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Publié par BALCHOY

Sans réparation, aucune harmonie véritable n'est en effet concevable. Pour être valable, la justification devrait se réaliser au plan terrestre. Or y-a-t-il dans le monde un seul être qui ait le droit de pardonner ? Sans ce droit, pas de pardon, pas de compensation, pas d'harmonie non plus. Yvan sait bien que pour pardonner, pour réparer, l'amour et le communion interpersonnelle sont nécessaires. Mais c'est pour lui un projet irréalisable.

Impossible d'aimer concrètement son prochain
(1) Il faudrait être Dieu, comme le Christ pour y parvenir. La loi égocentrique de la nature humaine fait obstacle. (2) ----------------------------------------------------------------
(1) Les frères Karamazov, page 256.
(2) Dostoïevski reprend ici un thème qu'il avait déjà développé dans le "Carnet de Macha".

"Un autre ne pourra jamais comprendre à quel point je souffre, car c'est un autre et pas moi."
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Personne donc ne peut comprendre ou se mettre à la place de celui qui souffre. Celui-ci reste seul avec sa peine ; il ne peut ni la communiquer ni la confier à personne. Pour l'éternité, elle l'accompagnera et lui rappellera l'absurdité du monde et de la vie et partant de ce Dieu qui en serait l'auteur.

Avec de telles idées, comment éviter de sombrer dans le désespoir ? Yvan n'y succombe pas, car son coeur porte sur le monde un regard sensiblement différent. Il est partagé entre une incroyance que tout à la fois il hait et juge nécessaire et par ailleurs une foi quasi viscérale dans la beauté de l'univers. Il porte en lui un tel amour de la vie, que, fût-il persuadé que tout n'est qu'un chaos infernal et maudit, il voudrait vivre tout de même, "vider la coupe" jusqu'à trente ans tout au moins. Cette soif de vivre à tout prix, commune d'ailleurs à toute la famille Karamazov, procure une telle force qu'elle résiste à toute argumentation logique. Sans croire à l'ordre universel, Yvan reste accessible au mystère du beau et du bien. "L'intelligence et la logique n'y sont pour rien, c'est le ventre ; on aime ses propres forces juvéniles."  (3)

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(3) Les frères Karamazov, page 249
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Selon les carnets, Yvan voudrait réussir à détruire complètement l'idée de Dieu, mais cela ne l'empêche pas de s'écrier : "L'étonnant, c'est que la nécessité de Dieu soit venue à l'esprit d'un animal féroce et méchant comme l'homme tant elle est sainte, touchante, tant elle fait honneur à l'homme." (4)

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(4) Les frères Karamazov, page 254 et leurs Carnets page 857.

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