Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Archives

Publié par YVAN BALCHOY

17-06-22- CE DIMANCHE EN COLOMBIE,  LA GAUCHE VA-T-ELLE ENFIN TRIOMPHER DE SA DROITE MAFIEUSE. (YB)

Accueil / International / Amérique
Encore un effort
Colombie: la gauche largement en tête de la présidentielle, un «jour de triomphe» terni par la qualification d’un millionnaire populiste
Dimanche, le candidat de gauche Gustavo Petro, 62 ans, est arrivé largement en tête du premier tour. Il sera opposé au second tour à Rodolfo Hernández, un millionnaire qui se présente comme un outsider anticorruption.

Gustavo Petro dimanche soir, à Bogotá. (Fernando Vergara/AP)
par Anne Proenza, correspondante à Bogotá
publié le 30 mai 2022 à 7h45

C’est la première fois dans l’histoire de la Colombie que la gauche fait un tel score au premier tour d’une présidentielle. Dimanche, le candidat Gustavo Petro, 62 ans, est arrivé largement en tête du scrutin avec 40,34% des voix. Mais le second tour est loin d’être acquis. Créant la surprise, son challenger Rodolfo Hernández, un millionnaire populiste, qui se présente comme un outsider anticorruption, a obtenu 28,1% des suffrages. Il devrait bénéficier au second tour du report des voix du candidat de la droite traditionnelle Federico Gutiérrez, arrivé en troisième position, avec 23,7% des voix. Admettant rapidement sa défaite, ce dernier a expliqué «que Gustavo Petro représentait un danger pour la démocratie, les libertés, l’économie, nos familles, nos enfants» et annoncé son soutien direct à Rodolfo Hernández.

Les Colombiens devront donc choisir le 19 juin entre deux candidats qui ont fait tous deux campagne sur le thème du changement et de la lutte anticorruption, mais qui sont l’antithèse l’un de l’autre. Gustavo Petro, ex-guérillero, ancien maire de Bogotá, député et sénateur, s’oppose depuis trente ans à la classe politique gouvernante. Il en a dénoncé toutes les alliances, que ce soit avec les paramilitaires ou les trafiquants de drogue. Il a une vraie stature d’homme politique, propose des réformes sociales et progressistes même s’il est détesté par une partie des Colombiens pour qui la gauche est intrinsèquement un danger.
«Il s’agit de construire un front»

Rodolfo Hernández, sorte de Donald Trump à la colombienne, a fait fortune en vendant à crédit − sans passer par les banques − des logements sociaux. Surfant sur le thème «tous pourris», il est passé de 9,6 % d’intentions de vote au mois d’avril à plus de 28% des voix… en faisant campagne essentiellement sur TikTok et en ne participant à aucun des débats télévisés de la dernière semaine avant l’élection. Il propose, en substance, de mettre tous les corrompus en prison, de récompenser ceux qui les dénoncent en leur donnant 20% des sommes récupérées ou de fermer les consulats et ambassades pour faire des économies.

On l’a aussi entendu expliquer que, s’il avait dit en 2016 à la radio qu’il était un admirateur «d’un grand penseur allemand comme Hitler», c’était en fait un lapsus… Sans compter les insultes, les injures qu’il n’hésite jamais à lancer. pour célébrer sa qualification, Rodolfo Hernández a simplement posté une vidéo sur son compte Facebook depuis sa luxueuse propriété de Bucaramanga où il affirme que son score représente la défaite de la «politiquerie» et de «ceux qui pensaient qu’ils gouverneraient éternellement».

Sa posture de candidat «indépendant» tiendra-t-elle les trois semaines qui restent avant le second tour sachant que Federico Gutiérrez, qui représente la continuité du gouvernement actuel d’Iván Duque et de la politique de l’ancien président Alvaro Uribe, lui a apporté aussitôt son soutien ? Tous les sondages réalisés avant le premier tour montraient que Gustavo Petro aurait largement battu Federico Gutiérrez au second tour, mais pas Rodolfo Hernández.
«Moment décisif»

A l’hôtel Tequendama dans le centre de Bogotá, QG du Pacte historique, coalition menée par Gustavo Petro, la victoire avait donc un goût un peu amer dimanche soir. «Nous avons gagné, aujourd’hui est un jour de triomphe», a-t-il lancé sur la scène. Mais la joie de tous semblait un peu forcée. «Il s’agit de construire un front, de voir ce que nous allons faire de la Colombie, de ce que la société veut faire de son propre pays. En quoi consisterait ce changement», a poursuivi le vainqueur du premier tour.

«J’ai peur, confiait peu avant Juan Diego, étudiant de 26 ans. Il va falloir chercher des votes auprès de ceux qui n’ont pas voté. Mais je suis déçu de la politique électorale, c’est toujours le même système qui gagne au final.» La participation a atteint près de 54%, ce qui est assez élevé en Colombie où l’abstention est toujours très forte.

«C’est un moment décisif pour le mouvement populaire, mais il y a eu des erreurs dans la campagne», souligne pour sa part Mauricio, estimant qu’il fallait peut-être aller chercher «l’électorat dans les classes plus pauvres» et ne pas faire forcément tant d’alliances avec des politiciens issus des partis traditionnels. Mais «il y a de l’espoir», veut convaincre Carlos, militant de 31 ans.

(JOURNAL : LIBERATION)

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article