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Publié par YVAN BALCHOY

MA DAME DE STOCKHOLM

Centre de Stockholm, 1956, le 25  juin, 20 heures je viens de quitter la petite maison cossue de mon hôtesse, une délicieuse vieille dame, habitant un quartier assez central à 10 minutes en tram du centre de la ville et de la gare où matin et soir je m’en vais manger un hamburger-purée, seul plat à la portée de ma bourse.

Je lui ai demandé, ce soir, la clé de sa maison, car désireux de vivre cette nuit au rythme de la Saint Jean, je ne compte pas regagner mon lit avant quatre ou cinq heures du matin.

La soirée est radieuse, lumineuse comme elle l’est seulement dans les pays nordiques à cette époque de l’année. J’ai bien étudié ma carte. Le parc aux « églises en bois » où paraît-il, règne cette nuit une atmosphère de fête populaire est à une bonne demi-heure à pied et j’ai envie de passer ma soirée ou plutôt ma nuit proche du cercle polaire en piéton.

Cette merveilleuse ville, qui, sous tant d’égards, me rappelle la Bruges de mon enfance, en bien plus capitale bien sûr, me semble très gaie ce soir, si je me fie aux mines réjouies des passants que je rencontre et qui, sans nécessairement se connaître, se saluent à haute voix.

Au bout d’une petite rue, bordée de maisons traditionnelles, voici brusquement une vieille porte de pierre qui donne accès à un parc bien vert via une vieille chaussée longée de réverbères très stylés mais totalement inutiles à cette heure.

 

 Je m’engage dans une route empierrée qui  me mène vers le sommet d’une colline boisée dont elle fait plusieurs fois le tour. Quelques rares maisons çà et là, quelques-unes sont des bars campagnards. Je m’attarde à la terrasse rustique d’une sorte de baraque, très ancienne sûrement, où l’on me sert un jus d’orange bien frais. A la table voisine, trois jeunes filles, manifestement suédoises, rient beaucoup mais je ne comprends rien du tout de leur conversation alerte et joyeuse. L’une d’elles me sourit et me pose une question à laquelle, bien entendu, je ne comprends rien du tout. Je lui réponds, avec mes mains qui esquissent mon impossibilité, tandis que ma bouche reste muette. Elle me répond «Are You English, je bafouille « Belgium » et toutes trois s’esclaffent de rire en se levant pour poursuivre leur route avec un « Good evening" sympa ».

Quelques instants plus tard, je poursuis ma route en m’engageant dans des sentiers plus étroits qui me conduisent bien vite à une vieille église, chapelle plutôt  dont les murs noircis en bois portent clairement les stigmates d’un âge séculaire. Je cherche à y entrer mais elle est fermée. A travers un mini-vitrail je distingue à travers la porte un intérieur qui me fait un peu penser à l’église de Foy-Notre-Dame près de ma ville natale de Dinant.

 

J’arrive finalement à un panorama. d’où  jaillit une grande partie de l’agglomération avec au fond le gris-vert encore étincelant à 22 heures de la mer à l’horizon qui rime avec les clochers de quelques églises au dôme cuivré dispersées dans la ville.

 Je prends quelques photos puis avisant un quadruple poteau, je découvre qu’à environ cinq cent mètres se trouve un « Museum ». Peut-être sera-t-il ouvert ? J’emprunte le chemin un peu plus large qui y conduit.

Je  côtoie à chaque instant des groupes joyeux qui parfois chantent joyeusement des rengaines populaires et souvent me saluent familièrement, chose très étonnante car, dans cette ville, il ne me semble pas qu’on ne salue pas  facilement les inconnus.

 

Voici déjà un bâtiment presqu’aussi ancien que l’église de tout à l’heure. Au-dessus de la porte assez large du bâtiment, une plaque, en cuivre presque vert, porte le mot Museum et cette fois il semble que la visite soit possible.

Merveilleux, l'entrée est gratuite ce soir. J'entre bien vite dans la première salle vide comme un œuf. C'est vrai que les vieilles poteries qui y sont présentées offrent peu d'intérêt.

Dans la salle qui suit, sombre et aussi vieillotte que son surveillant assoupi, une vieille dame examine longuement un arc à flèches couvert de peaux de renne, rien qui vaille le détour. Je commence à m'impatienter et pense à  chercher la sortie quand la salle suivante me fait changer d'avis.

 

 

Légèrement allongée sur une chaise longue une jeune fille en marbre blanc mi- assise, mi couchée,  le buste magnifique,  les jambes écartées laisse admirer la plasticité de sa splendide féminité au centre de la salle

 A 50 cm de cette beauté admirablement ciselée, une banquette confortable permet de l'admirer du plus près. Je suis tout seul, je n'hésite pas à m'y assoir pour mieux me rapprocher de cette belle qui s’offre sans réserve.

Je n’en peux plus d’admirer ses courbes parfaites, de détailler l'équilibre souriant de son visage d’où se dégage un sourire malicieux.

 Que dire par ailleurs de sa poitrine généreuse d’où jaillissent les deux globes de ses seins qu’on jurerait de chair tant l’artiste les a sculptés avec grâce.

C’est un peu plus gêné que mes yeux se portent sur la moitié inférieure de son corps, ventre plat, nombril ciselé comme un bijou, son sexe enfin, dont les vagues ondulées de la toison recouvrent généreusement ses pétales fleuries.

Il ne doit pas être loin de minuit et je commence à ressentir la fatigue d’une journée de découvertes d’une grande capitale. La tentation est trop forte, j’avance une main et je le dépose doucement sur le sein droit ; évidement le toucher n’est pas accordé à l’attente des yeux éblouis

Je maintiens doucement mes doigts en m’imaginant caresser le sein d’une très jeune fille et puis je laisse divaguer mon imagination,  conscient d’abord puis peu à peu mélangeant rêve et réalité. 

Combien de temps dura ce va-et-vient entre la femme que je croyais caresser et l’admirable statue qui mimait si bien la vie. Quelques secondes, quelques minutes, qu’importe ?

 

Ce qui est sûr c’est qu’à un moment donné j’eus comme un sursaut en découvrant que ma main s’était déplacée vers mon genou et que la jeune femme n’était plus là devant moi, tandis qu’en même temps quelqu’un s’était assis sur la banquette tout contre moi.

Un léger regard de côté et ce fut le miracle. La jeune beauté, vivante et palpitante, aussi peu habillée que tout à l’heure mais douce et chaude, tout contre moi,  me souriait plus vivante que jamais. Sa chevelure flamboyante tombait gracieusement sur ses épaules aussi blanches que tout à l'heure mais tellement plus vivantes.

 Avant que j’ai pu réagir, à ma stupéfaction, je sentis qu’une main, un bras, très féminins, se saisissaient avec une douceur exquise de ma main puis la posèrent tour à tour sur deux seins aussi joliment arrondis que celui que celui que j’empaumais tout à l’heure mais tellement plus chauds et palpitants.

Ensuite, tout doucement la main de la belle inconnue, toute collée contre moi, s'empara de la mienne et la fit descendre vers son ventre de velours avant de l'enfouir dans une mousse aussi légère que l’écume d’un bain.

Ce contact délicieux secoua alors mon corps tout excité tandis que la main de ma douce voisine la posa ensuite délicatement sur la fleur toute humide, toute vibrante de son sexe et pour la première fois de ma vie  je découvris pleinement le merveilleux de la tendresse féminine.

 

Mais ma belle inconnue nordique n’en resta pas là. Laissant ma paume enchantée à la jouissance exquise que lui inspirait cette bouche verticale qui l’embrassait si fort, elle dégrafa subtilement l’ouverture de mon pantalon et, la glissant avec adresse à travers l’ouverture de mon slip, caressa doucement, tendrement la hampe de mon sexe déjà tout tendu par l’offre délicieuse de sa féminité.

A cet instant, mon cœur pourtant déjà excité s’emballa enflammant mes reins tandis qu’un plaisir fulgurant jaillissait en perles blanches de mon sexe en ébullition.

 

Mais au même moment, mes yeux que je croyais grand ouverts s’ouvrirent sur la statue aussi belle certes mais redevenue si immobile.

 

J’étais toujours seul, sur cette banquette, face à une merveilleuse œuvre d’art en marbre et plus personne n’était assis à côté de moi.

Bref tout ce merveilleux qui m’avait secoué corps et âme semblait s’être totalement évaporé à part une humidité poisseuse au niveau de mes sous-vêtements qui témoignait d’une certaine véracité de mon vécu.

Je contemplai longuement encore cette magique statue qui m’avait procuré une si vive volupté puis, lentement, à regret, je me relevai de cette banquette si accueillante et repris la suite de ma visite.

 

Ne me demandez pas ce que j’ai vu ou plutôt de ce que je n’ai ni vu ni regardé des deux ou trois salles que je parcourus à toute allure pour retrouver l’air libre et pouvoir enfin digérer aussi bien mentalement que physiquement cette merveilleuse expérience.

 

Quand je retrouvai le joli parc vallonné, minuit, sur ma montre était tout proche, il faisait encore merveilleusement clair, le public composé surtout de petits groupes joyeux s’agitait dans toutes les directions en chantant à tue-tête.

Pour ma part, je repris le petit chemin qui débouchait à la droite de la sortie du musée quand je me rendis compte que je n’avais emporté avec moi aucun souvenir matériel de la belle sculpture féminine.

 Revenant en hâte à l’entrée du musée, j’inspectai fébrilement les quelques babioles offertes aux visiteurs. Je ne trouvai hélas qu’une modeste carte postale en noir et blanc de la salle où était exposée mais si menue qu’il était quasiment impossible d’en reconnaître la valeur artistique. Déçu, je la pris tout de même et la glissant  dans une poche intérieure je retournai fébrilement retrouver l’air un peu frais et la lumière encore vive de ce soleil de minuit  pas encore couché.

Un peu plus loin, un banc, vide m’interpella. Je m’y laissé tomber lourdement en tentant de reconstituer instant par instant, bribe par bribe mon incroyable expérience.

En toute logique ce qui m’était arrivé n’était rien d’autre qu’un moment de lassitude suivi d’un court rêve où j’avais cru voir cette femme qui faisait tellement galoper mon imagination et la tension sexuelle qui ne me quittait guère dans la visite de ce pays tellement libertaire au regard du mien, avait fait le reste.

Mais je n’avais pas envie de me résigner au banal de ce raisonnement ;  ce que je venais de vivre était si beau, si exaltant comme la belle suédoise tellement plus vivante, plus attirante, plus féminine que tous ces fades modèles des sex-shops.

Je ressentais encore au ceux de mon ventre les traces, j’avais envie de dire les preuves de la réalité des caresses de cette statue-femme qui venait de m’ouvrir la porte de l’amour.

Peu à peu, ce fut l’espoir, la joie qui prit le dessus.

Je savais à présent que ma solitude intérieure,  ma peur de l’inconnu féminin pouvait disparaître et que demain ne pouvait qu’être mieux qu’hier.

Je repartis ragaillardi, rajeuni, optimisé à l’image de cette fête de la Saint Jean qui électrisait cette grande capitale subjuguée par cette lumière qui gommait presque la nuit.

Minuit était déjà passé depuis belle lurette, le soleil commençait à se coucher mais l’enthousiasme ne déclinait en rien dans les groupes que je rencontrais tout au long des chemins et qui me semblaient de plus en plus excités tout en restant fraternels vis-à-vis de qui les rencontrait. J’en fis plus d’une fois l’expérience. On m’interpellait à haute voix, on me demandait en suédois d’abord, en anglais le plus souvent ensuite, une seule fois en français, comment je me sentais ; Je m’imaginai même un instant, mais mon anglais était trop imparfait pour en être sûr, qu’un groupe de trois jolies filles m’invitait à les suivre pour prendre un verre.

 J’avais une envie folle d’accepter mais, une récidive de bête timidité, me fit décliner l’offre malgré mon envie de trouver les mots et les gestes qu’il fallait.

 

Un peu plus loin,  il devait être pas loin d’une heure, je  me suis assis sur un vieux banc rouillé. Une fille plus désirable que belle, se dirigea vers moi et en anglais me demanda si j’avais une cigarette. A son regard paumé, j’ai ressenti un trouble gênant en moi. Cherchait-elle une Marlborough,  un joint ou un contact tarifé ou non ?  J’avoue que, comme un peu plus tôt, manquant de détermination ou de courage, je me contentai d’un »No cigarette »  pour casser le dialogue naissant. Elle repartit aussitôt, la mine un peu  triste, tandis que je m’en voulais d’avoir trop vite renoncé à cette invite qui aurait pu prolonger dans la réalité l’invitation généreuse que la vie m’avait adressée au musée à travers cette femme artistique.

A ce moment, les réverbères s’allumèrent tous et changèrent radicalement le décor et les couleurs de verdure des arbres et brusquement j’eus faim.  Pas question pour moi de gober un hareng ou un de ces en-cas à base de poissons qu’on offrait à chaque carrefour dans le parc.

Apercevant un couple qui parlait français, je leur demandai s’il n’avait pas trouvé un vrai restaurant quelque part.  Ils me répondirent qu’ils venaient justement de souper dans un établissement où on pouvait manger continental. Voilà qui m’intéressait. C’était au point culminant de la colline voisine et en moins de cinq minutes, sous un ciel à présent étoilé, je me retrouvé à une terrasse plus importante où un garçon en livrée me présenta un menu en suédois et en anglais. En trouvant « french potatoes with hamburger », je n’hésitai plus et choisis ce plat ainsi qu’une bière blonde du pays. De la terrasse, pleine de monde, on avait une vue imprenable sur la ville toute lumineuse et je crois encore aujourd’hui que ce fut le meilleur hamburger de ma vie.

Un café servi avec un verre d’eau surprenant conclut ce délicieux repas étoilé et ayant repris force, je repris mon exploration bien décidé cette fois à accepter toute invitation qui me serait faite, mais il n’en eut plus.

Au moment où je quittais la table, l’horizon rougit faiblement d’abord puis de plus en plus et le disque solaire réapparut deux heures, m’a-t-il semblé après sa disparition.

J’avoue qu’à ce moment précis je me suis mis à frissonner. Ce nouveau jour qui débutait au sortir d’une nuit ultracourte me sembla frisquet et pour la première fois ce soir-là ou ce matin-là je pensai au lit qui m’attendait chez la gentille vieille dame.

Encore une dernière promenade entre les vielles églises moyenâgeuses en bois qui sans doute dataient d’avant le Réforme et les cafés-cabanes ornés de lampions, en côtoyant des groupes un peu plus éméchés et plus joyeux que tout à l’heure et je repris comme à regret, en consultant ma carte, le chemin du retour.

Au sortir du bois, je m’égarai quelque fois, tantôt tout étonné de la beauté de ce quartier que je découvrais un peu fortuitement en ce très petit matin.

Un peu plus loin, en longeant la berge de ce qui m'a semblé un canal,  je retrouvai un peu de l’atmosphère de la Bruges de mon enfance, face à des canards mi- endormis puis je retrouvai mon chemin, la place tout à côté de l’immeuble de ma gentille hôtesse.

Il ne devait pas loin de quatre heures du matin quand j’ouvris sans peine sa porte pimpante. Aucun bruit dans la maison, ma logeuse devait sûrement dormir…

Je montai silencieusement sur la pointe des pieds le petit escalier vieillot qui menait à ma chambre avec son petit lit noyé sous un gros édredon sous lequel il faisait délicieusement chaud.

Je m’endormis aussitôt sans retrouver dans mon sommeil la belle étrangère de mon musée.

En revanche, c’est à elle que j’ai pensé dès mon réveil, je me suis même demandé si je n’allais pas la retrouver dans son écrin de verdure mais non je n’aurais pu y retrouver que déception.

C’est dans la vie réelle que j’avais à trouver demain la femme qui m’avait fait un si joli clin d’œil durant mon bref assoupissement.

Je repris donc, avec curiosité ma visite de Stockholm en ne ressentant plus aucun intérêt, en passant devant les sex-shops si nombreux alors dans la capitale suédoise.

Ma rencontre nocturne n’avais certes pas éteint mon désir de sexualité mais elle avait aiguillonné mon désir de trouver la femme qui pourrait allumer ma vie jusqu’à sa fin.

Voilà pourquoi, même en Belgique, le 25 juin n'est plus jamais un jour comme les autres....

 

 

Yvan Balchoy

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