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Publié par JACQUES ALLARD

"Au moment où la mondialisation déstabilise l’État-nation, il faut lui donner le coup de grâce pour faire advenir un monde sans frontières : telle est la thèse de l’altermondialisme. Si l’on appelle à «penser global pour agir local», c’est pour donner congé au national. Peu importe que les États progressistes mobilisent les masses en faveur du développement, ou qu’ils s’appuient sur le patriotisme pour lutter contre l’impérialisme.
Indifférente à ces enjeux, la doctrine procède à la dénégation des expériences concrètes d’émancipation. Véritable double de la mondialisation capitaliste, elle congédie les tentatives d’instauration d’un pouvoir populaire dans le cadre national. Parce qu’elle refuse de restreindre la scène de l’émancipation, elle répudie avec dédain ces entreprises étriquées, seules les luttes globales méritant, à ses yeux, d’accéder à la dignité révolutionnaire.
L’histoire montre, pourtant, que la lutte des classes se déroule à l’échelle nationale et que son élargissement international, s’il a lieu, s’appuie sur la victoire acquise chez les uns avant de s’imposer chez les autres. Pour commencer à transformer les rapports sociaux, il faut bien qu’un pouvoir révolutionnaire s’instaure quelque part, à la faveur d’une crise qui est toujours la crise d’une société déterminée. Comme l’histoire ne repasse jamais deux fois les plats, repousser l’occasion présentée par la conjoncture dans l’attente d’un collapsus planétaire implique le renoncement à l’action. C’est sacrifier la possibilité d’une avancée limitée au nom d’un idéal intemporel et hors de portée.
L’idée d’une révolution mondiale, à l’évidence, témoigne d’un idéalisme qui s’affranchit des données de fait. Prôner l’abandon du cadre national revient de facto à méconnaître les conditions réelles du combat politique. C’est s’en remettre à une hypothétique parousie du prolétariat censée advenir à la fin des temps. La politique révolutionnaire se transforme alors en eschatologie justifiant le refus de toute transition et de tout compromis. Et comme cette émancipation finale est indéfiniment repoussée, il en résulte une vague impuissance ponctuée des envolées lyriques dont l’idéologie gauchiste, pour se consoler de ses échecs, a coutume d’arroser ses états d’âme".
Bruno Guigue, "Philosophie politique", Editions Delga, 2021.

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