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Publié par JACQUES ALLARD

Jean Jaurès, pour qui rien ne justifie et rien n'excuse qu'on ne dise pas la vérité, écrivait/disait :

"Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire ; c'est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques."

 

 

Article de Jean Dugenêt, essayiste politique
Billet de blog 25 janv. 2020

Walter Hallstein était un nazi

Walter Hallstein était-il un nazi ? Pour répondre à la question, il faut examiner les faits, rien que les faits. Si nous faisons face à tant de réticences c'est parce que les enjeux de la discussion sont considérables sur des problèmes d'actualité. Ce n'est pas seulement le passé qui est visé. Chacun perçoit qu'il est question de l'actuelle construction européenne.
(voir aussi https://www.touteleurope.eu/histoire/biographie-walter-hallstein-le-premier-president-de-la-commission-de-la-cee-1901-1982/

Essayiste politique

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Quand je vois un gros animal dans un champ, qu’il est blanc avec des taches brunes, qu’il a une grosse mamelle avec quatre trayons, qu’il a aussi deux petites cornes et qu’il fait « meuh », je me dis que c’est une vache et, quand je vois la photo de Walter Hallstein en uniforme avec deux comparses je me dis que c’est un nazi.

Pour reconnaître en lui un nazi, nous n’avons pas que son apparence. Nous avons surtout des faits. Je vais donc apporter plusieurs preuves de ce que j’avance.

 

 1. Les enjeux du débat

La question "Walter Hallstein était-il nazi ?" appelle une réponse par "oui" ou par "non". Pourtant, après avoir posé plusieurs fois cette question sur les réseaux sociaux, force est de constater que nous obtenons au moins six types de discours en réponse.

  • Il y a les partisans du "non" qui ne lisent pas le dossier et nous envoient immédiatement un lien sur la vidéo de Aude Favre intitulée "L'union Européenne, un projet nazi ?!! La nouvelle blague de François Asselineau". Leur opinion est faite et ils n'en démordront pas malgré notre insistance à leur soumettre des preuves. Ils refusent de les voir et se lancent alors dans des amalgames : si nous pensons que "Walter Hallstein" est un nazi alors c'est que nous partageons, la philosophie, la politique et la religion de ceux qui disent la même chose (Asselineau, De Villiers, Lacroix Riz). A ce compte, ceux qui pensent que la terre est ronde devraient partager les opinions d'Hitler, de Staline... Ils répètent en boucle que nous mentons mais ils sont incapables d'exhiber le moindre mensonge. Cette attitude est un aveu tacite mais ils n’accepteront jamais de le reconnaître. Refusant de comprendre autant qu'ils refusent de voir, ils adoptent une attitude bornée et lancent, le plus souvent, un flot d'insultes... J'écris actuellement pour eux un nouvel article intitulé "Aude Favre, Matthias Schönwald et Walter Hallstein" où je démonte tous les mécanismes utilisés par Aude Favre pour tromper sciemment tout le monde avec ce monument de malhonnêteté intellectuelle.
  • Il y a les partisans du "oui". Certains sont convaincus à la lecture du dossier. D'autres avaient un avis tranché avant même d'en prendre connaissance. Ils le survolent néanmoins ou le lisent de manière plus approfondie. Ils me félicitent parfois pour la qualité de mon travail. J'ai la faiblesse d'être sensible à leurs compliments. Il est vrai que j'ai fourni un bel effort d'enquête et de compilation de documents.
  • Parmi ceux qui reconnaissent que Walter Hallstein était un nazi, j’ai trouvé une variante assez singulière qui mérite d’être signalée. Certains expliquent en effet qu’il n’y a pas lieu de lui en vouloir puisqu’il était un peu comme tous les allemands. Il était par ailleurs arriviste comme beaucoup. Nous connaissons tous de nombreux arrivistes qui ne sont accusés de rien. Finalement c’était un « nazi ordinaire » de la catégorie « brave type ». Eh bien non ! Nous savons qu’il y a eu 11 millions de nazis encartés au NSDAP. C’est la Wikipédia qui le dit. C’est beaucoup trop pour considérer qu’il s’agissait d’une petite minorité mais ce n’est pas assez pour considérer que tous les allemands étaient nazis. Nous verrons par ailleurs que, loin d’être un « nazi ordinaire » c’était plutôt un nazi particulièrement zélé.
  • Je dois signaler une catégorie encore plus rare parmi ceux qui ont compris que Walter Hallstein était un nazi. Je n’en ai rencontré qu’un seul spécimen. Ce sont ceux qui défendent ouvertement le point de vue réactionnaire des européistes. Ils ne veulent pas que cette vérité soit connue car elle fragiliserait les institutions qu’ils défendent. Ils ne se sentent pas capables de défendre leur politique en disant la vérité. Ils considèrent que ceux qui veulent que la vérité soit connue sont des provocateurs
  • Mais il y a aussi de nombreux cas où les interlocuteurs refusent de se prononcer. Ce sont ceux qui ont compris que Walter Hallstein était un nazi mais refusent de le dire. La plupart du temps, ils sont membres ou sympathisants d'organisations politiques dont les dirigeants ont eux-mêmes refusé de se prononcer. Ils tiennent alors à adopter une attitude conforme à celle de leur "maître à penser". Faut-il donc aller jusqu'à renier ses idées pour être fidèle à un parti ou un politicien ? Ne vaut-il pas mieux avoir le courage de dire la vérité ?
  • On trouve une quatrième catégorie. C'est une variante de la précédente. Leurs adeptes sont seulement plus hypocrites car ils ne veulent pas montrer qu'ils refusent de se prononcer. Ils embrouillent tout pour semer la confusion. Les techniques pour cela sont classiques et connues. Comme les partisans du "non", ils ne dédaignent pas les amalgames. Une autre technique connue consiste à élargir le débat pour éluder la question précise. Ils invoquent alors d'autres individus qui ont fait la même chose ou qui ont fait pire sous le même régime ou sous un autre... Ils nous invitent à tenir compte du contexte, à mettre la question en rapport avec la politique de l'Allemagne ou à nous intéresser à la mentalité des hommes qui sont plus ou moins arrivistes ce qui les amène à avoir des comportements déviants... Bref, ils veulent ainsi noyer la question précise dans un flot de considérations connexes sans jamais se prononcer ni pour le "oui" ni pour le "non" mais sans jamais avouer non plus qu'ils veulent fuir la question.

Pour répondre à la question, il faut examiner les faits, rien que les faits. Si nous faisons face à tant de réticences c'est parce que les enjeux de la discussion sont considérables sur des problèmes d'actualité. Ce n'est pas seulement le passé qui est visé. Chacun perçoit qu'il est question de l'actuelle construction européenne.

Je dis néanmoins, à l'instar de Jean Jaurès, que rien ne justifie et rien n'excuse qu'on ne dise pas la vérité :

"Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire ; c'est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques."

Les européistes d’aujourd’hui sont toujours agacés quand nous rappelons qu’Hitler avait lui-aussi un projet européiste : « Das Neue Europa » soit « La Nouvelle Europe ». Ils se sentent accusés de reprendre à leur compte un projet nazi. Il s’agit là de leur ressenti. Je n’y suis pour rien. Ce n’est pas ce que j’ai écrit. J’explique que Walter Hallstein était un nazi parce que c’est vrai. Je ne suis pas responsable de ce que ressentent les uns ou les autres à propos de cette affirmation. De mon point de vue le projet d’Hitler est mort avec Hitler et le nazisme à la Libération. Le projet de l’UE est né de la volonté des USA de dominer l’Europe de l’Ouest après la Libération. Ce sont donc bien deux projets distincts. Cependant, j’affirme qu’il y a des points communs entre le projet de « La Nouvelle Europe » d’Hitler et le projet de l’UE. Il n’est que de regarder les affiches de propagande pour la « Nouvelle Europe » d’Hitler pour s’en convaincre. Certaines seraient assurément reprises à leur compte par les européistes actuels comme celle où nous voyons l’Europe rétrograde avec ses frontières qui sont des cloisons et l’Europe moderne qui a fait tomber les cloisons pour ouvrir de grands axes de communications. Sur le plan économique de nombreuses idées se retrouvent dans les deux projets :

  • Une zone économique européenne sans frontières et sans barrières douanières.
  • Un marché unique.
  • Une politique agricole commune.
  • La relocalisation des usines au plus rentable.
  • Un taux fixe entre les monnaies.
  • L’idée que plus cette zone économique de libre échange est large et plus elle aura de poids pour négocier dans le commerce international.

Mais, il y a aussi des différences. Le projet de « La Nouvelle Europe » devait se dresser contre le bolchévisme et la juiverie internationale alors que le projet de l’UE doit plutôt s’opposer, dans le cadre de l’OTAN, à la Russie de Poutine et au monde arabo-musulman.

Je ne suis pour rien non plus, même si cela agace encore plus les européistes actuels, si Walter Hallstein a été impliqué dans le projet nazi de « La Nouvelle Europe » avant d’être le président pendant neuf ans de la CEE. Il participa en effet à la délégation de juristes qui se sont rendus à Rome pour organiser une conférence du 21 au 25 juin 1938 à la suite de la rencontre entre Hitler et Mussolini des 9 et 10 mai 1938. C'est ici, avec la mise en place d'une collaboration italo-germanique, que les prémices du projet de « Das Neue Europa » sont apparues. C’est un fait historique. Une vérité insupportable pour nombre des européistes. Il est certain que Walter Hallstein était impliqué dans ce projet. Le discours qu'il a prononcé le 23 janvier 1939 devant des universitaires et des fonctionnaires gouvernementaux le prouve. Nous en proposons une traduction en français.

C'est clairement un discours de juriste nazi qui fait des propositions pour unifier le droit dans toute "l'Europe Nouvelle", comme le montre cet extrait :

"Le Peuple de l’Europe nouvelle n’est pas seulement constitué par des conditions physiques communes, c’est-à-dire par des facteurs hérités et externes. Il ne se compose pas uniquement non plus d’un destin historique commun. Un Peuple est essentiellement formé par des convictions et des valeurs communes. Ainsi, le leadership d’un État des peuples aryens, en particulier le national-socialisme, ne peut pas se passer des outils du droit pour sécuriser ce territoire commun." 

Walter Hallstein avait été reconnu comme ancien nazi dès le 18 octobre 2008 par un journaliste nommé Gabriel Donohoe qui faisait déjà état de ce discours dans un article intitulé : « Procès de Nuremberg : Crimes contre l’humanité de la grande industrie pharmaceutique ». C’est en effet dans ce discours que Walter Hallstein faisait état des conceptions racialistes du nazisme avec la « loi sur la protection du sang et de l’honneur allemand ». Donohoe écrivait :

« Walter Hallstein fut un éminent professeur de droit nazi qui déclara en 1939 : L’une des plus importantes lois (dans la partie occupée des pays européens) est la « loi sur la protection du sang et de l’honneur allemand. » Cet avocat de loi nazie « sang et honneur » joua un rôle dans la création de la structure de base de l’Union Européenne et devint le premier chef de la Commission Européenne, un organe exécutif adroitement conçu pour gouverner l’Europe en dehors de toute ingérence de contrôle démocratique. Cette absence de démocratie est assez évidente à Bruxelles, en particulier aujourd’hui. En 1957, le Chancelier Adenauer et Hallstein signèrent le premier traité européen à Rome »

Le projet « Das Neue Europa » était suffisamment mûr en 1441 et 1942 pour que se tiennent à Paris deux expositions sur "La Nouvelle Europe":

  • La première du 31 mai au 31 octobre 1941 au "Grand Palais".
  • La deuxième, souvent intitulée "La Vie Nouvelle" s'est tenue du 5 avril au 31 octobre 1942.

Nous avons sélectionné quelques photos de ces expositions.

 

Les européistes nous accusent de complotisme. Nous les accusons de révisionnisme. Est complotiste celui qui, pour eux, remet en question une version officielle. Est révisionniste, de notre point de vue, celui qui conteste des faits historiques. Non seulement Walter Hallstein était un nazi avec une implication particulièrement zélée, mais il a ainsi participé activement à la naissance du projet de « La Nouvelle Europe » d’Hitler. En dissimulant tout cela, l’UE veut falsifier l’histoire. Ce n’est d’ailleurs pas le seul cas où l’UE veut imposer une falsification de l’histoire. L’UE veut imposer une version falsifiée de l’histoire de la seconde guerre mondiale. Le Parlement Européen a pour cela adopté, le 19 septembre 2019, une résolution sur « l’importance mémorielle pour l’avenir de l’Europe » qui est une grossière falsification de l’histoire présentant la principale alliance comme étant celle des Russes et des nazis (Les accords Ribbentrop-Molotov). Toute la seconde guerre mondiale s’expliquerait par cette alliance contre la démocratie alors qu’à l’évidence la victoire contre le nazisme est due à une alliance des américains avec les russes.

Assurément « la version officielle » imposée par la dictature européiste et tous les médias dominants catalogue ceux qui affirment que Walter Hallstein était un nazi comme des « complotistes ». Pourtant il est permis de contester des versions officielles. D’ailleurs, sur France 3, le 28 janvier 2013, une des émissions « Docs Interdits » a contesté la version officielle du suicide dans l’affaire Boulin. A l’occasion les journalistes se sont même permis d’accuser la police et la justice d’être au service de castes politico-mafieuses. France Télévision peut donc se permettre d’aller très loin dans la contestation de versions officielles. C’est très bien ainsi et nous n’avons nullement l’intention de traiter de complotistes ceux qui s’attaquent ainsi à des versions officielles ou à des dogmes. Mais, alors pourquoi les mêmes se permettent de le faire contre nous ? Ont-ils pour cela une carte d’habilitation, délivrée par la Commission Européenne ? Car, assurément l’UE impose une limite. Il est interdit de douter d’une version officielle concernant les grandes stratégies de l’oligarchie euro-atlantique. Ainsi, il ne faut pas s’attendre à ce qu’il y ait une grosse publicité à propos de la vidéo sur YouTube intitulée « Le plan géopolitique des USA au Moyen-Orient ». Celle-ci dévoile la politique impérialiste des USA au Moyen-Orient de la bouche même du général Wesley Clark interviewé le 2 mars 2007. De même, le blacklistage s’impose sur tout ce qui concerne la genèse de l’UE. Car l’UE est une construction fragile et accepter de désigner celui qui fut président de la CEE pendant 9 ans comme un ancien nazi ce serait enfoncer un coin à la base de l’édifice qu’il n’est pas permis de fragiliser.

Pour comprendre comment cela a été possible, il faut savoir que le recyclage des anciens nazis dans l’administration de l’Allemagne Fédérale fut aussi banal que le recyclage des anciens pétainistes dans l’administration française de l’après-guerre (Voir le livre d’Annie Lacroix Riz : « La non-épuration en France »). A la libération, une épidémie d’amnésie s’est répandue en Allemagne autant qu’en France. Chez nous tout le monde affirmait avoir été plus ou moins résistant. Ceux qui, comme moi, habitent près d’une côte ont toujours entendu dire que ce sont les allemands qui ont construit les blockhaus du « mur de l’Atlantique ». Nous fera-t-on croire qu’ils ont fait venir massivement des ouvriers d’Allemagne ? Il faut assurément oublier que dans le cadre de l’organisation TODD les français ont sagement travaillé pour l’occupant. Après la Libération, à l’écoute des allemands, il semblait inimaginable qu’il y ait eu 11 millions d’adhérents au parti nazi comme cela est indiqué sur la page de la Wikipédia consacrée au IIIe Reich. Seuls quelques milliers s’en souvenaient et les américains étaient partis avec les dossiers, les fichiers, les ingénieurs et techniciens nazis, le spécialiste de la construction européenne… Le recyclage des nazis dans l’administration de la RFA a été tellement massif que, sur la quantité de cadres administratifs concernés, il s’en est obligatoirement trouvé pour œuvrer plus particulièrement à la construction de l’Union Européenne. Les faits ne sont d’ailleurs niés par personne. Regardez les pages de la Wikipédia consacrées à Karl Maria Hettlage et Carl Friedrich Ophüls. Le premier fut membre de la Haute Autorité de la CECA de 1962 à 1967. Le second fut le concepteur principal des « statuts de la Cour Européenne de Justice » et c’est à ce titre qu’il les signa. Personne ne nie qu’ils furent auparavant des nazis patentés. Il est donc normal, banal et admis par tous que d’anciens nazis ont participé à la construction européenne.

Alors, pourquoi le cas de Walter Hallstein suscite-t-il encore autant de passions ? Sans doute puisqu’il fut l’un des plus éminents « constructeur de l’Europe », l’un des « pères fondateurs de l’Union Européenne ».

Les forces qui se déploient pour bloquer la divulgation de cette information sont considérables en commençant par les grosses fortunes qui ont dans leurs mains l’essentiel des médias : Bernard Arnault, François Pinault, la famille Dassault héritière de Serge Dassault, Vincent Bolloré, Patrick Drahi, Xavier Niel, Martin et Olivier Bouygues, Arnaud Lagardère…

 2. Un négationniste à la Wikipédia

Même la Wikipédia est sous leur influence. Elle fonctionne grâce aux dons et les   gestionnaires ne peuvent pas se mettre à dos les grosses fortunes. En principe les articles sont écrits par des contributeurs bénévoles mais, en regardant la rubrique « discussions » de la page consacrée à Walter Hallstein, nous voyons que certains contributeurs sont aussi des administrateurs de la Wikipédia et nous voyons bien ici que celui qui s’appelle Trehill impose sa loi. Voici en effet ce qui constitue toute sa rhétorique :

  • Les sources non-complotistes sont les média-dominants c’est-à-dire ceux qui appartiennent aux milliardaires.
  • Ce sont ces sources qui décident de ce que sont les versions officielles incontestables.
  • Ceux qui contestent sont des complotistes qui font des choix par idéologie : François Asselineau, Matthias Rath, Philippe de Villiers, Annie Lacroix Riz…
  • Il est inutile d’examiner les faits pour distinguer le vrai du faux car ce qui est vrai c’est ce qui est conforme aux sources non-complotistes. Le reste est faux.
  • Celui dont l’opinion est conforme aux sources non-complotistes ne peut pas être négationniste.

Malheureusement, nous n’exagérons pas. Voici textuellement le style de discours qu’il tient :

« Savez-vous seulement ce qu'est le négationnisme pour l'utiliser de manière si inappropriée ? Dès lors que mon opinion sur le sujet correspond à celle des sources non-complotistes, est-ce du négationnisme ou est-ce du bon sens ? Devinez quoi, c'est du bon sens ! Les non-complotistes ne sont pas négationnistes monsieur, ils ont simplement l'intelligence de ne pas être séduits par les propos fallacieux… »

Si, après une telle exhibition d’impudence et d’outrecuidance, son interlocuteur insiste, il s’emporte. Il « hurle ». Il fait ce que toutes les chartes de bonne conduite de tous les forums du web interdisent ou déconseillent. Il écrit en caractères gras et soulignés : « Le complotisme n’a pas sa place sur la wiki ». Si un contributeur lui signale une contradiction entre sa page sur Walter Hallstein et une autre page de la Wikipédia, il n’hésite pas une seconde pour répondre que c’est l’autre page qui est dans l’erreur. Appréciez en plus toute sa modestie ! Il est capable d’écrire : « Ma culture est certainement bien plus grande que la vôtre ». Bref ! la discussion avec lui est impossible. C’est d’ailleurs ce qu’il veut.

En conséquence, la Wikipédia non seulement ne désigne pas Hallstein comme un nazi mais elle évite même, à son sujet, de parler du IIIe Reich comme si Walter Hallstein n’avait aucun rapport avec ce régime. La principale falsification de la Wikipédia consiste à nier son appartenance au parti nazi : « Hallstein n'était pas membre du Parti national-socialiste » sans donner la référence qui leur permet de faire cette affirmation ni la classique remarque habituelle [réf. nécessaire]. Elle use pour cela d’une grossière fourberie qui consiste à écrire une phrase plus longue « Hallstein n'était pas membre du Parti national-socialiste ni du Sturmabteilung19 ». La fourberie consiste alors à n’invalider que la deuxième proposition pour laisser entendre que toute la phrase est invalide. Les références faites avec des numéros à des livres écrits en allemand ne facilitent pas les vérifications. Le numéro 19, en guise de référence, renvoie probablement à un livre où nous supposons qu’il est dit que Walter Hallstein n’était pas membre de la SA (Section d’Assault : Sturmabteilung) ce qui n’exclut pas qu’il était nazi. Il ne faut pas confondre être nazi ou être membre de la SA ou de la SS. A la fin de la guerre la Waffen SS avait 900 000 hommes. Il y a donc eu 12 fois plus de membres du NSDAP que de membres de la SA ou de la SS. Rappelons, en effet, qu’il y a eu 11 millions de nazis.

Ce n’est pas parce que nous n’avons ni la photo ni le numéro de sa carte d’adhésion au parti nazi que Walter Hallstein n’y a pas adhéré. Il en est de même pour la majeure partie des anciens nazis. Ce fait ne permet de rien conclure ni dans un sens ni dans l’autre. Or, affirmer comme le fait la Wikipédia que « Hallstein n’était pas membre du Parti national-socialiste », alors qu’à cette étape nous n’en savons rien, pour affirmer ensuite qu’il n’était pas nazi est une grossière manipulation. Remarquons de plus que bien des pinailleurs, qui exigent de voir sa carte de militant nazi pour accepter de considérer qu’il était nazi, ne se privent pas de contester qu’Oskar Schindler était nazi alors qu’il était assurément encarté. Nous parlons ici de celui qui est considéré comme ayant sauvé beaucoup de juifs. Il y a eu un roman et un film en son honneur. Continuons à examiner ce qui fait office d’argumentation pour la Wikipédia. Elle ajoute à propos de Walter Hallstein : « Mais il est reconnu pour avoir gardé ses distances avec les nazis11, dont il rejetait l'idéologie23.14. » Les références sont seulement des numéros renvoyant à des articles ou des livres. Le numéro 14 renvoie à un article de Jürgen Elvert intitulé « Walter Hallstein : biographie d'un Européen (1901-1982). » Voici la seule chose que nous avons trouvée dans l’article au sujet de son appartenance au parti nazi :

« Il adopta une attitude hostile à l’égard du national-socialisme et il entretenait même des contacts avec des adversaires déclarés du système. Ce non-conformisme ne lui porta aucun préjudice : en 1941, il fut nommé à la chaire de droit commercial, de droit du travail et de droit économique, de droit comparé et de droit privé international à l’Université de Francfort-sur-le Main »

Il s’agit d’une biographie de quatre pages qui est donc beaucoup trop restreinte pour être considérée comme sérieuse. Aucune source n’est donnée en référence pour étayer les informations citées. Si vous suivez toute la discussion de la Wikipédia, ce qui est assez fastidieux, vous verrez que le contributeur-administrateur-censeur nommé Trehill rejette tous les documents qui tendraient à montrer que Walter Hallstein était nazi en expliquant qu’ils ne sont pas fiables mais voici ce qu’il estime être une source fiable ! Nous ne savons pas ce qui permet d’affirmer qu’il « adopta une attitude hostile à l’égard… ». Nous ne savons pas en quoi consistait cette attitude ? A-t-il distribué des tracts ? A-t-il fait une prise de parole pour dénoncer le régime ? Quels sont les adversaires déclarés du régime avec lesquels il entretenait des contacts ? Nous ne savons pas non plus par qui Walter Hallstein était « reconnu pour avoir gardé ses distances avec les nazis » et ce qu’il avait fait pour mériter cette reconnaissance. Le seul fait vérifiable est que Walter Hallstein a bien eu cette promotion à l’Université de Francfort ce qui confirmerait plutôt qu’il était bien vu par les nazis. Nous ne sommes pas allés, dans nos investigations, jusqu’à rechercher les ouvrages en allemand référencés avec les numéros 11 et 23. La mauvaise foi de l’administrateur de la Wikipédia nommé Trehill nous paraît suffisamment évidente. Son raisonnement est simple. Nous l’avons déjà dit : il postule que toutes les sources qui vont dans son sens sont fiables et que les autres sont des sources complotistes.

 3.

Une grossière falsification en 20 lignes sur la Wikipédia

Sur la page de la Wikipedia, la partie qui traite la période qui nous intéresse de la vie de Walter Hallstein est réduite à moins de 20 lignes (316 mots) sous le titre « carrière universitaire et période d’avant-guerre ». Elle contient bien d’autres imprécisions que celles que je viens de signaler et quelques contre-vérités.

Nous y apprenons que Walter Hallstein était « membre de diverses organisations professionnelles prises en mains par le régime nazi » et quatre associations sont citées :

« l'Association national-socialiste des enseignants (Nationalsozialistischer Lehrerbund NSLB), l'Association des juristes nationaux-socialistes (Nationalsozialistischer Rechtswahrerbund NSRB), l'Association allemande national-socialiste des maîtres de Conférence (Nationalsozialistischer Deutscher Dozentenbund NSDDB) et l'Association national-socialiste de protection des civils face aux raids aériens (Nationalsozialistischer Luftschutzbund RLB) »

J’ai ajouté les sigles des associations, lesquels ne figurent pas sur la Wikipédia, parce que nous aurons l’occasion d’en reparler. On remarque d’emblée comme première erreur qu’après avoir annoncé une liste d’organisations professionnelles, l’une des organisations est une organisation civile. La RLB, n’a rien d’une organisation professionnelle (Elle s’appelle soit « Nationalsozialistischer Luftschutzbund » soit « Reichsluftschutzbund »). Il s’agit d’une organisation qui fait de la protection contre les bombardements. De plus, la NSLB et la NSDDB sont deux associations d’enseignants qui n’ont jamais existé simultanément. La NSLB encore appelée « La ligue de l’enseignement » devient en effet en 1935 la NSDDB. La traduction de « Dozenten » serait plutôt « professeur », « chargé de cours » ou simplement « enseignant » que « maître de conférences » et cela correspondrait mieux au statut qu’avait alors Walter Hallstein. Nous en sommes à beaucoup d’imprécisions, une erreur et une mauvaise traduction. Ce n’est rien. Continuons.

Remarquons d’abord que la Wikipédia allemande cite également quatre noms d’associations mais avec une seule association d’enseignants (NSDDB) :

« Er war Mitglied des NS-Rechtswahrerbundes (NSRB), der Nationalsozialistischen Volkswohlfarhrt (NSV), des NS-Luftschutzbundes (RLB) und des NS-Deutscher-Dosentenbundes (NSDDB). »

Elle propose donc une association civile supplémentaire. Elle ajoute en effet le secours populaire national-socialiste (Nationalsocialistische Volkswohlfart NSV). Voilà maintenant une grossière omission de la Wikipédia française. La liste s’allonge. Cela fait beaucoup au regard de l’arrogance dont l’administrateur nommé Trehill fait preuve pour imposer ses conclusions à ses interlocuteurs dans les pages de discussion. A l’évidence, il n’est pas à la recherche de la vérité. Les phrases qui suivent montrent que son but est tout autre :

« Cette appartenance résulte de la prise de contrôle par le régime nazi des associations professionnelles et civiques lors de la Gleichschaltung (« mise au pas » ou « alignement »). De ce fait, la simple appartenance à une association professionnelle signifiait qu'il était membre d'une association contrôlée par le régime nazi »

Il cherche à faire croire que l’appartenance à ces associations ne montre aucunement que Walter Hallstein était engagé dans la politique nazie. Il est vrai que très vite après la prise du pouvoir par Hitler toutes les associations ont été contrôlées par le régime nazi. Mais il est faux de laisser entendre qu’il était normal d’y adhérer d’un simple point de vue professionnel et qu’il n’y avait rien à en déduire quant à un éventuel engagement auprès du parti nazi. Cela est faux car l’adhésion à ces organisations n’avait rien d’obligatoire et rien d’anodin. Par exemple la page de la Wikipédia sur la NSDDB nous dit : « 1938 gehörte etwa ein Viertel der deutschen Hochschullehrerschaft dem Dozentenbund an » ce qui se traduit par « En 1938, environ un quart du personnel enseignant des universités allemandes appartenait à l'association des professeurs ». Dans ces conditions, il est certain que le choix d’y adhérer était bien un choix politique qui est d’ailleurs dans ce cas clairement exposé sur cette même page de la Wikipédia :

« Zweck der Organisation waren die Einflussnahme auf die Universitäten und die politische Kontrolle der Hochschullehrerschaft. Insbesondere auf Berufungen beziehungsweise Stellenbesetzungen wurde massiv Einfluss ausgeübt. Die Vertreibung jüdischer Wissenschaftler von den Universitäten betrieben maßgeblich die Aktivisten des Dozentenbundes. »

Ce que nous traduisons ainsi :

« Le but de l'organisation était d'influencer les universités et le contrôle politique du personnel enseignant universitaire. Une influence massive a été exercée en particulier sur les nominations et les vacances de poste. Les militants de l'Association des Enseignants étaient en grande partie responsables de l'expulsion des scientifiques juifs des universités. »

Erns Klee apporte des précisions au sujet du NSDDP. Ernst Klee est un journaliste et écrivain allemand surtout connu pour avoir mis en évidence les crimes de médecins allemands. Il a publié en 2003 « Das Personen-lexikon zum Dritten Reich » avec en sous-titre « Wer war was vor und nach 1945 » soit en français « Le dictionnaire des personnalités du IIIe Reich » avec le sous-titre « Qui était quoi avant et après 1945 ? ». Ce dictionnaire comporte près de 4 300 noms des plus éminentes personnalités hitlériennes parmi lesquelles figure évidemment Walter Hallstein. Voici ce qu’il dit du NSDDP :

« jusqu’en 1935, il n’était ouvert qu’aux membres du parti » et fut promu le 24 juillet 1935 en « division du NSDAP […]. Pour y adhérer était exigée la caution de deux nationaux-socialistes éprouvés. Le NSDDB siégeait avec droit de vote au Sénat de l’université et détenait un droit de veto sur les procédures de nomination et d’habilitation des universitaires ».

Je précise que je n'ai pas lu ce dictionnaire d'Ernst Klee pour la bonne raison que je ne sais pas le lire vu qu'il est écrit en allemand. J'ai extrait cette citation de l'article d'Annie Lacroix- intitulé : « Affaire Hallstein : une historienne met en cause l'honneur professionnel des défenseurs de l'ancien président de la Commission ».

Nous ne parlons plus ici d’erreurs, d’omissions ou de manque de précisions mais de mensonge. Walter Hallstein était évidemment membre du NSDAP puisqu’il avait adhéré au NSDDB à un moment où l’adhésion préalable au parti nazi était obligatoire. S'il suffisait de donner une preuve, nous pourrions nous en tenir là. Vous avez maintenant la preuve irréfutable : Walter Hallstein était un nazi puisqu'il a été membre, comme un universitaire sur quatre, du NSDDB.

La Wikipédia qui s’évertue décidément à nettoyer le passé de Walter Hallstein ajoute pour finir que :

« En 1941, des officiers nazis se sont opposés à sa nomination comme professeur de droit à l’université de Francfort, mais sa candidature fut soutenue par les autres professeurs et universitaires et il devint finalement recteur de la faculté en 1946 24 ».

Dans le droit fil de ce qui précède, il s’agit seulement pour les administrateurs de la Wikipédia de montrer que Walter Hallstein aurait pu être mal vu par certaines autorités nazies. Mais, là encore, aucun fait n’est rapporté. Seul le numéro 24 renvoie à une référence. Il s’agit d’une communication de 2010 d’un historien allemand nommé Thomas Freiberger. Le titre : « Der friedliche Revolutionär: Walter Hallsteins Epochenbewusstsein » se traduit par : « Le révolutionnaire pacifique : la perception du moment par Walter Hallstein ». Annie Lacroix-Riz, historienne reconnue du mouvement ouvrier, signale au sujet de cet article :

« cet article et ce livre (NDLR : Le livre dans lequel est inclus l’article) sont dépourvus de tout rapport avec la carrière de Walter Hallstein avant et sous Hitler. La référence à Freiberger, en l’absence des spécialistes des universités de l’ère nazie, relève donc de l’escroquerie intellectuelle. »

Je précise, pour les amateurs d'amalgame, que je suis loin de partager les idées d'Annie Lacroix-Riz. J'ai un point de vue très critique sur certaines de ses interprétations qui montrent qu'elle est restée très proche des idées qui étaient celles du PCF dans les années 50. Cependant, elle est rigoureuse en ce qui concerne la véracité des faits. Elle ne peut pas se permettre de donner des informations fausses car elle joue sa réputation d'historienne universitaire diplômée et reconnue. Elle n'est, de ce point de vue, en rien comparable à de pseudo-historiens autoproclamés.

C'est donc une citation de Freiberger qui relève de l'escroquerie intellectuelle qui fait office chez les administrateurs de la Wikipédia de référence sérieuse, de source fiable. Il s’agit d’un article complètement hors sujet puisqu'il ne traite pas du tout de la carrière de Walter Hallstein avant la libération. En l’état, l’affirmation selon laquelle « En 1941, des officiers nazis se sont opposés à sa nomination comme professeur de droit à l’université de Francfort » est vide de contenu. Nous ne savons pas qui sont les officiers en question et en quoi ils se sont opposés à sa nomination. Nous reviendrons ultérieurement sur ces énigmatiques allégations de la Wikipédia. Il se pourrait bien que la seule chose que les autorités nazies aient trouvé peu conforme à l’idéologie nazie soit son célibat prolongé puisqu’il avait 40 ans au moment de sa candidature pour Francfort. Ajoutons que le fait qu’il soit devenu recteur en 1946 n’a aucun rapport avec le titre du chapitre qui annonçait : « période d’avant-guerre ».

Après ce chapitre la Wikipédia consacre une trentaine de mots pour dire qu’il a été mobilisé en 1942 jusqu’au moment où il a été fait prisonnier à Cherbourg. Là encore, la Wikipédia cherche à minimiser son rôle de nazi en laissant entendre qu’il avait un petit grade et une fonction purement administrative. « le grade de premier lieutenant (Oberleutnant). Il occupait alors la fonction d'officier administratif (ordonnanzoffizier) ». Il est évident qu’en n’ayant jamais été engagé dans l’armée, il ne pouvait pas être colonel et que le grade de lieutenant, pour un appelé, est déjà un grade de haut rang. Mais surtout, la Wikipédia ne dit pas un mot sur son rôle de NS-Führungsoffizier (NSFO). Je traduis ce terme par « officier instructeur en national-socialisme » pour tenir compte de ce qu’était effectivement le rôle essentiellement idéologique de ces officiers. Sur la page de la Wikipédia consacrée à la Wehrmacht, nous trouvons aussi la traduction « officiers guides nationaux-socialistes ». Le rôle de ces officiers était de préparer les soldats à mourir pour le Reich et de les inciter à lutter pour la suprématie de la race aryenne par l’élimination des races parasites. Ce corps a été créé tardivement en décembre 1943 c’est-à-dire après la défaite de Stalingrad (février 1943) alors que des dissensions apparaissaient dans la Wehrmacht laquelle commençait à essuyer des revers sur divers fronts. Le rôle des NSFO était aussi de renforcer de manière draconienne la discipline dans la Wehrmacht et d’assurer un contrôle politique à tous les niveaux de la hiérarchie à un moment où les stratégies militaires de Hitler commençaient à être critiquées. Pour obtenir cette « promotion », Walter Hallstein a été sélectionné en tant qu’élite nazie (en tant que « croyant » par opposition aux « sceptiques » et aux « indifférents ») sur une petite liste des 15 « meilleurs nazis » de l’université de Francfort. Voilà bien une autre preuve. Qui osera dire qu'il aurait pu être gratifié d'une telle reconnaissance sans être nazi et sans être membre du NSDAP ? S’agit-il, là encore, d’une petite omission de la Wikipédia ?

Ce conglomérat de mensonges, omissions, erreurs et imprécisions constitue une grossière falsification qui permet aux larbins du pouvoir d’affirmer sans ambages à propos de Walter Hallstein : « Il n’a jamais été au parti nazi, ça c’est établi, c’est prouvé ». Et bien non ce n’est pas prouvé, loin s’en faut.  Nous venons de donner deux preuves du contraire. Il faisait partie dans l'armée des NSFO et il était, comme enseignant, membre du NSDDB. Nous allons en apporter d'autres. La tâche n’est pas simple. Certains proposent de montrer qu’il était nazi en cherchant des traces de ses actes, ses écrits, ses engagements sans chercher à prouver qu’il était nécessairement adhérent au NSDAP ou à ses organisations satellites comme les SA (sections d’assaut) et les SS (SchutzStaffel - groupe de protection). C’est notamment ce que font Philippe de Villiers et le journaliste Arnaud Dotézac. Cette approche peut toujours être critiquée car il est difficile de définir les critères qui permettent d’affirmer catégoriquement que tel ou tel individu était un nazi d’après ses actes, son comportement.

Les archives sur les adhésions au NSDAP sont difficilement accessibles (Voir l’article "Qui était réellement membre du NSDAP ?") et il y a eu une grande épidémie d’amnésie à la Libération sur la question de ces adhésions. Le fait de ne pas avoir trace de la carte du NSDAP d'un nazi patenté est très normal, classique, habituel. C'est l'inverse qui est exceptionnel. Sur les 11 millions d'allemands qui ont adhéré au NSDAP, je ne crois pas qu'on puisse retrouver plus d'une carte sur 100. Ma démarche est donc de prouver qu’il a été adhérent au NSDAP en montrant comme je viens de le faire deux fois qu’il a pris des engagements qui nécessitaient l’adhésion préalable au parti des nazis. Je reprends donc à mon compte ce critère très objectif de l’adhésion au NSDAP. Pour être cohérent, j’affirme donc qu’Oskar Schindler était un nazi alors que je sais que beaucoup sont en désaccord. Cela soulève toute une autre discussion sur les raisons d’adhérer au parti nazi. Ceux qui ont été reconnus comme des adhérents du NSDAP à la Libération ont le plus souvent cherché à minimiser leur responsabilité en expliquant que ce n’était pas par conviction mais par nécessité pour leur carrière…Il y a d’ailleurs de fortes chances pour que, comme beaucoup d’autres, Walter Hallstein ne soit devenu un nazi particulièrement virulent qu’à partir de la prise du pouvoir par Hitler en 1933 et cela par pur arrivisme. C’est du moins ce qu’explique Arnaud Dotézac :

« Dans sa course au statut social, il devient, en 1931, l’un des plus jeunes professeurs de droit de sa génération. L’université de Rostock, sur les bords de la Baltique, est la première à lui offrir une chaire, couvrant tout le spectre du droit privé. Il y prendra racine pour 10 ans et y vivra la révolution nationale-socialiste, de l’intérieur. Son land de Mecklenburg-Schwerin célébrait la victoire du NSDAP dès les élections régionales de 1932, ce qui lui permit d’anticiper quelque peu ses choix, lorsqu’Hitler prit les rênes du pays en janvier 1933.

La plupart de ses collègues affichèrent très tôt leurs positions, favorables ou contraires à cette « blitz-révolution » qui démarra instantanément et dont on ne mesure pas toujours le séisme juridique qu’elle provoqua. Hallstein, comme tous les opportunistes, préféra l’attentisme prudent. Au semestre d’été 1933, les archives de Rostock indiquent qu’il professait toujours un État de droit en phase avec les Lumières, doctrine honnie du nouveau régime. Mais pas question de sacrifier sa chaire prestigieuse, alors il se ravisa très vite. L’éviction des juristes récalcitrants et non aryens commençait en effet dès cette période, notamment sous le contrôle très strict des étudiants eux-mêmes. Hallstein le comprit et mit son programme à jour pour la rentrée d’automne 1933.

Du fait des lois d’aryanisation, ce sont des pans entiers de sa chaire qui devaient être actualisés sans délai, notamment quant à l’incidence des déchéances raciales dans les régimes matrimoniaux, puis dans la propriété, la taxation, les regroupements forcés, la citoyenneté, l’eugénisme, etc. Le contenu du droit civil s’en trouvait bouleversé de fond en comble. Idem pour le droit des affaires et les interdictions de gérer imposées aux non-aryens, suivie de celle de détenir des titres, sans parler de la remise en cause du principe même de personnalité morale. Idem aussi pour le droit rural qu’Hallstein enseigne et qui prend une importance politique considérable depuis la loi agraire du 29 septembre 1933. Le droit du sol, de la « racine », y devient le symbole de celui de la « race », comme l’explique  magistralement Johann Chapoutot dans La loi du sang (Gallimard, 2014; voir le Cannibale lecteur du 23 octobre 2016, Antipresse n° 47). Cette réforme replace ainsi le paysan au centre de la « Communauté » (gemeinschaft), un concept qui deviendra très cher à Hallstein dans sa future carrière européenne.

Il s’implique donc à fond dans cette « rénovation du droit » (rechtsneuerung) que la Faculté a pour devoir de contribuer à construire fissa. Il se fait d’ailleurs remarquer favorablement très vite et pas seulement dans la communauté juridique. Dès 1933, il est nommé vice-président de la chambre de commerce et de l’industrie nationale-socialiste de Mecklenburg-Rostock… »

Il faut reconnaître que le travail d’Arnaud Dotézac est bien documenté et que son point de vue est argumenté. Il me semble toutefois incohérent qu’il n’aille pas jusqu’à dire que Walter Hallstein a adhéré au NSDAP.

Les hommes sont souvent prêts à d’ignobles bassesses par intérêt et il est probable que Walter Hallstein en soit un exemple. Il est cependant impossible de mesurer le degré de sincérité de ce genre de discours. Je ne vais donc pas entrer dans cette discussion qui n’aboutit à rien. Je trouve pour ma part suspect la position d’Oskar Schindler. Il a eu le don de mêler humanisme et affairisme en estimant qu’il était plus rentable de tuer les juifs au travail plutôt que dans une chambre à gaz et, peu de temps avant la chute du régime, il a pris subitement conscience qu’il aurait pu en sauver davantage et il a alors été rongé par le remord. Je me permets de trouver tout cela suspect et je pense qu’il y a mieux que cet individu à donner en exemple à notre jeunesse. Je n’excuse pas la médiocrité. Oskar Schindler était un nazi et Walter Hallstein aussi. Mais, c’est vrai, nous n’avons pas trouvé trace de sa carte d’adhérent. Nous avons néanmoins déjà apporté deux preuves.

 

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