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Publié par YVAN BALCHOY

26-10-21- "ALTIPLANO" EN BOLIVIE DE FRANCK POUPEAU COMMENTE PAR MAURICE LEMOINE SUR INVESTIG'ACTION DE MICHEL COLLON

Altiplano
21 Oct 2021 MAURICE LEMOINE


   
2019 et 2020 ont été, en Bolivie, deux années explosives. Dans un premier temps, du fait des accusations de fraude portées par la droite et l‘Organisation des Etats américains (OEA) lors de l’élection présidentielle, et de la démission forcée d’Evo Morales – en d’autres termes un coup d’Etat. Ensuite, dans le suivi (beaucoup moins médiatiquement tonitruant) des exactions du gouvernement de la présidente autoproclamée Janine Añez. Enfin, avec un dénouement qui en a surpris plus d’un : un an après avoir perdu le pouvoir, le Mouvement vers le socialisme (MAS) le récupérait en la personne de Luis Arce, ex-ministre de l’Economie de Morales, avec 55 % des voix. Pour beaucoup d’observateurs, quelle qu’en ait été la cause, « la crise bolivienne » était désormais terminée. Funeste fourvoiement…
En octobre 2021, depuis Santa Cruz, où vit l’élite blanche de la riche province de l’est du pays, la droite néolibérale ainsi que son aile néofasciste, raciste et putschiste ont entrepris de se réarticuler au sein d’un Bloc d’unité pour la liberté et la démocratie. S’opposant aux légitimes poursuites entamées par le pouvoir contre l’usurpatrice Añez, certains de ses « ministres » ainsi que quelques policiers et militaires incarcérés, l’opposition nie l’existence du « coup d’Etat », exige la fin de la « persécution politique », réclame la libération immédiate des prisonniers (eux aussi « politiques »), à commencer par Anez, s’agite, menace ouvertement le pouvoir et a annoncé, pour le 11 octobre, une paralysation totale du pays – le « paro cívico ». Pour nombre des ténors de cette opposition, et au-delà des arguties, il s’agit d’empêcher la poursuite des auditions et des enquêtes susceptibles de mettre en évidence leur rôle dans le « golpe » de 2019. En réponse à ce qui apparaît comme une nouvelle tentative de déstabilisation, les travailleurs et secteurs populaires ont organisé de leur côté une mobilisation massive, le 12 octobre, en défense de la démocratie et du gouvernement Arce. Tout se trouve donc en place pour une nouvelle confrontation.

Si la situation devait dégénérer, la Bolivie risque de revenir sur le devant de la scène. Avec, comme on a pu le constater lors des séquences précédentes, un important lot d’approximations et d’erreurs médiatiques. Car tout ce qui échappe à la norme intrigue, inquiète ou déconcerte. Donne même souvent lieu à désinformation. Et s’il est un pays qui sort de l’ordinaire, c’est bien la Bolivie. Nul ne peut comprendre un phénomène l’affectant à un moment donné, s’il laisse de côté la genèse ou l’évolution de celui-ci. S’il n’entre pas, par exemple, dans les arcanes du MAS-IPSP (instrument politique pour la souveraineté des peuples), mouvement fondé en 1997, dirigé par Evo Morales, et au sein duquel convergent et divergent, en fonction du moment, des logiques allant de l’ethnique au culturel en passant par le politique et le syndical.

C’est blanc, c’est noir, c’est bon, c’est mauvais ? Comprendre la Bolivie est plus complexe qu’on ne le croit. Toutefois, aux journalistes et universitaires trop souvent approximatifs (mais aussi aux citoyens politiquement engagés ou même simplement curieux), on signalera qu’il existe désormais une Bible pour appréhender au plus près la réalité du pays du condor et de la Pacha Mama : Altiplano, le dernier ouvrage du sociologue Franck Poupeau.

Grand avantage sur beaucoup d’autres : Poupeau n’a rien d’un intermittent de la Bolivie. Depuis plus de vingt ans, il sillonne les plaines arides et les périphéries urbaines des hauts plateaux – le fameux Altiplano. Pour tenter de comprendre la logique politique d’insurrections populaires devenues expérience de gouvernement, il entrelace – en 700 pages ! – quatre niveaux d’écriture : des enquêtes de terrain ; des analyses ; des textes d’intervention ; d’utiles (car généralement inexistantes) réflexions sur la position de l’enquêteur « immergé dans une réalité autre tout en restant engagé dans la vie académique ».

Histoire longue, instauration de l’Etat neoliberal, « guerre de l’eau, « guerre du gaz », émergence du MAS, vie et dynamique sociale des « barrios »(quartiers) d’El Alto, avancées populaires, réussites incontestables mais aussi errements du pouvoir, voire d’Evo Morales lui-même, rien n’échappe à l’examen mené en empathie critique par Poupeau. En substance, la « vision enchantée » des mobilisations confortées par les processus électoraux ultérieurs ne doit pas interdire un diagnostic des relations effectives entre Etat et mouvements sociaux. Tout au long de l’ouvrage, flotte comme en filigrane la question inhérente à ce type de processus de changements : un Etat peut-il se consolider en se dépossédant de ses attributions en faveur des formes d’auto-organisation qui ont originellement impulsé sa dynamique politique ? La réponse n’est en rien évidente. Mais, d’un autre côté, et répondant implicitement aux Savonarole de salon, Poupeau remet en cause les visions dichotomiques (et souvent manichéennes) d’une « trahison » de l’Etat face à la « pureté révolutionnaire » des mouvements sociaux.

On pourra sur tel ou tel point, tel ou tel moment (assez rares au demeurant), ne pas partager à 100 % les analyses de l’auteur. Mais de telles divergences s’inscrivent dans le registre du débat et de la fructueuse confrontation d’idées – jamais dans le rejet brutal d’arguments non documentés, mensongers, malhonnêtes et portés par l’ignorance ou la mauvaise foi...

 

 

 

Nous vous recommandons chaleureusement  "INVESTIG'ACTION" de Michel Collon qui défend, partout où c'est nécessaire en notre monde, une contre-vision salutaire de l'idéologie libérale capitalistique qui nous offre comme  choix sociétal unique la cohabitation forcée des milliardaires et millionnaires pipant par la violence de leur ploutocratie le sens même du mot  démocratie face à une majorité numérique d'hommes et de femmes reconnus comme  électeurs regroupés  en classe moyenne au mieux ou "défavorisée", comme si ses malheurs étaient fortuits.

Le peuple y a officiellement  le droit de vote mais ses représentants parlementaires ou ministériels ne sont que des marionnette au service de l’idéologie CAPITALISTE qui se désigne comme le Monde libre alors qu' en réalité elle confisque financièrement la liberté des citoyens où elle règne.

Si vous voulez lire intégralement l'article "ALTIPLANO" de Maurice Lemoine, reférez-vous directement au site INVESTIG'ACTION de Michel Collon.

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