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Publié par BALCHOY

A sa grande surprise, car Ria était toujours très discrète sur le travail professionnel de son mari, elle insista :

     -"C'est pour ça, chéri, que tu es ce soir un peu en retard. J'espère que tu n'as pas de soucis ces temps-ci. Je te trouve parfois un peu nerveux. Tu sais, tu ne dois pas hésiter à me confier tes problèmes. A deux, nous serons plus forts pour en venir à bout."

Énervé par cette suggestion, qui, dans le contexte de ce jour-là, prenait une tournure un peu inquiétante, Ghislain répondit sèchement :

     -"Tout va bien, je suis fatigué. Laisse-moi, je t'en prie. Tes questions commencent à me fatiguer. Fous-moi la paix enfin !"

     -"Mais qu'est-ce qui te prend, tu es bien bizarre ce soir, aurais-tu quelque chose à me cacher ?"

Ghislain ne répondit pas et se réfugia sous sa "Libre" dans son bureau.
Brusquement il pensa à son rival ; et s'il avait envoyé à Ria un mot pour la "mettre au courant" ou simplement l'inquiéter, le salaud ! Si jamais, il le rencontrait à nouveau, il allait lui casser la gueule !

Les jours qui suivirent furent sans histoire.Marthe resta silencieuse et Ghislain éprouva plus d'une fois l'envie de gagner Ans.
Marthe lui avait dit occuper le flat d'une amie mais il avait de la peine à la croire tant l'atmosphère du logis était à l'image de la jeune femme.
En y allant, contre sa volonté, n'allait-il pas lui déplaire ?
A la maison, tout semblait être rentré dans l'ordre.
Ria l'acceuillait chaque soir avec chaleur. Le mystérieux et menaçant "jaloux" ne se manifestait plus.
Une semaine s'était écoulée depuis la rencontre de Ans. Chaque jour qui débutait, il l'envisageait sous le signe d'un immense espoir : Marthe allait peut-être l'appeler et puis l'après-midi  se terminait sur une terrible déception : elle n'avait pas donné signe de vie.
Ce jour-là, il faisait un temps effroyable. Ghislain arriva au bureau avec un quart d'heure de retard. Il venait à peine de s'installer dans son labo quand il reçut un appel de son supérieur : monsieur Baetens avec lequel il entretenait d'ailleurs d'excellentes relations.
En entrant dans son bureau, le biologiste fut étonné de la physionomie de son interlocuteur. Lui qui d'habitude acceuillait ses visiteurs avec chaleur, parut cette fois gêné et quelque peu froid.

     -"Asseyez-vous, Mignolet, je suis navré d'interrompre votre travail ce matin mais il me faut absolument vous parler d'une dénonciation qui m'est parvenue à votre propos. Jusqu'à preuve du contraire, je la tiens pour mensongère, mais peut-être pourrez-vous me permettre de jeter à la poubelle ce qui sans doute en vient tout droit.

Ghislain obtempéra en se demandant bien ce qui allait lui tomber sur la tête.

Vous savez, reprit Monsieur Baetens, que je suis d'une façon générale satisfait de votre travail. Manifestement quelqu'un ici ou ailleurs vous en veut ; j'ai reçu ce message anonyme.

Ce faisant, il ouvrit un tiroir de son bureau, en retira une liasse dont il sortit un feuillet dactylographié dont il lui fit la lecture :

     -"Vous avez tort de faire confiance à Ghislain Mignolet lorsqu'il prétend aller consulter la bibliothèque de l'Université de Liège. Il en profite pour se payer du bon temps avec sa petite copine aux frais bien entendu du contribuable."

Intérieurement Ghislain sentit son estomac se nouer, il pâlit légèrement mais réussit à taire son émotion.

     -"Pouvez-vous me dire, Monsieur le Directeur, qui a pu signer ce torchon qui met en cause ma vie privée ?"

     -"bien entendu, ce document n'est pas vraiment signé, il y a seulement sous le texte un gribouillis que je lirais, "le justicier" ou peut-être "la justice".
De toute façon je n'accorde aucun crédit à cette accusation, retournez à votre labo. Je considère cette affaire comme close.

Pensif, et passablement inquiet, Mignolet retourna à ses chers phasmes. Or il savait bien d'où venait l'attaque.
Jusqu'où ce rival évincé allait-il aller pour l'obliger à renoncer à Marthe ? En réfléchissant à sa seule rencontre probable avec cet individu dans la tour de Botrange, un énorme gaillard, costaud comme un taureau, il eut l'impression floue d'un déjà vu qui surgissait d'un lointain passé. Il lui faudrait creuser cette impression mais surtout interroger Marthe sur les antécédents de ce gredin.

Le soir, rentré à la maison, il réfléchissait encore à son entrevue avec Monsieur Baetens, quand la sonnerie du téléphone le fit sursauter ainsi que Ria assoupie devant la TV. Un coup d'oeil à l'horloge lui révéla qu'il était plus de 22 heures. Qui pouvait bien l'appeler à cette heure. Ria, plus rapide que lui, décrocha la première.

     -"Allô, qui est à l'appareil ? ... Oui, mon mari est là. Est-il arrivé quelque chose de grave pour que vous l'appeliez à cette heure ? C'est confidentiel ! Et bien en ce cas, je vous le passe."

Et d'un air, mi figue, mi-raisin elle lui tendit le combiné.

Irrité autant qu'inquiet, ce dernier demanda sèchement :

     -)"Qui est à l'appareil ? Êtes-vous sûrs qu'il était indispensable de m'appeler à cette heure ?"

     -"Vous savez, Monsieur Mignolet, j'aurais pu entretenir votre épouse d'une certaine Marthe. Je me contente ce soir de vous rappeler pour la dernière fois qu'elle n'est pas pour vous. Vous avez, je n'en doute pas, une charmante épouse, n'allez donc pas chercher ailleurs ce que vous avez chez vous. Si vous refusez de m'écouter, vous n'aurez plus ni repos, ni trêve dans votre foyer, au travail ou nulle part ailleurs."



Yvan Balchoy
balchoyyvan13@hotmail.com
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