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Publié par BALCHOY

On y trouvait une radio locale, "la voix de l'amitié", une mini ludo-bibliothèque tenue par un original idéaliste qui rassemblait autour de lui quelques gosses paumés du quartier et enfin un atelier de sculpture qu'elle fréquentait.
Chacune de ces trois activités disposait d'un petit local .
Une bonne collaboration existait manifestement entre tous et la salle du café abritait les manifestations culturelles  les plus importantes. Trois jeunes, type intellectuel, y discutaient devant un café. Marthe les salua chaleureusement en leur présentant Ghislain, "un copin intéressé par l'art".

Ils montèrent un escalier de bois fatigué et grinçant qui les conduisit à un petit couloir : un grand désordre y régnait joyeusement, deux haut-parleurs malades, une caisse de bouquins jaunâtres et quelques blocs de pierre ou de marbre en attente de création.

De la pièce du fond s'écoulait une musique rock commentées toutes les deux minutes; la bibliothèque était fermée ainsi que l'atelier. Marthe descendit demander la clé et introduisit son ami dans une pièce littéralement envahie de sculptures de toutes sortes, de tous états depuis le bloc à peine entaillé jusqu'à des charmantes naïades qu'on avait envie de caresser.

Elle alla chercher dans un placard de petites statuettes aussi étranges que déconcertantes:

         -"Tu vois, chéri,  voilà ce que je fais depuis plusieurs mois. Quand j'ai commencé de sculpter, sur le conseil d'un ami,  enfin d'un ex-ami, tu devines de qui je parle, j'ai réalisé du figuratif un peu idéalisé, des hommes, des femmes, des enfants à la silhouette parfaite mais conventionnelle.

J'en ai eu vite marre et à présent, ce qui m'intéresse, ce n'est plus du tout de reproduire la réalité mais de faire sortir de la pierre l'âme des choses, du monde minéral, végétal et animal ainsi bien sûr de l'homme qui, à mes yeux, fait partie intégrante de l'univers dans sa globalité.
Ainsi, un caillou me semble avoir une sorte de "personnalité" dans la mesure où il me "parle" mais j'en dirai autant d'un arbre, du regard d'un chat et du sourire d'un enfant.

Elle lui présenta alors une oeuvre de trente cm de hauteur qui représentait une branche d'arbre torturée comme un cep de vigne : en la regardant de près on y trouvait les traces d'un joli coquillage fossilisé qui avoisinait deux yeux de gosse  grand ouverts  et remplis d'angoisse. A l'extrémité d'une des branches, deux papillons faisaient fougueusement l'amour.

    
     -"Tu vois, au début, je me suis sentie tout à fait incapable de donner un nom à cette oeuvre qui s'est imposée à ma tête et surtout à mes mains,  coup de ciseaux après coup de ciseau. Ce n'est qu'une fois l'oeuvre terminée - et ça s'est imposé à moi tout d'un coup, que j'ai compris peu à peu le fil de ma démarche.

Du fossile animal devenu bijou minéral à la joie animale des papillons qui contrastait tant avec l'horreur reflétée dans ces yeux d'enfants, se déroulait le grans jeu de la Création.Cette branche muette était tout à la fois témoin, complice et "cri" de la vie d'hier, d'aujourd'hui et de demain avec ses merveilles et ses horreurs."

Elle lui montra d'autres figures sculptées dont un visage reflétant suivant l'angle du regard la joie, la tristesse, la peur et la colère. Je l'ai appelé le "Kalédoscope" parce qu'il synthétise les émotions humaines qui nous frappent tour à tour.

Ghislain n'en revenait pas devant la maturité qui s'exprimait dans toutes les oeuvres que son amie lui détaillait tout à tour.

Brusquement regardant par la fenêtre, il remarqua que la nuit tombait peu à peu au dehors et consulta sa montre : déjà cinq heures trente ! Il était temps pour lui de rentrer même s'il n'en n'avait aucune envie; manifestement Marthe aurait voulu elle aussi prolonger leur rencontre.

Il la reconduisit rapidement à Ans. Dans la voiture la jeune femme, "jeune"car à ses yeux dans le visage de Marthe se reflétait toute la jeunesse de Cholenka, lui caressait doucement les genoux mais ils n'avaient ni l'un ni l'autre le coeur à la plaisanterie.

Au pied de l'immeuble mastodonte, Ghislain demanda à son amie son numéro de téléphone.

     -"Tu sais, je ne te l'ai pas donné jusqu'à présent. Je ne vis pas vraiment ici. Une amie me prête ce petit appartement pour aujourd'hui. Je ne puis pour le moment te recevoir chez moi ni même te donner mon adresse; je n'ai pas le téléphone.
 Mais ne t'en fais pas, avant très peu , je te recontacterai et, si tu le veux, nous vivrons une longue journée ensemble sous le double signe de l'art et de la tendresse qui - je ne sais si tu es de mon avis - vont très souvent de pair."

Puis, l'embrassant rapidement sur le front, elle ouvrit la portière et s'esquiva sans un mot.

En rentrant à Namur, Ghislin revit intérieurement "l'éblouissant" d'une telle journée qui l'avait conduit bien plus loin que ses rêves les plus fous.

Il avait de plus découvert que sa nouvelle amie, loin d'être une artiste débutante, comme elle le lui avait suggéré, s'exprimait en vraie professionnelle dans des oeuvres d'une plasticité et d'une signification très originale.

Enfin l'arrachement du départ, qui lui rappelait son  déchirement intérieur entre Marthe et Ria lui laissait dans ce torrent de joie un léger goût d'amertume.

Il rentra à Namur en "poussant" quelque peu sur le champignon, non qu'il fut spécialement en retard, mais pour extérioriser l'agitation intérieure qui bouillonnait en lui.

En arrivant chez lui, avec seulement une demi-heure de retard sur son horaire habituel, contrairement à ses habitudes, il parqua sa voiture au garage, puis s'en alla embrasser sa femme et ses enfants.

Ria l'acceuillit comme si de rien n'était, lui demandant comment s'était passé la journée.

     -"Très bien, lui répondit-il, j'ai beaucoup progressé dans les essais et je crois aboutir bientôt à des résultats intéressants."

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