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Publié par BALCHOY

Le contenu du récit est simple.
Le Christ revient incognito à Séville au temps le plus sombre de l'Inquisition. La foule le reconnaît aussitôt, s'attache à ses pas et les miracles se renouvellent comme autrefois en Palestine.
Apprenant le succès que rencontre ce mystérieux prophète non autorisé, le vieux cardinal inquisiteur le fait arrêter.
La nuit, il va le trouver en son cachot et l'interroge longuement. Le Christ garde le silence ; aussi est-ce le vieillard lui-même qui exprime, en les critiquant, les convictions de son illustre prisonnier. (1)

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(1)  Le contenu idéologique ne sera abordé ici que dans la mesure où il intervient dans le drame personne d'Yvan Karamazov.
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Le Christ a voulu une foi libre, la seule qui plaise à Dieu. Mais, lui objecte le Grand Inquisiteur, n'était-ce pas là oublier que l'homme est naturellement un être servile ? Rien en un sens n'est plus désirable à ses yeux que cette liberté. Mais celle-ci se révèle bien vite un don gênant, si gênant même qu'il aspire à l'abandonner à une personne à laquelle il puisse se fier aveuglément.
Jésus n'a pas voulu  satisfaire cette aspiration, la jugeant indigne du destin humain. Mais, pense le grand Inquisiteur, ce refus a risqué de mener l'humanité à un désastre sans précédent.
Aussi, après quelques siècles d'essai du Christianisme intégral, des ecclésiastiques se sont dressés contre le pur Evangile. ; ils ont prétendu parfaire l'oeuvre du Maître en substituant à cette fâcheuse idée de liberté, les trois forces ou moyens de pression proposées par Satan, lors de la  tentation de Jésus au désert et qui ont pour avantage de réaliser l'unanimité des hommes avec le moins de risques possible. Ces hommes confessaient ouvertement un Christ auquel ils ne croyaient plus.
L'inquisiteur de la "Légende" qui se range délibérément de leur  côté, avoue même s'être donné à Satan; son but n'est donc pas de conduire les hommes au paradis promis par Jésus mais d'établir sur terre le paradis de la fourmilière. Extérieurement son entreprise peut semble une réussite mais au prix de quelle mutilation de la grandeur humaine !

En fait, l'attitude d'Yvan, face à la Légende,  est si complexe qu'on ne sait à la fin de son récit s'il est avec ou contre le Christ tel qu'il le décrit et s'il s'oppose ou non au Grand Inquisiteur. Le sait-il lui-même et Dostoïevski avec lui ? (2)

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(2) "Mais, c'est absurde, lui objecte Aliocha. Ton poème est un éloge de Jésus et non un blâme comme tu l'as voulu.Qui croira ce que tu dis de la liberté ? Est-ce ainsi qu'il faut le comprendre ? Est-ce la conception de l'Eglise orthodoxe ?"  Les Frères Karamazov, page 282.
Inutile d'ajouter que les critiques sont ici radicalement divisés et que leurs conclusions sont le plus souvent contradictoires. Cf cette étude, page,

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Sans soute est-il ici également partagé : son amour pour le Christ ne suffit pas à le faire renoncer à sa volonté de tout subordonner à l'assentiment de sa raison. Heureusement, chez lui, comme chez Versilov, l'amour  de la vie est si ancré qu'il résistera victorieusement au pessimisme outrancier de sa raison résonnante.
Yvan ne sait pas pourquoi il vit. En même temps que Dieu, il rejette en effet toute possibilité de morale objective, tout but à son existence.
Si Dieu n'existe pas, et d'ailleurs même s'il existe en un univers si absurde, tout est permiset l'homme doit refuser tout autre loi que sa volonté. (3)  Comment y parvenir ? Le frère d'Alioche découvre alors avec effroi que pour devenir dieu, il faut dépasser les limites de l'éthique commune en créant sa propre morale par delà le bien et le mal.

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(3) Albert Camus : L'homme révolté, Paris 1963, page 79

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En cherchant à concrétiser cette intuition, il s'aperçoit peu à peu que sa volonté absolutisée n'est plus capable que de destruction . Elle exige de lui le parricide. Sans être, matériellement parlant, le meurtrier de son père, il portera néanmoins la responsabilité de sa mort, puisque l'ayant prévue, il ne l'a pas empêchée.
Smerdiakov lui avait clairement laissé entendre ses intentions et même s'il avait requis en termes semi-sybilliques l'assentiment d'Yvan avant de passer à l'exécution du crime. Une entrevue entre eux deux, peu après le meurtre, donnera l'occasion à Smerdiakov de rappeler à Yvan l'encouragement secret qu'il était persuadé avoir reçu de lui.

     -"Vous avez tué, c'est vous le principal assassin; je n'ai été que votre auxiliaire, votre fidèle instrument." (4)

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(4) Les Frères Karamazov, page 652

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Intérieurement Yvan devra bien reconnaître que le désir d ela mort de son père n'est pas sans relation avec l'acte meurtrier puisque ce dernier n'a fait qu'appliquer concrètement le tout est permis (5) qu'il lui avait si souvent enseigné.(2)

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(5) Si on ne trouve pas littéralement le "Si Dieu n'existe pas, tout est permis" dans les Frères Karamazov, il en existe de nombreuses paraphrases. Ainsi, page 73, dans la bouche d'Yvan qui ajoute que c'est là toute la loi naturelle, "que si vous détruisez la foi en son immortalité, la loi morale de la nature devrait devenir immédiatement l'inverse absolu de l'ancienne loi religieuse."
Endin cet extrait de la dernière entrevue entre Smerdiakov et Yvan est plus explicite peut-être encore :  "...C'était son rêve, puisque "tout est permis".C'était vous qui m'avez en effet appris et souvent expliqué cela : "Si Dieu n'existe pas, il n'y a pas de vertu et elle est inutile". (Les Frères Karamazov, page 660-661)

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Les sentiments "parricides" d'Yvan ont peut-être une résonnance autobiographique. On a vu combien était dur le père de Fédor Mikhaïlovitch. Pendant ses études, Michel Dostoïevski fut assassiné par des serfs qu'il traitait aussi sévèrement que ses enfants. Peut-être la première réaction du jeune homme fut-elle un certain soulagement et entraîna-t-elle peu à peu un sentiment de culpabilité. En tout cas certaines réflexions dans "Les frères Karamazov" le font penser. Devant Smerdiakov, Yvan avoue tout étonné : "Je désirais à ce point la mort de mon père ?" (page 715) On sait que Freud s'est servi de ces éléments pour réduire le cas Dostoïevski au complexe d'Oedipe se résolvant en processus d'autopunition. Cf l'introduction à "La correspondance de Dostoïvski" de Dominique  ARBAu tome I, page XIV. Nous discuterons plus loin cette opinion en cette étude, page,

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Yvan Balchoy
balchoyyvan13@hotmail.com
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