Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Archives

Publié par YVAN BALCHOY

La Chine, Hong Kong et les syndicats.

Le Parlement Chinois et le Comité Permanent de l’Assemblée Nationale Populaire (ANP) de Chine viennent de voter une loi sur la sécurité nationale, celle-ci est facilement consultable . Elle complète le Statut spécial qui régit Hong Kong depuis 1997.
Cette décision a immédiatement entraîné un concert de protestations. La charge a été sonnée par les Etats-Unis, qui ont été suivis immédiatement par les gouvernements occidentaux et l’Union Européenne avec la mobilisation habituelle des médias. On a accusé tour à tour Pékin « de vouloir absorber Hong Kong (sic) » : « Pékin impose au forceps la loi sur la sécurité nationale », « Pékin prend en mains la sécurité de Hong Kong. ».

A travers cette indignation générale et hypocrite on a aussi trouvé des fondations comme celle de « l’Open Society » de Georges Soros, le « National Endowment for Democracy »(NED), l’« Open Technology Fund » (OTF) , « Freedom House », ou des ONG comme le « Center for Applied Non Violent Action and Stategies » (CANVAS) de Srdja Popovic, le fondateur « d’OTPOR » qui conseille Joshua Wong le jeune leader séparatiste de Hong Kong ainsi que le « Occupy Central with Love and Peace » (OCLP) organisation initiatrice du « mouvement des parapluies ».Le syndicalisme international, par la « Confédération Syndicale Internationale (CSI) » n’a pas voulu être en reste. Elle s’est également engagée dans cette nouvelle campagne de diabolisation de la Chine. La CSI est connue pour n’avoir rien à dire contre les millions de licenciements actuels, contre la progression exponentielle « de la faim dans le monde » , contre l’abime des inégalités et l’enrichissement obscène des plus fortunés, contre le racisme et les violences aux USA, ou contre l’annexion des territoires palestiniens par le régime criminel Israélien. Non ! Elle est indignée de voir la Chine exercer un droit inaliénable, celui de faire respecter sa souveraineté. Sans doute la CSI est-elle nostalgique de l’époque des « Concessions » étrangères quand celles-ci imposaient leurs conditions à la Chine.

Dans cet attelage anti-chinois figure aussi la CGT. Cela n’est pas totalement une surprise ! Son attitude à l’égard de la Chine est en conformité avec une orientation dont trop de syndicats et militants CGT sous-estiment encore le changement ! Ainsi, depuis 20 ans, la direction confédérale a pris pour habitude d’adhérer sans nuances aux pires caricatures au sujet de la Chine. Elle a abandonné son programme de coopération avec la Fédération des Syndicats de Chine, encouragé la création de pseudo syndicats en Chine, et fait des manifestations à Hong Kong un sujet de prédilection. On peut même se poser la question de savoir si à travers ce qui relève d’une idée fixe, elle ne tente pas une réécriture de sa propre histoire en forme d’exorcisme. Car la CGT, il y a bien longtemps a compté dans ses rangs des militants et hommes d’Etat chinois aussi prestigieux que Zhou Enlai, Deng Xiaoping, Chen Yi, Cai Hesen , et beaucoup d’autres du « Mouvement Travail-Etudes » dans les années de 1912 à 1927. Certes, il s’agissait alors de la CGT Unitaire , opposée à la majorité réformiste de la CGT dirigée par Léon Jouhaux, ce chaud partisan de « l’union sacrée », à la veille de la première guerre mondiale.

Dans son récent communiqué au sujet des décisions du Parlement Chinois sur Hong Kong, la déclaration de la CGT procède par raccourcis en s’appuyant sur aucun fait précis. Visiblement, dans sa précipitation, le département international de la CGT n’a pas pris la précaution ni le temps de consulter le texte officiel de cette loi spécifique à Hong Kong. Il convient donc de clarifier plusieurs points et de replacer les choses dans leur contexte.

1- Ainsi contrairement a ce qui est affirmé, la présente loi ne met pas un terme aux précédentes, du fait même qu’aucune législation sur la sécurité à Hong Kong n’existait avant celle-ci. C’était d’ailleurs là, le problème comme on va le voir plus loin.

2- La loi réaffirme d’emblée le respect des principes des droits humains, le droit de réunion, de manifestation, d’expression, de publication. Elle rappelle le principe de présomption d’innocence. fonctionnement échoit au territoire...

3- La loi n’évoque à aucun moment le respect du droit syndical qui est garanti à Hong Kong y compris le pluralisme syndical puisque il existe plusieurs confédérations d’orientations bien différentes....

4 - Il est tout aussi inexact de prétendre que la nouvelle loi mettrait un terme à 49 conventions de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) dont 6 fondamentales que Hong Kong avait ratifié. La loi dont ce n’est pas l’objet n’évoque jamais le droit du travail et encore moins l’action de l’OIT qui d’ailleurs ne s’est pas exprimé sur ce sujet....

5 - Qu’en est-il des 370 arrestations de militants menacés de peine « de prison à vie » selon le département international de la CGT ? Celles-ci sont en réalité moins de la moitié selon les agences de presse et n’ont donné lieu à aucune suite de quelque nature que ce soit. En fait, elles sont le résultat d’une manifestation d’un millier d’étudiants. Il est vrai que ces interpellations par la police ne sont pas plus acceptables à Hong Kong, qu’à Paris ou ailleurs. Toutefois, il faut rappeler au mouvement syndical en France qu’il n’a pas jugé bon de condamner les violences, les incarcérations, les peines de prison ferme dont les gilets jaunes ont été les victimes. ...

6 -En fait, le problème est que la CSI, la CFDT et la CGT semblent contester, mais sans le dire directement, le droit de la Chine à faire respecter son intégrité, son unité et à mettre un terme aux ingérences étrangères. Plutôt, que d’interpeller les autorités chinoises ou solliciter l’avis des syndicats du pays concerné, la CGT sans peur du ridicule, préfère s’en remettre à Macron et son gouvernement qu’elle interpelle « pour faire respecter à Hong Kong les droits fondamentaux ». Sur ce plan en effet et sans ironie, il est difficile de contester l’expertise du locataire de l’Elysée.

7 - L’outrance de certaines déclarations syndicales peut laisser entendre que Hong Kong ne serait pas la Chine. Ce qui logiquement reviendrait à admettre que cela pourrait être aussi le cas du Tibet, de la région autonome Ouïghours du Xinjiang de Taïwan et pourquoi pas pendant qu’on y est de la légitimité du système et du pouvoir politique dans la République Populaire de Chine depuis 1949.

8 - Pourtant, Hong Kong a été très officiellement rétrocédé à la Chine Populaire en 1997. Elle est devenue une région administrative disposant d’un statut particulier jusqu’en 2048. Ainsi, partie intégrante du territoire chinois, elle bénéficie d’un protocole original mais provisoire qui permet un fonctionnement selon la formule « un pays deux systèmes »....

Mais au fond, qu’en est-il des institutions à Hong Kong ?

Depuis 1997, la transition s’est accompagnée d’un fonctionnement original puisque le chef de l’exécutif de Hong Kong précédemment désigné comme « Gouverneur » par Londres est dorénavant proposé par l’Assemblée Nationale Populaire Chinoise.

Pendant plus d’un siècle et demi et jusqu’en 1997, les colons britanniques ont régné sur Hong Kong, il n’y avait pas d’élections et cela ne posait aucun problème aux puissances occidentales. En fait, la Chine a introduit un système autrement plus démocratique et là, soudainement, ceci est devenu une mise en cause caractérisé des droits de l’homme...

A partir de1998, le Conseil législatif sorte de Parlement a été élu, « le Legco ». Il l’est pour moitié par la population et pour l’autre à travers une désignation des représentants des corporations professionnelles locales.

Cette loi sur la sécurité interdit la sécession, la subversion, le terrorisme et la collusion avec une puissance étrangère ou des éléments extérieurs, toutes choses mettant en cause la souveraineté nationale. Or, Hong Kong n’est pas une lointaine dépendance de la Chine appelée à le devenir ou au statut contesté, c’est la Chine, y compris dans sa continuité géographique ! Cette prérogative du parlement Chinois est par conséquent conforme au droit international. Elle est imprescriptible et régit le statut, les droits et devoirs de tous les membres des Nations Unies sans aucune exception. Il en va de même du fonctionnement de l’Assemblée générale de l’ONU ou chaque Etat compte pour un. Hong Kong, faut-il le rappeler n’est pas membre de l’ONU.

Chaque Etat a le pouvoir de se donner les moyens de défendre sa souveraineté dans le cadre de frontières reconnues. C’est évidemment très différent de la conception « élastique » qu’ont les Etats-Unis et Israël qui déterminent leur sécurité nationale en empiétant ou en s’accaparant unilatéralement le territoire de leurs voisins comme en le voit en Cisjordanie, au Liban ou en Syrie, voire beaucoup plus loin encore, quand Washington le réaffirme selon l’ancienne doctrine Monroe à l’égard de l’Amérique Latine. C’est notamment le cas pour Cuba et le Venezuela, ou encore pour des pays dont la plupart des Américains auraient sans doute du mal à les situer sur une carte de géographie comme l’Afghanistan, la Syrie, l’Iran, la Corée, voir l’Europe de l’Est ou les Pays Baltes.

Il faut donc et comme toujours replacer les choses dans leur contexte réel et ne pas laisser faire l’imagination ou la paresse....

La colonisation de Hong Kong était pour l’Empire Britannique un enjeu de première importance. Elle a duré 150 ans. Elle permettait une présence économique, militaire et géopolitique dans une région décisive. Par ailleurs, le marché de l’opium dont elle détenait le monopole était pour Londres une source de revenus non négligeable. Dans une moindre mesure cela était aussi le cas de Macao, pour le Portugal. Aujourd’hui on trouve à Hong Kong 1350 multinationales US qui ont leurs bureaux et 85 000 citoyens Américains y vivent, ainsi que 34 000 britanniques et 300 000 canadiens. .

Ce qui était vrai hier, l’est tout autant aujourd’hui. Hong Kong permet un accès direct à la Chine et demeure un objet de convoitise. Le port de Hong Kong est devenu avec le temps, l’un des premiers au monde pour le trafic des containers et des pétroliers. A l’extrémité de la rivière des Perles (Zhu Jiang), le territoire est un site particulièrement favorable, véritable porte d’entrée de la Chine . Les caractéristiques stratégiques de Hong Kong sont devenues pour Washington des préoccupations essentielles et ne sont pas étrangères à l’hégémonie que les Etats-Unis entendent exercer dans cette partie du monde à travers une conflictualité permanente avec la Chine et la Russie.

Le « National Defense Strategy Plan » qui constitue une bible pour le Pentagone et le Département d’Etat considère en effet « l’Asie du Sud Est » comme décisive pour le maintien de la suprématie mondiale US. Barak Obama en avait fait une priorité avec son « Pivot to Asia ». « Si nous ne fixons pas les règles, la Chine les fixera » avait-il proclamé. Avec Donald Trump, les néoconservateurs ont poursuivi cette politique. Dans le contexte de crise systémique du capitalisme marquée par le déclin US illustré entre autre par l’épidémie de Covid19 et l’explosion du chômage, il ne fait guère de doute que cette préoccupation est devenue obsessionnelle. Dans un avenir proche, et sans doute, de manière plus agressive encore « Sleepy » Joe Biden, s’il est élu président ne dérogera pas de cette orientation y compris avec en prime les risques d’une confrontation nucléaire. Cette perspective n’est d’ailleurs pas sans inquiéter la Chine et d’autres pays de la région comme la Corée du Nord et du Sud ou les Philippines. Xi Jinping a appelé les forces armées chinoises à réfléchir aux pires scénarios. Dans le même temps l’Australie a décidé d’accroitre nettement son budget de défense. Aux Etats-Unis le secteur militaro-industriel est en expansion avec y compris d’importants investissements et même des créations d’emplois pour assurer la modernisation des équipements militaires en particulier la force nucléaire.

C’est pourquoi depuis 1997 l’impérialisme n’a pas ménagé les moyens de pressions pour utiliser, manipuler, influencer, financer les forces politiques, sociales et économiques locales hostiles à la rétrocession de Hong Kong à la Chine. Ces tentatives incessantes de déstabilisation ont été imagées par l’hyper médiatisation du « mouvement des parapluies » tout comme la survalorisation des dirigeants séparatistes qu’ils soient étudiants comme Joshua Wong, ou syndicaliste comme Lee Cheuk Yan secrétaire général de la HKCTU ou multi milliardaire comme celui de l’industrie médiatique Jimmy Lai surnommé le Ruppert Murdoch de Hong Kong. Tous sont présentés comme imaginatifs, intelligents, courageux, créatifs, attachés au modèle de vie occidental, à l’économie de marché et à la démocratie mais surtout farouchement hostileS au Parti Communiste Chinois. Bref, on nous rejoue David contre Goliath.

Tous, bénéficient du soutien politique et financier de la Grande Bretagne et des Etats-Unis comme de leurs nombreuses fondations. Les réseaux sociaux, les lobbies, la presse internationale, les commentateurs et les « experts » assurent leur notoriété. Chaque manifestation à Hong Kong bénéficie d’une couverture médiatique enthousiaste au point de rendre compte en temps réel et à travers le monde par des déclarations et des reportages, qui font pâlir d’envie tous ceux dont les luttes sont maintenues sous l’éteignoir. Deux poids et deux mesures, là aussi. On assiste par ailleurs, à un feu roulant d’annonces plus spectaculaires les unes que les autres. Ainsi, dans le cas de Londres, le premier ministre Boris Johnson a récemment proposé d’offrir des passeports britanniques aux 7,5 millions d’habitants de la presqu’île qui le souhaiteraient « au nom du maintien des profonds liens d’histoire et d’amitié avec le peuple de Hong Kong » sans semble-t-il mesurer l’impact que cela pourrait avoir s’il devait passer à l’acte. Cette provocation typiquement « colonialiste » a fait l’objet d’une riposte ferme de la Chine qui a dénoncé un exemple flagrant d’ingérence.

Si vous voulez lire l'article intégral, référez-vous au site du Grand SOIR

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article