Samedi 23 janvier 2010
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Ces différentes définitions ne posent pas un problème insoluble, car elles sont très voisines, voire complémentaires.
Pour un russe, être libre, c'est donc avant tout être soi-même, s'appartenir, se réaliser. Est-ce
bien là, le message de Dostoïevski ? A ses yeux, rappelons-le, l'élément essentiel de toute personnalité c'est la "volonté". "Sans elle, pas d'homme", s'écrie l'auteur du "Sous-sol". Cette
volonté est irrationnelle. Parfois, c'est vrai, l'écrivain la pare de qualifications qui semblent la normaliser et la rationaliser, comme "bonne" ou "raisonnable", mais il veut par là simplement
affirmer qu'alors qu'elle est tournée vers le bien ou la raison.
Un rappel de l'anthropologie dostoïevskienne évoquée plus haut s'impose.
Chez lui, le mot "ÏA"(moi, je) revêt une double dimension. On peut y distinguer deux couches, deux "moi" irréductibles,
initialement distincts. Ce n'est pas seulement une question de vocabulaire, car celui-ci est flottant.
Le "moi" ou la personne est une valeur qui doit se mériter, une sorte d'aboutissement de toute une vie tendue vers un idéal. (1)
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(1) "Carnet des démons", page 976
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En d'autres cas, le "moi" s'identifie, semble-t-il, à la personne, indépendemment de toute vie consciente. Ainsi dans cette réflexion de Chatov lors de la naissance de la fille de sa femme :
- "Chatov et sa femme, et soudain un nouveau "moi"." (2)
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(2) "Carnet des démons" page 1094.
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Le "moi" désigne quelquefois également la personnalité réfléchie et même le caractère, comme il ressort de ce texte extrait de l'"Adolescent".
-"Entre mon "moi" d'aujourd'hui et mon "moi" d'alors, il y a une distance infinie. (3)
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(3) "L'adolescent", page 62.
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Que conclure ? La notion de moi, chez Dostoïevski, est amphibologique.
Tantôt elle recouvre le sujet réfléchi, esprit et coeur, intelligence et volonté, siège de la conscience (soznanié) et source du désir (jelanié) qui président à l'ensemble de la vie personnelle. On
pourrait l'appeler le "moi réfléchi".
Le "second moi" pourrait en revanche s'intituler "volitif" ou "spontané". Il inclut ce noyau ultime de la personnalité qui en mesure l'indépendance et en qui on peut reconnaître le siège de la
responsabilité personnelle. Rappelons-nous le locataire souterrain et sa distinction tranchée entre les facultés intellectuelles et la volonté. L'intelligence semble n'être pour lui qu'une faculté
passive, réceptrice et soumise à des lois nécessaires :
-"Je m'exerce à penser. Autrement dit, toute cause chez moi en tire immédiatement une autre après elle, encore plus profonde, plus fondamentale et ainsi de suite à
l'infini. Telle est l'essence de toute pensée, de toute conscience. Nous nous retrouvons donc devant les lois de la nature." (4)
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(4) Le "Sous-sol", page 698.
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à suivre
Yvan Balchoy
balchoyyvan13@hotmail.com
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Par BALCHOY
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Publié dans : poesie-action
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