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Publié par BALCHOY

Mais aujourd’hui, il était avec Ria et il voulut que cette journée qui commençait soit pour elle marquée du signe de la détente et du bonheur.

Sitôt le déjeuner terminé, il réunit tout son petit monde et leur proposa une journée de balade dans la région des Hautes Fagnes. Bien qu’on fut en février,  la journée promettait d’$être ensoleillée. Les enfants applaudirent joyeusement tandis que Ria, après quelques objections pour le principe, se laissa facilement convaincre.

Tout le monde fut prêt en quelques minutes et la voiture démarra joyeusement dans la direction de Liège.

Ils arrivèrent à Spa vers onze heures. Ghislain adorait cette ville pour son magnifique environnement naturel, le pittoresque de ses rues et le charme un peu désuet de son atmosphère.

En passant devant le Casino, Ghislain fut attiré par une grande banderole rouge annonçant l’exposition d’un peintre sur lequel il avait lu un article dans la chronique artistique de la « Libre », Yvan Siraut.

Laissant Ria et les enfants continuer leur shopping, il entra et admira longuement les tableaux ; leur auteurr d’abord figuratif semblait évoluer avec beaucoup de bonheur peu à peu vers le symbolisme et même le surréalisme. Chaque œuvre illustrait à sa manière les émotions, les drames et la joie de l’homme aux prises avec son destin au sein d’une civilisation de plus en plus aliénatrice.

Quand il sortit vers midi, il lui sembla qu’entre cet artiste inconnu et lui s’étaient noués des liens fraternels tissés de la toile même de ses tableaux.

Après avoir dîné avec sa petite famille dans le centre ville, il reprit la route vers le Signal de Botrange.

De Spa jusqu’au sommet de la Belgique, la route s’élève régulièrement dans un paysage assez aride entrecoupé de bosquets de sapins. Au fur et à mesure qu’ils prenaient de l’attitude, un brouillard de plus en plus dense noyait le plateau tandis que la route heureusement assez tranquille devenait plus glissante.

Alors qu’ils ne se trouvaient plus qu’à quelques kilomètres de leur destination, brusquement une Toyota rouge les doubla en klaxonnant sèchement, puis se rabattit immédiatement sur la voiture des Mignolet obligeant son conducteur à donner un violent coup de frein qui faillit les entraîner dans le décor.

Ria, d’ordinaire si calme, s’emporta cette fois et injuria le conducteur de la voiture japonaise qui déjà disparaissait dans le brouillard.

            « Espèce de voyou, tu as vu Ghislain ! on jurerait qu’il l’a fait exprès. Ah, il y a de vrais fous sur les routes.

Quelques minutes plus tard, à peine remis de leurs émotions, ils arrivèrent au Signal ou plutôt tombèrent dessus car ils ne distinguèrent la fameuse tour qu’en la dépassant.

Après un court arrêt devant les panneaux rappelant les conditions d’accès au parc naturel, toute la famille s’engouffra dans un café-resto où un chocolat  ramena chaleur et bonne humeur dans tous les cœurs.

Les enfants voulurent bien entendu ensuite faire l’ascension de la tour pour aller admirer le paysage. Ghislain les suivit à contre cœur, car il souffrait facilement de vertige.

En suivant péniblement, Gisèle et Nicolas dans la spirale de l’escalier, Ghislain fixait les yeux vers le haut pour échapper à la vue du vide sous ses pieds.

Il était à peu près à mi-course quand soudain un homme de grande taille, descendant à toute allure, vêtu d’une chaude pelisse et portant des lunettes noires et une écharpe qui lui masquait le visage, n’hésita pas à violemment bousculer Ghislain qui pourtant s’était tassé contre la muraille. Il ne dut son salut qu’au grillage de protection qu’il agrippa de justesse.

Il n’eut même pas le temps d’interpeller le grossier personnage que celui-ci avait disparu plus bas. Les deux enfants parvenus au sommet de la tour appelèrent leur père qui finit par les rejoindre pâle, tendu et soucieux.

D’en hait, on ne voyait pas plus qu’en bas. Ils tentèrent de retrouver leur voiture au parking ; au bout de plusieurs minutes de recherche assidue, ils finirent par la retrouver sagement parquée à deux pas du restaurant. L’attention de Ghislain fut alors attirée par une Toyota orange, ressemblant étrangement à celle qui, tout à l’heure, les avait agressés sur la route.

Bientôt, frigorifiés, ils décidèrent de redescendre.

C’est alors qu’en se retournant vers la cage d’escalier, Ghislain lut avec stupeur le message écrit en grosses lettres à la craie sur la porte qui donnait accès au sommet de la tour :

 

            -« MARTHE N’EST PAS POUR TOI… SINON, IL T’EN CUIRA ! »

 

Il pensa immédiatement à l’homme à la pelisse qu’il rapprocha aussitôt du conducteur de la Toyota et il se précipita vers la balustrade pour tenter d’observer encore la voiture orange.

Juste à ce moment-là, il aperçut une forme sombre se dirigeant à grands pas vers la voiture où elle s’engouffra. Aussitôt, la voiture démarra à toute allure et disparut dans la brume dans la direction de Malmédy.

En reprenant se descente, plus mal à l’aise que jamais dans l’escalier tortueux, Ghislain se décida à interroger sa nouvelle amie sur la personnalité de ce rival jaloux et dangereux qui manifestement cherchait à les séparer par tous les moyens.

Son humeur, tout à l’heure joyeuse s’assombrit au point que Ria s’inquiéta sur le chemin du retour :

 

            -« Dis, Ghislain, n’as-tu pas des soucis, ces jours-ci ? Je te trouve très changeant. »

 

Sa réponse fut si brusque qu’il en fut le premier étonné. Cela ne pouvait pas continuer ! Il lui fallait mettre hors circuit ce fichu jaloux.

 

Les jours qui suivirent furent assez pénibles car Ghislain, au labo, à chaque coup de sonnette, se précipitait dans l’espoir d’entendre la voix de Marthe.

Ce ne fut pourtant qu’au bout de huit jours, quelques minutes avant son retour le soir pour Namur qu’elle l’appela brièvement comme la fois passée :

 

            -« Mon ami, je me languis de toi, accepterais-tu de venir passer avec moi la journée de demain à Liège. J’ai besoin de toi. Nous avons tant de choses à nous dire. Si tu le peux, viens dès que tu peux, je t’attends à Ans, 42 rue des « deux étoiles », tu demanderas, c’est un ancien couvent franciscain.

A peine, Ghislain secoué d’émotion et de bonheur eut-il répondu un « oui » tremblant, qu’elle le quitta sur un simple :

            -« Merci, à demain, mon cœur ! »

 

Avant de reprendre son train, il alla voir son chef de service pour l’avertir qu’il passerait le lendemain à la bibliothèque de l’université de Liège pour compléter sa bibliographique sur les ouvrages consacrés aux phasmes. Ce dernier, parut d’abord  un peu étonné d’une décision si soudaine, puis, haussant les épaules, il acquiesça.

En retournant chez lui, Ghislain sait tout d’un coup la vraie portée de son geste du lendemain. Il savait bien, l’intonation de la voix de Marthe avait été lumineuse à ce propos, qu’elle ne l’appelait pas simplement pour l’écouter parler de ses phasmes ni même l’entretenir de ses théories artistiques ou révolutionnaires.

 

Il en retira une sorte d’exaltation euphorique à laquelle se mêlait pourtant une pincée d’angoisse. Il allait franchir le Rubicon de la sécurité ! Que trouverait-il sur l’autre rive ?


(à suivre)
Yvan Balchoy
balchoy@belgacom.net

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