des cauchemars. Ce n’est pas seulement un trait physique (maladif) du à ce que l’homme ne voit plus par moment la différence entre le réel et l’illusion (ce qui est arrivé à chaque homme au moins une fois en sa vie) mais c’est aussi un trait spirituel coïncidant avec le caractère du héros. Niant la réalité de son illusion, il la prend, lorsqu’elle est disparue, pour la réalité. En même temps, souffrant d’incroyance, il désire inconsciemment que son illusion ne soit pas une imagination, mais quelque chose de réel. » (Lettre 761 du tome IV de la Correspondance de Dostoïevski adressée à Lioubimov : 10/08/1880)

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Sans doute les deux hypothèses ici évoquées sont-elles également vraies en ce sens que son hallucination est le fruit d’une désintégration de sa personnalité, en laquelle on peut discerner l’œuvre du prince de la destruction, Satan. Le diable ne désire pas persuader Yvan de son existence, mais entend le plonger dans le doute :

 

 

-« Ecoute, dit Yvan, je crois que j’ai le délire, raconte ce que tu veux, peu m’importe…Parfois je cesse de te voir, de t’entendre, mais je devine toujours ce que tu veux dire, parce que c’est moi qui parle et non pas toi ! Mais je ne sais si je dormais la dernière fois ou si je t’ai vu en réalité. Tu es un mensonge, un fantôme de mon esprit malade… Tu es hallucination, l’incarnation de moi-même, d’une partie seulement de moi-même, de mes pensées et de mes sentiments, mais les plus vils et les plus sots »  (2)

 

 

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(2) Les frères Karamazov, page 665-666

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Satan qui s’y connaît pour brouiller les cartes, trouble à plaisir l’esprit d’Yvan, à un tel point même que ce dernier finit par lui avouer son désir de croire en lui. En fin de compte, la fièvre chaude et la folie s’emparent du malheureux. Est-ce une chute définitive ? Par la bouche d’Aliocha, Dostoïevski suggère la possibilité de la résurrection spirituelle de son frère, pourvu qu’il opte résolument pour la vérité même du réel.

 

-« Dieu vaincra. Ou  bien Yvan se relèvera à la lumière de la vérité, ou bien il succombera dans la haine en se vengeant de lui-même et des autres pour avoir servi une cause à laquelle il ne croyait pas (3)

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(3) Les frères Karamazov page 685 ; dans doute le dernier membre de phrase fait-il allusion au consentement du cœur qu’Yvan étouffa pour suivre sa froide raison.

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Peut-être Aliocha découvre-t-il ici la clef même du drame. Le conflit entre raison et cœur conduit son frère Yvan à une contradiction insoluble. Faute de solution concrète au problème de la souffrance innocente, il opte pour la révolte. Mais un libre arbitre en rébellion ne peut que nier. La révolte engendrée par le spectacle du mal le conduit à s’en faire le complice direct, puisqu’il en vient finalement au parricide moral. C’est sur ce premier échec que se greffe le dédoublement psychologique qui l’accable.

 

En peignant le désespoir d’Yvan, Dostoïevski n’a pas oublié l’aide précieuse que lui a apporté en des temps difficiles l’optimisme foncier de Schiller ; il l’a attribué à son héros. Toute aspiration vers la vie conduit à Dieu en qui elle subsiste en plénitude. Aliocha l’avait prédit à son frère au début du roman : « Je pense qu’on doit aimer la vie par-dessus tout …. Avant de la raisonner, sans logique, comme tu dis ; alors seulement on en comprendra le sens. (4) En aimant, Yvan « réalise la moitié de sa tâche. » Le jour où il renoncera à juger Dieu

 

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(4)    Les frères Karamazov, page 250

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Et à soumettre le monde réel au seul crible de la raison, il trouvera la paix. Alors le monde réel qui ne lui apparaissait plus que comme rêves et cimetières  (5) ressuscitera en son cœur dans la clarté de la Vérité totale dont la raison n’entrevoit qu’une infime partie.

 

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(5)    Les frères Karamazov, page 249

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Le salut n’est pas dans la liberté qui nie mais dans celle qui consent et affirme ; il n’est pas jugement mais reconnaissance dans l’amour.


Yvan Balchoy
balchoyyvan13@hotmail.com
http://www.poete-action.ultim-blog.com 

 

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