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Publié par BALCHOY

b) Désintégration progressive de la personnalité.

 

1)      VERSILOV

 

Versilov, le père naturel d’Arkadi Dolgorouki, l’adolescent, est l’homme de la dualité. En sa personne, différentes valeurs se livrent tout au long du roman, une lutte dont il est bien prêt d’être la victime.

Initialement centrée sur Arkadi, l’action s’oriente  assez vite du fils vers son énigmatique père. Le lecteur assiste alors à la naissance puis à l’évaluation du dédoublement intérieur de Versilov ; il est témoin du combat entrepris par lui pour récupérer sa liberté perdue par sa faute, le jour où il s’est abandonné sans réserve aux impulsions capricieuses de sa volonté et en a fait le critère ultime de toute éthique. Enraciné ainsi dans l’arbitraire, il est livré impuissant aux jeux des forces du mal, devenues quasi autonomes en lui. En son âme, une seconde personnalité, dirait-on, perverse et négative s’efforce de juguler dans l’œuf les aspirations que lui suggère son cœur resté perméable à la bonté.

 

L’attitude religieuse de ce personnage semble bien en rapport avec cette grave crise de personnalité. Versilov est avant tout un adorateur de soi-même. S’il lui arrive de proclamer devant son fils la nécessité absolue du Christ dans la vie, c’est parce que la foi, pour un être tel que lui,  semble un moyen commode de ne pas se sentir obligé de se courber devant ses semblables. Adorer l’Etre suprême n’a rien de vexant. Mais une telle foi n’est pas libératrice ; elle ne s’intéresse pas à la réalité personnelle du Verbe Incarné. Intellectuellement parlant, Versilov est incapable de consentir à une vérité autre que la sienne propre, à une autre échelle de valeurs que celle qu’il s’est forgée lui-même. Face à la création, son attitude est proche de la révolte.

 

            -« N’ayant pas été consulté lors de la création du monde, j’entends réserver mon opinion. » (1)

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(1)    L’adolescent ,page 233 

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En revanche, au plan affectif, il semble plus sincèrement désireux de s’attacher au Christ. Il reconnaît ne pouvoir s’imaginer comment l’homme pourrait vivre sans Dieu.

 

            -« Mon cœur répondait toujours que c’était impossible » (2)

 

Pourtant ce sentiment ne l’empêche pas d’ajouter aussitôt que « la période athée viendra sans aucun doute. » (2)

 

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(2)    L’adolescent, page 510-511

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Ce premier dédoublement religieux entre le registre intellectuel et affectif se répercute d’une certaine façon à tous les niveaux de sa personnalité. Ainsi, s’il existe en lui des velléités durables, elles sont vite stérilisées par son scepticisme intellectuel et son orgueil forcené vis-à-vis d’autrui

(à suivre)
Yvan Balchoy
balchoy@belgacom.net

 

 

 

 

                       

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