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Publié par YVAN BALCHOY

24-08-23- L'EGLISE N'EXISTE PAS POUR ELLE-MÊME MAIS POUR FAIRE EXISTER LE CHRIST AU COEUR DU MONDE

Chrétien aujourd'hui
Jean Louis Clerc  ·

Michel Cool-Tadel

Le cardinal Burke a raison et les gens qui pensent comme lui ont en effet raison de s’inquiéter…
Dans la préface d’un livre, le cardinal américain Raymond Leo Burke passe au vitriol le Synode sur l’avenir de l’Église lancé par le pape François en 2021. 
Rappelons que ce cardinal est un opposant de la première heure au pontificat de François. Il est la figure de proue,caricaturale certes, des nostalgiques de la chrétienté et de la «  messe de toujours » qui de fait date du XVI e siècle. Nonobstant, ses déclarations parviennent à fédérer tous ceux que la « petite musique »conciliaire du pape agace et met vent debout. 
 Alors que Rome s’apprête à accueillir la première session universelle de cet événement en octobre prochain, le cardinal américain considère que l’adjectif «synodal» est un «slogan» dissimulant «une révolution […] pour changer radicalement la compréhension que l’Église a d’elle-même».  
Eh bien ce cardinal a raison de s’inquiéter, de même que ceux qui pensent comme lui. Reprenant le flambeau allumé par le Concile Vatican II, François est déterminé à faire entrer toute la catholicité dans la dynamique spirituelle ouverte par le concile Vatican II et jamais remise en cause par  les différents papes qui se sont succédés depuis 1962: c’est la dynamique de la conversion évangélique de toute l’Eglise. On ne le souligne jamais assez: mais la grande révolution vécue par les 2500 pères conciliaires d’horizons et de sensibilités profondément différentes, fut d’abord une révolution intérieure, une métamorphose spirituelle vécue personnellement et en assemblée. Ces évêques originaires de tous les continents ont découvert, comme Marie et les apôtres au Cénacle, le jour de la Pentecôte, que ce qui les séparait, les divisait même était très relatif par rapport à Celui qui les rassemblait: le Christ à travers son Esprit saint. C’est pourquoi ils ont pu prendre en dépit de leurs différences et même de leurs divergences des voies nouvelles et des orientations capitales pour la vie à venir de l’Eglise à la quasi unanimité de leurs suffrages. 
C’est cet enthousiasme lucide de la Pentecôte, expérimenté par les acteurs du Concile et dont se fit admirablement l’écho le pape Benoit XVI, lors de sa dernière et mémorable communication devant les prêtres de Rome, que le pape François invite à retrouver pendant ce Synode sur la synodalite qui débute en octobre prochain. Car rien ne changera vraiment dans les cœurs et les rouages de l’Eglise si d’abord les catholiques ne se laissent pas librement, joyeusement, fraternellement  infusés par l’Esprit de Pentecôte qui rime providentiellement  d’ailleurs avec l’esprit de Concorde. 
Oui donc,  les ennemis de toujours du Concile Vatican II qui, à Dieu ne plaise, s’obstinent   dans une lecture strictement politique du Concile, en niant sa dimension essentiellement spirituelle et mystique, risquent une fois encore de regarder passer le train comme des vaches en cire exposées au musée Grevin. Le train de l’histoire va encore leur passer sous le nez avec le risque qu’ils prennent une fois de plus de servir d’illustration à cette prémonition toujours très actuelle du Christ : «  Viens, suis-moi. Laisse les morts enterrer leur morts ». (Mt 8,22).
Le pape François appelle les catholiques avec persévérance, comme il l’a fait cet été aux JMJ de Lisbonne, à ne pas avoir peur de l’avenir et bien au contraire à participer  à sa construction. Car, rappelle-t-il inlassablement, ce n’est pas nous qui changeons ( d’où la nécessité de la conversion à l’Evangile) mais c’est l’époque qui change ( d’où la nécessité de laisser grandes ouvertes les portes de l’Eglise aux inquiétudes et aux espérances de ses contemporains). 
L’Eglise du Christ est sacrement du monde a proclamé le concile Vatican II. Sa mission n’est pas d’être  une soliloque  et de se continuer pour elle-même , pour le seul bon plaisir de ses membres , et par autosatisfaction spirituelle égoïste. Sacrement pour le monde, l’Eglise a pour vocation apostolique d’être pour le monde entier  un signe de la permanence de l’espérance soulevée par sa foi dans la Résurrection du Christ et par  l’éternelle Pentecôte qui vit en elle a travers tous ses membres; une Église de baptisés 
La foi intranquille de l’Eglise c’est d’être utile au monde, d’être fructueuse pour l’espérance du monde, d’être facilitatrice de l’humanisation spirituelle du monde. 
C’est dans ce processus formidable que le pape veut faire entrer une catholicité parfois tentée de retourner dans sa vieille coquille oubliant que le ressort de la nouveauté radicale apportée par le Christ dans notre histoire se trouve dans le vaste monde. 
Oui, le cardinal Burke et ses affidés ont de quoi se faire du mouron: c’est bien une révolution qui se profile dans le sillage de Vatican II avec l’événement prochain du synode sur la synodalite.  
C’est la révolution de l’Evangile qui ne cesse de demander à ses disciples de revenir aux sources de leur foi pour renouveler leur cœur de baptisés et le sens de leur vocation missionnaire. Le sens, la vérité profonde de l’Eglise c’est qu’elle n’existe pas pour elle-même mais pour faire exister le Christ au cœur du monde, jusqu’au sacrifice d’elle-même s’il le faut.
Ne regardons pas le train de l’histoire passer comme des vaches en cire du musée Grevin. Montons allègrement dans le train de ce qui s’annonce comme une aventure spirituelle et  fraternelle aussi intense et féconde, espérons-le, que celle vécue par les acteurs de Vatican II. 
Michel Cool
Illustration: Pentecôte par Arcabas.

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