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Publié par YVAN BALCHOY

 

Alison Rosamund Katz
Pour une fois, tout le monde est d’accord. Les systèmes de santé intégrés, équitables et accessibles à tous et toutes représentent le seul moyen pour lutter efficacement contre le Covid 19.

C’est précisément la solution que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) préconisait à ses Etats membres lors de la Conférence internationale sur les soins de santé primaires,[1] organisée en 1978 à Alma Ata, dans l’ex-Union Soviétique.

Si le magnifique projet de justice sociale de l’OMS avait été soutenu, tous les pays du monde aujourd’hui seraient bien équipés pour faire face à la crise sanitaire actuelle ainsi qu’à leurs problèmes sanitaires quotidiens. Mais le projet des soins de santé primaires n’a pas été appuyé. Au contraire, au bout de quelques années, les piliers de ce projet – la justice sociale et économique – ont plus ou moins été détruits et le projet a été démantelé progressivement pendant la décennie qui suivit.

Des Etats membres puissants de l’OMS, leurs sociétés transnationales et les institutions financières internationales ont largement contribué à bloquer le développement et le maintien des systèmes sanitaires équitables dans les pays pauvres et ils ont aussi contribué à l’affaiblissement et au démantèlement des services sanitaires des pays riches. Ils auront bien des comptes à rendre ces prochains mois.

Les soins de santé primaire représentent encore et toujours la solution mais les diverses tentatives de l’OMS pour relancer ce projet ont rencontré une résistance féroce de la part des intérêts privés. Il n’a jamais été aussi important pour les citoyen-ne-s de soutenir et de se réapproprier le mandat constitutionnel de l’OMS qui est un mandat de justice sociale, en se rappelant que l’OMS – pour le meilleur et pour le pire – demeure l’autorité sanitaire des peuples.

La justice sociale en matière de santé : une menace pour les nations puissantes et les intérêts privés

La Déclaration d’Alma Ata en 1978[2] à la Conférence sur les soins de santé primaires (SSP), était un projet révolutionnaire de justice sociale dont le slogan était La Santé pour Tous en l’an 2000[3]. Le projet identifiait la pauvreté et l’inégalité comme déterminants majeurs des maladies et des morts prématurées et évitables (qu’elles soient épidémiques ou endémiques).

La Conférence d’Alma Ata se tient à la fin des Trente Glorieuses (1945-1975) – 30 années de progrès vers un monde un plus un peu plus juste et équitable, et donc plus sain. Ce fut également l’ère de la décolonisation ; la nécessité d’une redistribution du pouvoir et des richesses était largement reconnue, y compris le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et à contrôler leurs ressources naturelles. A cette époque, l’engagement pour des services sanitaires publics et universels pour subvenir aux besoins sanitaires de base était sincère.

La Santé pour Tous était fondée sur le Nouvel ordre international économique proposé par le Groupe des 77[4] et pour cette raison, elle représentait une menace significative à l’ordre existant. Au bout de deux ans, le projet fut réduit à quatre interventions prioritaires et toute mention de justice sociale fut rayée.

Depuis, sous pression des Etats membres riches, l’OMS s’est progressivement écartée de son mandat de santé publique au sens large, de développement, d’équité et de systèmes sanitaires durables pour se diriger vers des approches biomédicales, verticales et de visée à court terme.

En gros, cela implique de ne tenir aucun compte des causes profondes (les conditions de vie misérables) et se consacrer aux solutions technologiques de court terme, de négliger la prévention des maladies et la promotion de la santé en faveur des traitements (invariablement, pharmaceutiques) ; et passer sous silence le fait que tous les pays riches avaient amélioré la santé de leurs populations de manière significative en s’attaquant aux conditions de vie misérables et par la mise en œuvre des travaux publiques et l’adoption des mesures sanitaires.

Qu’est-ce qu’un système de santé fonctionnel ?

Il est important de noter que les soins de santé primaires ne se résument pas à un niveau de service sanitaire. Il s’agit d’un système intégré et multisectoriel, dans lequel les Etats (et non le secteur privé ou les philanthrocapitalistes) détiennent la responsabilité première envers les citoyens de fournir des conditions essentielles pour la santé, c’est-à-dire, la nourriture, de l’eau, des systèmes sanitaires, l’éducation, le logement, un travail décent, un environnement sain et bien sûr des services de santé de base.

Des décennies d’expérience et de recherche en santé publique ont montré la nécessité de systèmes de santé financés publiquement avec la plupart des services fournis par des institutions publiques, si, en tout cas, l’objectif est d’établir et de maintenir des systèmes de santé intégrés, équitables et accessibles. L’accessibilité exige en plus que les services de soins de santé soient gratuits. Ceci est particulièrement important pendant une crise, telle qu’une épidémie de maladie infectieuse.

Un système de santé qui fonctionne correctement et dans la durée, requiert des Etats souverains et solvables – un fait qui était pleinement reconnu en 1978 d’où l’importance accordée au Nouvel ordre économique international. Bref, aucun pays dont l’économie nationale est étranglée par la dette, les règles de commerce injustes, le pillage continuel de ses ressources naturelles et qui est déstabilisé par des flux financiers incontrôlés, des prix de denrées fluctuants et l’ingérence dans les affaires relevant de la souveraineté nationale, ne peut développer et maintenir un système de santé qui fonctionne correctement[5]. Ce sont des Etats souverains et solvables qui vont réaliser la Santé pour Tous, non l’aide internationale, qui fait partie intégrante de l’architecture financière mondiale.

Etant donné la référence explicite à la justice économique internationale, il était peu probable que le projet des SSP allait recevoir l’approbation de l’élite mondiale.

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