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Publié par YVAN BALCHOY

 
LA MER DU NORD (GEORGES ROODENBACH)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce n’est pas la mer bleue où se mire et se mêle

Le beau ciel du Midi toujours d’azur comme elle

Que je veux chanter dans mes vers;

La mer où les bateaux voguent comme des cygnes,

Où les bords sont ourlés d’oliviers et de vignes

Et de larges pins toujours verts!

Ce n’est pas l’Océan aux falaises massives

Où le troupeau hurlant des vagues convulsives

Est battu sans cesse et broyé,

L’Océan qu’on prendrait pour un grand cimetière

Car de loin chaque flot semble un tombeau de pierre

Qui recouvre un marin noyé!

Non! c’est la mer du Nord, la mer brumeuse et glauque

Qui berce avec sa voix exaspérée et rauque

Ses bruns enfants, les matelots;

La mer du Nord qui vient en chantant vers la Flandre

Pour la baiser, comme un amant fougueux et tendre,

Avec les lèvres de ses flots.

C’est elle que je veux chanter: ses dunes blondes,

Ses mouettes formant sur les vagues profondes

Un archipel de blancs îlots;

Et ses barques de pêche inclinant leurs voilures,

Et ses baigneurs joyeux mêlant leurs chevelures

Aux longues crinières des flots!

C’est elle! c’est la mer du Nord! la soeur jumelle

De la terre de Flandre, indomptable comme elle;

Sur leur double horizon mouvant -

Dès que la nuit s’enfuit dans son manteau d’étoiles -

La barque et le moulin livrent tous deux leurs voiles

Au souffle impétueux du vent.

C’est sa côte étalant dans les brumes dormantes

Tant de hameaux coquets et de villes charmantes,

Fraîches oasis de la mer, Ostende, Blankenberghe, Heyst, Nieuport et La Panne

Où tous mes souvenirs s’en vont en caravane

Pendant les tristes mois d’hiver!

C’est devant cette mer où se mire un ciel terne

Que je peindrai la vie élégante et moderne

S’étalant au seuil des villas

Où les femmes debout sous les dômes de verre

Montrent leurs blancs profils, comme au fond d’une serre De très pâles camélias.

Tout ce monde pimpant, poudré, rieur, prodigue,

Le matin sur la plage et le soir sur la digue

Viendra s’ébattre au bord de l’eau; Il papillonnera, ce monde tout en joie

Drapé dans le satin, la dentelle et la soie

Comme des bergers de Watteau.

http://www.poesies.net/georgesrodenbachlamerelegante.txt

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