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Publié par BALCHOY

Il reconnaît l’obligation morale d’aimer son prochain, mais sa conviction altière que l’homme « doit se créer lui-même dans son cœur ainsi que l’amour pour soi, » (1) le rend incapable

 

 

(1)   L’Adolescent, page 233  

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De réaliser  l’impératif du Christ. 

 

 

            -« Aimer les hommes comme ils sont, c’est impossible. Les hommes sont naturellement bas et aiment aimer par peur… Ne te laisse pas prendre par cet amour et ne cesse de les mépriser… Aimer son prochain et ne pas le mépriser, c’est impossible. Selon moi, l’homme a été créé incapable physiquement d’aimer son prochain. (2)

 

(2)  L’Adolescent, page 232-233. Sans doute, est-ce également l’avis de Dostoïevski pour qui l’amour est un sentiment supraterrestre d’essence immédiatement divine. Cf. cette étude page,

 

 

Se voulant le seul artisan de son destin et donc prétendant faire de l’amour de l’humanité un objectif à sa mesure et un sentiment terrestre, Versilov est voué à l’échec. Il ne pourra jamais aimer en effet que « son » amour de l’humanité qui est « idée » et non «réalité ». Dans le Carnet de Macha, Dostoïevski tient des propos analogues, mais il précise ensuite que depuis le Christ, le bonheur et l’épanouissement personnel  est devenu impossible sans un amour réel, fait du don de soi à tous et à chacun, à l’invitation de celui de Jésus, qui nous le rend accessible.

Mais pour reconnaître cette charité authentique, il lui faudrait répudier son option d’auto-affirmation et se convertir à l’échelle de valeurs léguée par le Christ aux siens. Or, ce cela il n’est pas question.

Le dualisme de sa vie religieuse et morale se transcrit également au plan psychologique.

 

            -« Je peux éprouver le plus commodément du monde deux sentiments opposés, au même instant et cela sans que ma volonté y participe. (3)

 

3L’Adolescent, page 228

 

Qu’une telle attitude manque de loyauté, il est le premier à la reconnaître, sans pourtant faire grand effort pour la réviser. Cette division le paralyse et le fait souffrir. On le voit partagé, torturé même entre deux amours humaines ; mais il est incapable de se décider résolument ni pour la passionnée Catherine Nicolaïevna, ni pour la fidèle et douce Sonia, la mère de l’Adolescent. (4)

 

 

(4) Ce prénom, détail curieux, est porteur de signification positive chez Dostoïevski, même s’il s’applique à des femmes pécheresses, telle la Sonia Marmeladova de « Crime et Châtiment » et celle dont il est question ici.

 

Enfin il n’est pas jusqu’au plan physique qui échappe chez lui à l’influence de ce dualisme destructeur. Impuissant à se fixer où que ce soit, toujours ballotté entre deux positions extrêmes, il erre en vrai déraciné à travers toute l’Europe ; il cherche bien à se mettre au service de l’idée russe mais en vain. Il fait partie de ces gentilshommes cultivés, que leur mépris et leur orgueil font vivre en marge du peuple des moujiks et des marchands. (5)

 

 

(5) L’Adolescent, page 508-509

 

 

Même lorsqu’il s’efforce de venir en aide à ceux qui l’entourent, il ne réussit qu’à projeter en eux son dualisme intérieur. Son fils, sur qui se reflètent tout particulièrement les traces d’une telle éducation, en est la première victime. Sous l’influence de Versilov, on le voit alternativement livré aux aspirations morales les plus élevées, puis encouragé à suivre ses tendances les plus basses.

 

En fin de compte, il semble que cette duplicité si longtemps et savamment entretenue finisse par triompher de Versilov : son libre-arbitre se paralyse ; une rupture formelle surgit entre son cœur et sa raison au point que son « moi » perd toute emprise sur son existence. La vérité et la comédie de mêlent dès lors inextricablement en sa vie : « On a beau être sincère, on se donne en représentation. » (6)

 

 

(6) L’adolescent, page 139

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( à suivre)
Yvan Balchoy
balchoy@belgacom.net

 

      

 

       

 

 

 

 

 

 

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