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Publié par YVAN BALCHOY

20-03-22- DE LA DEMOCRATIE SANS LE PEUPLE A LA DEMOCRATIE AVEC LE PEUPLE (JEAN PIERRE CHARBONNEAJU - ETHIQUE PUBLIQUE- EXTRAITS

 

 

 

Malaise dans la représentation

 


 

Jean-Pierre Charbonneau

 

 

La réflexion sur les nouvelles formes de démocratie passe par l’analyse critique de l’état de la participation citoyenne et du pouvoir citoyen, ainsi que par l’évaluation de la place réelle qu’y occupent les représentants du peuple à qui les citoyens délèguent leur pouvoir de définition et d’organisation du bien commun. L’auteur examine ainsi entre autres le déclin du pouvoir des représentants du peuple et évalue le caractère démocratique des différents modes de scrutin. Il conclut en reconnaissant qu’en regard des principes démocratiques, les systèmes politiques, les institutions, les méthodes de participation citoyenne ne sont pas tous d’égale valeur et qu’il faudra beaucoup de courage et de volonté pour sortir du paradigme toxique de la démocratie de confrontation et entrer dans l’ère de la démocratie du dialogue et de l’éthique.

 

La démocratie est le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple.

Abraham Lincoln ...

   

Ce bilan positif comporte cependant un revers. Les méthodes d’expression citoyenne utilisées un peu partout, particulièrement les audiences publiques, les comités consultatifs, les groupes échantillons et les sondages d’opinion, se sont très souvent révélées de mauvais canaux de communication entre les citoyens et leurs gouvernements. L’un des principaux reproches formulés à l’endroit de ces méthodes, avec lesquelles je vis depuis près de vingt-cinq ans à titre de parlementaire, est qu’elles ne permettent généralement qu’un flot d’information à sens unique, sans véritable interaction significative ni influence déterminante.

9Être un véritable citoyen, agir comme tel, participer à la vie publique, discuter puis choisir de façon avisée et constructive n’est pas une disposition innée ; cela doit s’apprendre. Il y a un apprentissage à faire pour atteindre une bonne compétence civique, c’est-à-dire une compréhension adéquate des rouages institutionnels de la vie politique, une connaissance suffisante des grands problèmes auxquels l’humanité fait face et une habileté à saisir la complexité du réel avec toutes ses liaisons et ses interactions, ses phénomènes multidimensionnels et ses implications.

 

Une autre raison importante du décrochage citoyen est sans contredit la crise de confiance qui mine la relation du peuple avec ses élus, ce que plusieurs appellent aujourd’hui la crise de la représentation. Depuis un bon moment déjà, on observe un écart croissant entre représentants et représentés, entre élus et citoyens. On voit et on entend très bien la population exprimer sa méfiance, son hostilité même, envers les membres de la classe politique, sinon envers la fonction politique et les institutions elles-mêmes, ce qui est encore plus grave. Un peu partout dans le monde démocratique, les sondages d’opinion témoignent régulièrement du peu d’estime, du désabusement et du cynisme des citoyens envers les politiciens. À bien des égards, leur crédibilité est quasi nulle.

 

Je ne procède pas ici à un règlement de comptes. Je fais simplement miens les constats courageux de quelques journalistes émérites qui depuis un bon moment déjà appellent leurs collègues à un sursaut de conscience morale et dénoncent ce que l’éditorialiste en chef du quotidien La Presse, André Pratte, a osé nommer la « culture de vautour » dans laquelle baignent les médias et leurs artisans. Selon ce dernier, « le journaliste d’aujourd’hui tombe trop souvent dans le filet sans risque du spectacle de l’insignifiance et lui sacrifie sa véritable mission, l’information et l’éducation. […] Le nombre et la puissance technologique des médias d’aujourd’hui font que, par la force des choses, tout ce dont ils s’emparent est grossi hors de proportion : les faits, les opinions, les erreurs, les responsabilités. Nous fabriquons des héros et les détruisons aussi vite. Nous trouvons des coupables et les lynchons sans attendre. En somme, nous stimulons puis agissons selon les passions populaires. […] Le ton strident des commentateurs déteint sur tous les pouvoirs publics. […] Le cynisme et l’intolérance qui rongent l’esprit populaire aujourd’hui sont-ils étrangers au déluge de critiques dont les médias emplissent pages et ondes ? […] Nous, les journalistes, déplorons fréquemment l’emprise de la langue de bois sur le discours politique. Nous nous arrêtons rarement au fait que les médias ont puissamment contribué à cette triste évolution8

  ... Le débat sur l’introduction d’un usage plus répandu de l’instrument référendaire et de l’initiative populaire est majeur car il oblige à aborder de front le véritable questionnement, à savoir l’opportunité de maintenir le rapport actuel qui prévaut entre les citoyens et la société civile d’une part et la classe des représentants politiques d’autre part. La recherche du dosage adéquat entre démocratie directe et démocratie représentative est d’ailleurs la trame de la présente réflexion.

35Une exploration des nouvelles formes de participation citoyenne élaborées depuis un certain nombre d’années déjà révèle que c’est autour de l’idée force stipulant que le dialogue et la discussion en vue de construire le nécessaire consensus sont fondateurs de la démocratie que les expérimentations ont été menées. On a compris qu’on ne peut pas révolutionner la démocratie sans modifier profondément autant la façon classique et millénaire de faire usage de la libre parole en collectivité que les modalités d’échange et de collaboration entre les citoyens et leurs élus. À l’ère de la complexité, de l’individualisme et des rapports sociaux tendus, le temps est venu de parler et de communiquer autrement pour apprendre puis pour dénouer les crises, résoudre les problèmes et agir efficacement....

 

43En ce début de vingt et unième siècle, le gouvernement par le peuple autant qu’avec le peuple est loin d’être une réalité. L’extraordinaire épopée de la démocratie au siècle de Périclès, dans la Grèce antique, n’a été qu’une étoile filante. Les citoyens d’Athènes ont vécu une expérience unique de participation à la gouvernance de leur communauté pendant à peine quelques décennies. Malheureusement, torpillée de l’intérieur autant que de l’extérieur, la démocratie, dans son sens le plus vrai, s’est effondrée avant de pouvoir mûrir adéquatement et de s’installer à demeure. Il a fallu par la suite des siècles avant que des seigneurs guerriers puis de riches commerçants obligent les monarques à partager à nouveau leur pouvoir absolu puis à l’abandonner progressivement au profit cette fois de quelques représentants élus décidant collégialement en assemblée parlementaire. Croyant longtemps qu’une fois élus – selon des mœurs électorales minables –, ils étaient les détenteurs exclusifs de la souveraineté, ces derniers ont mis beaucoup de temps à passer de la démocratie sans le peuple à la démocratie avec le peuple. Comme j’ai tenté de le démontrer, la démocratie d’aujourd’hui est encore loin de pouvoir prétendre qu’elle est véritable et authentique et qu’elle permet à tous les citoyens de participer activement à la vie politique et à la gouverne de l’État. Nous sommes encore loin du gouvernement par le peuple. Incidemment, certains prétendent toujours qu’il s’agit d’une utopie et que jamais la démocratie véritable ne verra le jour. A-t-on raison de croire cela ? Peut-être ! Pour ma part, je préfère espérer encore, m’acharner et militer pour que le gouvernement avec le peuple et par le peuple devienne une réalité. Les obstacles relevés plus haut sont solidement ancrés dans nos sociétés mais ils ne sont pas immuables. Ils cesseront d’imposer leurs effets pernicieux quand une masse critique de citoyens éveillés et désireux de renverser l’ordre établi se constituera. Alors peut-être les détenteurs actuels des pouvoirs comprendront qu’ils doivent agir autrement pour permettre aux citoyens d’occuper la place qui leur revient dans le gouvernement de leurs affaires. À ce propos, on peut affirmer que les changements souhaités, autant que souhaitables, seront facilités quand émergeront et entreront en scène de véritables leaders animés d’une nouvelle éthique fondée sur une conscience de l’importance d’agir, de penser et de ressentir différemment en regard de la vie politique. À coup sûr, ce sont les mentalités qui doivent être changées. Comme le disait déjà en 1951 le célèbre psychosociologue américain Kurt Lewin, « tout changement social est en définitive un changement dans la culture ».

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Notes

1  H. Milner, La compétence civique, Québec, Presses de l’université Laval, 2004.

2  Prenez votre place. La participation au cœur des institutions démocratiques québécoises, rapport du Comité directeur sur la réforme des institutions démocratiques, Québec, mars 2003.

3  D. Goleman, L’intelligence émotionnelle, 2 vol., Paris, Robert Laffont, 1998 et 1999.

4  M. Gauchet, La démocratie contre elle-même, Paris, Gallimard, « Tel », 2002.

5  H. Lamoureux, Le citoyen responsable. L’éthique de l’engagement social, Montréal, VLB, 1996.

6  C. Poirier, Pour une révolution de la vie sociale, Mont-Saint-Hilaire, Périclès, 2004.

7  P. Séguin, L’évolution du rôle des parlementaires, conférence donnée lors du forum des juristes francophones, Québec, 7 octobre 1999.

8  A. Pratte, Les oiseaux de malheur. Essai sur les médias d’aujourd’hui, Montréal, VLB, 2000.

9  I. Ramonet, La tyrannie de la communication, Paris, Galilée, 1999.

10  François-Pierre Gauvin et Élisabeth Martin du Centre d’analyse des politiques publiques de l’université Laval, De l’opinion publique au jugement public, mémoire soumis au comité directeur des états généraux sur la réforme des institutions démocratiques, Québec, novembre 2002.

11  J. Routier et A. Labrèque, La communication collective, sa découverte et ses méthodes, Chicoutimi, JCL, 2004.

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Pour citer cet article

 

Jean-Pierre Charbonneau, « De la démocratie sans le peuple à la démocratie avec le peuple », Éthique publique [En ligne], vol. 7, n° 1 | 2005, mis en ligne le 12 novembre 2015, consulté le 20 mars 2022. URL : http://journals.openedition.org/ethiquepublique/1969 ; DOI : https://doi.org/10.4000/ethiquepublique.1969

 

NOTE D'YVAN BALCHOY

Ce qui précède n'est guère qu'une table de matière ici et là légèrement détaillée d'un article très intéressant  que nous vous conseillons de lire intégralement.

Pour ma part, je ne crois pas que la démocratie en France est réellement plus un gouvernement par le peuple que le régime de Monsieur Poutine en Russie.

En réalité la démocratie représentative telle qu'elle est conçue en particulier dans l'union Européenne est soumise à deux conditions au moins qui en vident le sens, une représentativité qui vous donne les mains libres pendant toute une mandature puis la soumission à l'économie de Marché.

Pour le comprendre, il suffit de voir comment tout régime qui n'accepte pas ces deux conditions, non essentielles pourtant, est automatiquement rejeté et appelé régime autoritaire, dictature, communisme qui en est un synonyme pour nos leaders 

Nous élisons un député sur la base d'une programme, presqu'une promesse, mais rien ne se passe s'il n'en tient pas compte durant sa mandature. A Cuba, il peut-être mis à pied, si ses électeurs déçus en décident à mi-mandature.

 

Il est aussi essentiel dans l'U.E. qu'au plan économique, le choix soit fait de l'économie du marché, principale raison de la segmentation de la société en classes sociales;. 

Un état tel que  Cuba où le choix des représentants du peuple commence presque rue par rue et quartier par quartier, ce qui n'est pas possible dans notre particratie, a beau donné au peuple infiniment plus de pouvoir que chez nous, est immédiatement rejeté par nos élites car refusant la loi du marché et la possibilité donc pour une petite minorité d'acquérir des richesses insensées (En France 7 personnes possède plus que 40 % de la population soit 27 millions de personnes) ils sont à rejeter comme utopiques.

Tant que le capitalisme , dont le dogme premier repose sur cette économie de marché, exigera tout à la fols implicitement une société composée d'une minorité gouvernante de riches face à une majorité de plus en plus importante  de travailleurs ayant difficile à vivre, appartenant à la classe moyenne inférieure, aux pauvres et aux miséreux; notre démocratie sera une coquille vide appelée justement  aliénation sociale par Marx, plus que jamais actuel.

L'essentiel de la pseudo-démocratie pour nos "princes" qui gouvernent à Bruxelles, c'est un régime bien sûr dont les barreaux économiques plus que physiques sont quasi-invisibles mais où il est possible grâce au Libéralisme qui prêche une liberté du plus fort, de diriger selon son intérêt l'Etat.

Voilà pourquoi une démocratie à l'occidentale  est essentiellement composée de riches et de pauvres avec des écarts de richesses sans cesse croissant au fur et à mesure que la société se libéralise. Ainsi l'écart entre le salaire d'un dirigeant autrefois de 1 à 25,  aujourd'hui est passé de 1 à 300 au moins et celui qui n'est pas d'accord sur cette distorsion de richesses devient vite un gênant à faire taire.

Si nous voulons que demain soit vraiment un régime de gouvernement par et avec le peuple, débarrassons-nous vite de cette absurde loi du marché qui ne profite qu'a une minorité privilégiée.

Je ne crois pas que nous y accéderons par une élection, car nos élections sont  truquées car calibrées pour exclure tout autre solution que l'économie de marché et le système représentatif  est verrouillé pour que les riches restent riches et donc les pauvres dont on peut certes minorer les malheurs restent le fond du panier social
Pour les en faire sortir, Marx a raison, la révolution doit précéder l'élection, et nous libérer de ce libéralisme privatif.

 

Yvan Balchoy

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