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Publié par YVAN BALCHOY

Des artistes palestiniens manifestent leur solidarité avec les prisonniers palestiniens qui ont contracté le coronavirus dans les prisons israéliennes – Photo : Fawzi Mahmoud / The Palestine Chronicle

Des artistes palestiniens manifestent leur solidarité avec les prisonniers palestiniens qui ont contracté le coronavirus dans les prisons israéliennes – Photo : Fawzi Mahmoud / The Palestine Chronicle

 


 
 

INVESTIG'ACTION


La face sombre de la campagne de vaccinations en Israël
14 Jan 2021 YARA HAWARI


   
Le 19 décembre, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s’est fait administrer le vaccin Pfizer-BioNTech COVID-19 en direct à la télévision. Cela a marqué le coup d’envoi d’une campagne nationale de vaccination accélérée qui a permis à plus d’un million d’Israéliens, soit environ 12 % de la population du pays, de recevoir le vaccin en moins de deux semaines – le taux le plus élevé au monde.
De nombreux facteurs ont permis à Israël de se placer à la tête de la course mondiale à la vaccination.

Le fait d’être un pays relativement petit – tant par sa superficie que par sa population – a certainement contribué à cette réussite. Le fait de disposer d’un système national de santé numérisé, qui exige l’enregistrement de tous les citoyens, a également contribué à ce succès.

De plus, contrairement à d’autres États, le gouvernement israélien n’a pas hésité à recruter l’armée pour la distribution et l’administration du vaccin.

Ce déploiement rapide comporte également une dimension politique : Netanyahu lutte pour sa survie politique et un succès dans la course au vaccin pourrait faire pencher la balance en sa faveur lors des prochaines élections du mois de mars.

Mais il y a un côté sombre à cette « success story du vaccin » en Israël : alors que ce dernier immunise ses citoyens contre le coronavirus à un rythme sans égal, le gouvernement israélien ne fait rien pour vacciner les millions de Palestiniens vivant sous son occupation militaire.

Par une cruelle ironie, des centaines de doses sur le point de dépasser les dates de péremption auraient été mises à la poubelle dans des cliniques israéliennes la semaine dernière, alors que des millions de Palestiniens se voient refuser le même vaccin.

En effet, alors que le déploiement du vaccin en Israël inclut les citoyens palestiniens d’Israël, il n’inclut pas les quelque cinq millions de Palestiniens vivant en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.

Depuis 1967, ces deux territoires palestiniens sont sous occupation militaire israélienne, Gaza subissant en plus un blocus rigoureux depuis 2007.

Entre autres choses, ce contrôle absolu a eu un effet direct et préjudiciable non seulement sur l’accès des Palestiniens aux soins de santé, mais aussi sur la qualité des soins délivrés en Cisjordanie et à Gaza.

L’occupation israélienne a laissé le système de santé palestinien sous-approvisionné, équipé d’installations médicales insuffisantes.

Depuis des années, plutôt que d’être autorisés à développer leur autosuffisance dans ce domaine, les Palestiniens vivant dans les territoires occupés se sont vus obliger de compter sur une aide extérieure pour répondre à leurs besoins les plus fondamentaux en matière de soins.

Ainsi, lorsque COVID-19 a frappé, les autorités palestiniennes n’étaient pas en mesure de faire appliquer des stratégies efficaces de contrôle de la pandémie, ou de se procurer les médicaments et vaccins nécessaires pour protéger les Palestiniens.

L’Autorité palestinienne (AP) doit encore fournir une quantité suffisante de vaccins pour immuniser la population palestinienne contre COVID-19. Et en raison de sa situation financière catastrophique, elle aura besoin d’une aide extérieure importante pour effectuer tout achat important.

Plusieurs responsables de l’AP ont mentionné la possibilité de bénéficier du programme COVAX, dirigé par l’OMS et qui a pour but de fournir des vaccins COVID-19 aux pays les plus pauvres. Mais il est probable que cela prendra beaucoup de temps, les vaccins destinés à COVAX n’ayant pas encore obtenu l’approbation « d’utilisation d’urgence » de l’OMS, condition préalable pour que la distribution puisse débuter.

Début décembre, l’Autorité palestinienne a déclaré avoir conclu un accord avec la Russie pour recevoir dans les semaines à venir quelque quatre millions de doses de son vaccin Spoutnik V. Mais les responsables russes ont récemment fait savoir à l’Autorité palestinienne qu’ils ne disposaient pas encore de suffisamment de produits pour répondre aux commandes venues de l’extérieur du pays.

Tout cela n’aurait pas eu d’importance si Israël avait respecté ses obligations légales, morales et humanitaires de vacciner les Palestiniens vivant sous son occupation militaire.

Les responsables israéliens tentent de se soustraire à leur responsabilité en affirmant que l’AP n’a pas encore demandé à Israël de l’aider à se procurer le vaccin et que, selon les accords d’Oslo qui n’ont jamais été totalement mis en œuvre, tous les programmes de vaccination en Cisjordanie devraient être sous la responsabilité de l’AP.

Pourtant, cela ne tient pas compte du fait que l’article 56 de la quatrième Convention de Genève prévoit spécifiquement qu’un occupant a le devoir de veiller « à l’adoption et à l’application des mesures prophylactiques et préventives nécessaires pour combattre la propagation des maladies contagieuses et des épidémies ».

En d’autres termes, le régime israélien a l’obligation légale de se procurer une quantité suffisante de vaccins COVID-19 pour les Palestiniens vivant sous son occupation militaire....

 

 

 

Alors que le monde considère avec admiration le programme accéléré de vaccination d’Israël, il ne doit pas ignorer le tableau dans son ensemble : le fait que le régime israélien refuse de fournir le vaccin aux millions de personnes sur lesquelles il exerce un pouvoir absolu.

L'AUTEUR DE CET ARTICLE

* Yara Hawari est Senior Palestine Policy Fellow d’Al-Shabaka. Elle a obtenu son doctorat en politique du Moyen-Orient à l’Université d’Exeter, où elle a enseigné en premier cycle et est chercheur honoraire. En plus de son travail universitaire axé sur les études autochtones et l’histoire orale, elle est également une commentatrice politique écrivant régulièrement pour divers médias, notamment The Guardian, Foreign Policy et Al Jazeera. Son compte Twitter.

Vous pouvez lire l'article intéral concernant la politique vaccinale d'Israël sur son territoire et celui des territoires qu'il occupe brutalement en vous référanr à INVESTIG'Action de Michel Collon

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