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Publié par BALCHOY

Son dédoublement intérieur finit par s’extérioriser et peu à près la mort du pèlerin Makar, qu’il avait privé de sa femme, Versilov évoque devant Sonia et son fils son drame intérieur ; mieux il le symbolise en brisant en deux parts une icône qui appartenait au défunt.

 

            -« Je voudrais dire quelque chose de bon et je cherche un mot, bien que mon cœur soit plein de mots que je ne sais pas prononcer…

Vous savez, il me semble que je me dédouble par la pensée et c’est ce que je redoute tant… On dirait que vous avez auprès de vous votre double ; vous êtes sensés et raisonnables, mais l’autre veut faire absolument à côté de vous une absurdité, et tout à coup vous remarquez que c’est vous qui voulez faire cette chose drôle et Dieu sait pourquoi. Vous le voulez, comme malgré vous, en vous y opposant de toutes vos forces. Tu sais, Sonia, j’ai une envie folle en cette seconde de lancer cette icône (il tenait en main une icône de vieux croyant) contre le poêle sur ce coin-là. Je suis sûr qu’elle se brisera en deux moitiés, ni plus, ni moins »…

Tout à coup, il bondit et brandissant sauvagement l’icône, il la frappa de toutes ses forces sur le coin du poêle à carreaux de faïence. L’icône se brisa en deux morceaux. Et, s’adressant à Sonia, « N » prends pas cela pour une allégorie, ce n’est pas l’héritage de Makar que j’ai brisé. C’est seulement comme ça pour briser… Après tout, prends-le, tu veux pour une allégorie, car c’en était une aussi. » (1)

 

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(1)   L’adolescent, page 552

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Versilov à raison : son action symbolique n’évoque aucune réalité matérielle mais son propre état spirituel. Dans les dernières pages de l’ouvrage il semble bien près de succomber à la folie. (2)

 

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(2) « Le double…. Ce n’est rien d’autre que le premier degré d’un sérieux dérangement mental qui peut conduire à une assez mauvaise fin. » - L’Adolescent, page 601.

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Heureusement sa vitalité extraordinaire, son ardent désir de retrouver l’unité ainsi que la liberté perdues lui font relever la tête.

On peut rapprocher son itinéraire personnel de celui de cette société sans Dieu dont il trace un tableau idyllique qui s’achève ainsi :

 

²-« J’ai toujours terminé mon tableau par une vision, comme chez Heine : « Du Christ sur la Baltique ». Je n’ai jamais pu me passer de lui. Je ne pouvais pas ne pas le voir enfin parmi les hommes devenus orphelins. Il venait à eux, tendait vers eux les bras et disait : « Comment avez-vous pu m’oublier ? » Alors une sorte de voile tomberait de tous les yeux et retentirait l’hymne enthousiaste  de la nouvelle et éternelle résurrection. »  (3)

 

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(2)   L’Adolescent, page 512

 

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Ainsi se termine, sur une note teinté d’espérance, le récit de l’aliénation psychologique, morale et religieuse de Versilov. Elle illustre une fois encore les ravages qu’exerce en une âme la volonté d’autocréation absolue. Dostoïevski en profite également pour reprendre un de ses thèmes les plus chers, à savoir l’incapacité de réaliser les idées Génévoises  c'est-à-dire la vertu sans le Christ (4)

 

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(3)   L’Adolescent, page 231

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Le « moi » qui se déifie perd tout contrôle de soi et tombe dans un esclavage moral dont seul pourra le libérer le retour à la « vie vivante », grâce au Christ et à son idéal.

 

 

 

 

 

 

 

2)        YVAN KARAMAZOV

 

 

Aucun personnage dans l’univers Dostoïevskien n’est peut-être plus mystérieux qu’Yvan Karamazov, celui que l’écrivain appelle dans ses Carnets le frère « savant » (5)  A part peut-être son cadet, Aliocha, nul n’arrive à pénétrer le cœur de cette « vivante énigme », aussi scellée qu’une tombe.

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(4)   Carnets des Frères Karamazov, page 837

 

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Yves prend plaisir d’ailleurs à mystifier son monde « en défendant des thèses auquelles il ne croit pas et en s’attaquant à des idées qui lui sont chères (6)

 

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(5)   Les frères Karamazov, page 74

 

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Un jour cependant, Yvan se livre plus profondément à Aliocha et lui confie le fond de son âme. Malgré son intelligence et son goût apparent pour les arguties, il ne s’intéresse pas à la spéculation pure. Ainsi le problème philosophique de l’existence de Dieu le laisse indifférent. Est-ce Dieu qui a créé l’homme, ou l’homme, Dieu ? Qui pourra jamais répondre ? Il est prêt pour sa part à admettre Dieu, purement et simplement, mais il recherche tout autre chose car il a renoncé une fois pour toutes à comprendre tout ce qui dépasse son esprit euclidien, c'est-à-dire terrestre. En cette perspective, la grande question est celle de savoir si la vie a un sens sous sa forme terrestre.  C’est ici-bas que l’homme doit réaliser sa vie et non dans un autre monde idéal et insaisissable.

 

 

    Yvan Balchoy

balchoyyvan13@hotmail.com

http://wwpoete-action.ultim.blog.com

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