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Publié par BALCHOY

Ghislain détestait les autoroutes et les Nationales tout autant. Aussi, comme il avait tout son temps pour arriver à Liège, choisit-il de la rejoindre par de petites routes de campagne qu’il affectionnait.

La voiture filait à bonne allure le long des bocages, vestes étendues champêtres, faites de côtes et de descentes successives appelées communément « dos d’âme ».

Namur était déjà loin. Le paysage «évoquait bien les richesses du Condroz.

Tantôt l’horizon était dégagé et laissait percevoir comme un tapis indien une multitude de rectangles, carrés, losanges, de couleurs et de consistances différentes allant du bleu indigo au jaune paille en passant par toutes les nuances du vert.

La voiture grimpait péniblement à présent une pense sévère et boisée toute sinueuse ; un vieux château bâti avec élégance lui fit relever la tête.

 

Mais en fin de compte, Ghislain Mignolet, bien que sensible aux richesses de ces contrastes ne pensait qu’à celle vers laquelle il fonçait aussi vite que sa voiture le lui permettait.

Enfin il entra dans la Cité ardente : une étrange excitation, faite de tendresse et de passion, s’empara progressivement de lui sans altérer heureusement ses réflexes de conducteur.

Déjà la gare de Guillemin, centre d’un quartier pressé et un peu équivoque ainsi qu’en témoignaient les nombreuses vitrines éclairées de verre ou de rouge derrière lesquelles de jolies filles, madones ou diablesses, aguichaient les passants.

Plus loin, le boulevard d’Avroy se donnait avec un peu d’emphase un air sérieux à l’image des bureaux et commerces qui en constituaient la vitrine tapageuse.

En le quittant, Ghislain déboucha sur la Place Saint Lambert qui, toute défigurée qu’elle était par un urbanisme à courte vue, lui parut néanmoins comme une bouffée d’air au sein d’un monde si souvent pollué par la laideur et l’uniformité.

Il arrivait à présent au plateau, à la rue des deux étoiles en même temps qu’un autobus presque vide puisqu’arrivé à son terminus.

 

Il reconnut du premier coup ce grand immeuble qu’on avait bâti à la place d’un vieux couvent franciscain.

De sa vocation religieuse, le bâtiment n’avait à vrai dire gardé qu’une partie de son environnement un joli parc, peuplé de peupliers altiers qui semblaient saluer poliment de vieux tilleuls au gré du vent autour d’une vaste pelouse devenue une sorte de plaine pour enfants avec balançoires et toboggan.

C’est vrai que le site avait gardé un air de nature en dépit des tristes blocs de béton dont on l’avait affublé.

Sa voiture, une fois parquée le long d’une haie fleurie et odorante, Ghislain sans se préoccuper de retenir l’endroit où il se trouvait, se parfuma légèrement, sa tension devait s’être accrue de deux dixièmes et une joie sourde et violente embrasait ses veines.

 

Saisissant au fond d’un coffre mal rangé un vieil attaché-case, un peu disloqué, il lui fallut dix bonnes minutes pour trouver l’entrée quatre que lui avait indiqué Marthe.

Nerveusement, il appuya longuement la petite sonnette que son amie avait recouverte d’un collant rouge pour la rendre visible.

Une voix musicale, déformée par le parlophone lui murmura un message presqu’incompréhensible suivi d’un éclat de rire joyeux.

 

Au sortir de l’ascenseur, le garçon cligna des yeux cherchant l’interrupteur.

L’intérieur du bloc quatre lui parut au premier abord un peu sinistre avec son air de prison américaine des feuilletons TV à cause de ses longs corridors entrecoupés d’escaliers métalliques. On aurait pu également penser à un couloir de monastère aux cellules sagement alignées.

Le studio de Marthe se situait au milieu au pied d’un escalier.

Le cœur battant à tout rompre, il enfonça timidement la sonnette fixe à hauteur d’homme à gauche de la porte.

Deux, trois très longues secondes se passèrent interminables mais si excitantes : son amie allait lui apparaître ; il se sentait excité comme un jeune collégien à son premier rendez-vous amoureux.

 

Déjà, ils se serraient silencieusement fort, très fort.

 

            -« Débarrasse-toi, Ghislain, mets-toi à l’aide. »

 

La voix de son amie avait un petit accent étranger dont la musicalité l’enchantait.

 

Quelques instants plus tard, sans son veston, le biologiste namurois, confortablement assis dans la « dormeuse » fleurie avec son amie discutait avec animation des qualités et défauts du dernier Gaucourt, que Solange trouvait intéressant, mais aurait voulu plus social ; ensuite, elle-même, calmement mais avec force conviction, lui montra en photo sa dernière sculpture : « la femme libre » qui vouait exprimer avec puissance et élégance la condition de la femme moderne.

 

Appuyés l’un contre l’autre, ils se donnaient de temps à autre de petits baisers rapides, leur bouche s’effleuraient rapidement avant de poursuivre leur conversation comme si rien ne s’était passé affectivement.

 


Yvan Balchoy
balchoyyvan13@hotmail.com
http://www.poete-action.ultim-blog.com

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