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Publié par YVAN BALCHOY

08-10-20- MARX ET LE NATIONALISME

 

 

Selon Marx1 la nation moderne est un ensemble complexe de traditions historiques, de particularités technologiques; enfin, bien que très secondaires, des facteurs géographiques, climatiques ou linguistiques sont impliqués dans sa constitution. La nation moderne est un fait réel, et non une fantaisie. Le système capitaliste peut bien tendre à l'universalisation de son mode de production et amoindrir par là même la solidité des barrières entre nations, si le chauvinisme est condamné, les diversités nationales n'en subsistent pas moins. Le mouvement socialiste respectera ces diverses particularités nationales. Plus même, en éliminant le pouvoir central, il leur conférera un sens nouveau, un sens vrai. Ainsi, la Commune de Paris ne brise pas l'unité de la nation : elle représente "tous les éléments sains de la société française", elle est "par conséquent, le véritable gouvernement national". Sur son territoire les vieilles discriminations de nationalités sont abolies. Une nation socialiste émergeait.... D'une façon générale, Marx basa sur des critères purement empiriques son appréciation des mouvements ayant pour objectif l'établissement d'un état national. Tout progrès éventuel de la société présuppose des fondations matérielles et seule l'industrialisation peut les créer. Une production à grande échelle, un bouleversement des anciennes structures féodales, artisanales, une transformation des mentalités encore archaïques sont des conditions du socialisme. Aussi Marx considéra que chaque nation devait avoir l'étendue de territoire, les ressources naturelles et les moyens de communication nécessaires à lui assurer une forte capacité industrielle. Et peu importait, dès lors, que le régime au pouvoir fut la démocratie ou le despotisme prussien, puisque ce dernier était historiquement condamné. La nation, produit de l'histoire, doit être transformée par l'histoire. L'attitude de Marx sur cette question ne peut pas être ramenée à un système donné une fois pour toutes. Elle varia considérablement selon les circonstances. Compte tenu de cette restriction, la position de Marx lors de la guerre des duchés, qui mit aux prises le Danemark et la confédération germanique, peut passer pour assez typique. Marx tenait en effet, que les petits états devaient se fondre ou être démantelés au profit d'entités nationales plus viables et, virtuellement, plus progressives. Aussi il put écrire : " On sait que la capitale effective du Danemark est Hambourg et non Copenhague .... Le droit par lequel les Français ont pris les Flandres, l'Alsace et la Lorraine et qui, tôt ou tard, leur fera prendre la Belgique, est aussi le droit par lequel l'Allemagne prend le Schleswig: le droit de la civilisation sur la barbarie, du progrès sur la stagnation. Et même si les traités étaient pour le Danemark, ce qui est encore très douteux, ce droit vaudrait plus que tous les traités car c'est le droit du développement historique. La guerre que nous conduisons au Danemark est une guerre révolutionnaire réelle2. Le "scandinavisme" était la doctrine réactionnaire des féodaux danois, leur gouvernement jouissait de l'appui des puissances les plus contre-révolutionnaires, l'Angleterre, la Russie et la Prusse, qui ne menait la guerre qu'en apparence. Seule une guerre résolue pouvait achever l'unification nationale et relancer le mouvement révolutionnaire en Allemagne. Et Marx s'exclamait: "l'honneur de l'Allemagne est en de mauvaises mains."3 Du strict point de vue de l'objectivité historique ces lignes, et tant d'autres, sont en partie justifiées, au moins dans leur fond. Tant que Marx et ses quelques compagnons (en commun avec la plupart des radicaux et libéraux d'Allemagne) furent les théoriciens d'un prolétariat encore inexistant historiquement, ces déclarations n'eurent guère d'effets. La bourgeoisie radicale, au nom de laquelle elles étaient lancées, s'en souciait peu, fort occupée à aménager sa situation qu'elle était. Mais lorsque l'lnternationale se scinda en sections nationales, organisées en partis politiques, elles devinrent au nom de la science, de la civilisation et du progrès, la justification a priori des pires aberrations social-impérialistes et de l'asservissement du prolétariat aux idéologies dominantes. Le "droit" d'une nation donnée proclamera toujours que le droit des nations rivales est réactionnaire et que Dieu, la raison et l'histoire s'accordent à magnifier son entreprise. Mais revenons à Marx. L'Europe occidentale et les nordistes américains paraissaient la base du développement des forces productives dans le monde. Aussi Marx appuya sa politique, en formula les revendications les plus avancées, dans la mesure où elle s'efforçait d'introduire la nouvelle civilisation. La guerre de Crimée qui devait dans son esprit porter un coup fatal à l'isolationnisme et au despotisme monstrueux des tzars - omniprésent dans "tous les cabinets d'Europe"- n'eut pas de soutien plus acharné ni plus critique. Marx prôna longtemps une guerre sainte contre la Russie. La guerre franco-allemande devait conduire à 1 On trouvera un exposé complet ainsi qu'une interprétation sérieuse des implications nationales dans l'oeuvre de Marx chez Solomon BLOOM, A world of nations, New York, 1941. 2Article de la Neue Rheinische Zeitung, reproduit dans Marx-Engels Gesamt Ausgabe (M E G A) I,7 351-355. 3 Id. l'unification de l'Allemagne, et de plus c'était une guerre de défense: elle eût son approbation. Marx n'appréciait pas, du moins en général, la question nationale du point de vue d'une classe ou d'une autre. Au reste la faiblesse de la classe prolétarienne lui interdisait de faire triompher immédiatement ses intérêts propres: celle-ci devait suivre la filière de la révolution permanente. La perspective, dans la question nationale, devait s'établir à partir du point de vue des forces productives et de leur développement comme base d'une évolution inéluctable de l'ensemble du système vers le socialisme.

http://vivelasociale.org/revue-la-question-sociale/html/archives/AR_marx.pdf

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