Le 4 février 2020, le parlement européen a invité une délégation de la droite pro-américaine cubaine afin de définir des actions politiques pour l’Union européenne. Or, aucun autre secteur de la société civile cubaine n’a été invité à l »occasion. Ce choix politique témoigne d’un parti pris que nous dénonçons.

Blocus américain
1. Depuis 1992 la quasi totalité de la communauté internationale réunie aux Nations Unies s’oppose au  blocus imposé par les États-Unis à Cuba. En 2019, 187 états contre 3 (États-Unis, Israël et Brésil) votèrent en faveur de l’abandon du blocus, réaffirmant ainsi le droit à l’autodétermination des peuples et le principe de non- ingérence dans les affaires cubaines. Car l’unique but du blocus est d’écraser Cuba, par « la faim et le désespoir », selon les propres mots de Lester Mallory, sous-secrétaire d’État aux affaires interaméricaines qui initia les sanctions contre Cuba en 1960.
2. Pourquoi le Parlement européen soutient-il cette politique inique en invitant en son sein ces « représentants » de la société civile cubaine, soigneusement sélectionnés parmi la droite la plus réactionnaire et financés par des institutions états-uniennes — la réelle société civile cubaine progressiste ayant été évincée ?

Qui sont les invités du Parlement européen ?
3. La société civile représente des collectifs qui s’organisent et agissent dans l’espace public de manière autonome et indépendante de l’État. La société civile cubaine est active, diversifiée et valorisée, régulièrement consultée dans le cadre de prises de décision d’envergure.

La NED
4. Or, les personnes invitées au Parlement européen ce 4 février 2020 ne sont ni indépendantes ni représentatives de la société civile cubaine. Toutes et tous appartiennent à la droite ultra-conservatrice et réactionnaire. Leurs organisations sont financées par la NED (National Endowment for Democracy), une institution états-unienne dont le premier président affirmait en 1986 au New York Times, avec un cynisme consommé, qu’ il serait terrible, pour les groupes démocratiques dans le monde d’être perçus comme étant financés par la CIA. C’est pourquoi […] la fondation a été créée ». Allen Weinstein, le corédacteur des status de la NED, enfonçait le clou en 1991 en affirmant dans le Washington Post que « la NED a été créée il y a quinze ans pour réaliser publiquement ce que la CIA a fait subrepticement pendant des décennies ».

5. Accepteriez-vous que des organisations politiques financées par les services secrets d’une nation hostile soient les représentantes de la société civile de votre pays ? Car l’aide apportée par les États-Unis à l’opposition cubaine est loin d’être négligeable ; elle s’élève à une vingtaine de millions de dollars chaque année — les financements de la NED étant approuvés par le Congrès, les chiffres peuvent être consultés.
6. Ainsi Manuel Cuesta Morúa peut-il défendre le blocus contre Cuba grâce au département d’État états- unien. De même Rosa Maria Payá profite-t-elle des largesses de la NED via son organisation Cuba Decide.
Grande dénonciatrice de la « dictature » cubaine mais jamais inquiétée ni discriminée pour ses activités, elle fréquente les représentants les plus troubles de l’extrême-droite américaine — la dernière en date étant Jeanine Áñez, la putschiste bolivienne avec laquelle la « défenseuse des droits de l’homme » s’affiche ouvertement.

Contexte électoral aux USA et Brexit Trump, le candidat désespéré
7. Depuis l’élection de Trump, les agressions contre Cuba se sont multipliées. Ces tactiques ne sont cependant pas nouvelles et on peut les faire remonter à l’époque de Dwight D. Eisenhower, il y a soixante ans.
8. Le durcissement récent des sanctions illégales des États-Unis contre Cuba affecte le monde entier. À Cuba il constitue un facteur de détérioration de l’économie provoquant la souffrance de la population. Par ailleurs, le climat de menaces émanant des États-Unis est tel qu’il empêche d’importants secteurs économiques et sociaux de développer des projets commerciaux, de tourisme ou d’échanges culturels.
9. Les entreprises européennes de tourisme présentes à Cuba subissent également les effets de ces lois extraterritoriales et illégales — menaces et sanctions qui sont soutenues par les invités de cet événement au Parlement européen, dont on sait qu’ils travaillent pour Washington et qu’ils sont directement financés par les États-Unis.
10. Dans la perspective de sa réélection, Trump multiplie les attaques tous azimut, ce qui lui permet de s’afficher comme un puissant dirigeant mondial. Afin d’équilibrer son bilan international défavorable il rêve de faire plier la révolution cubaine en asphyxiant son économie et en recyclant l’opposition cubaine discréditée.
Pourtant, comme les onze présidents qui l’ont précédé, il quittera la Maison Blanche sans arriver à soumettre le peuple cubain.
Brexit et crise
11. La sortie des Britanniques de l’Union européenne constitue un problème important pour la construction d’un super-État européen. Il suffit de lire la presse pour s’en convaincre.
12. À la crise économique, qui a liquidé une grande partie du tissu industriel et économique, s’ajoute le mal- être de la population dû à la politique économique néolibérale qui fait reposer le poids de la crise sur le dos des  travailleurs. Il s’en suit une diminution constante des droits économiques et sociaux, que ce soit au niveau des pensions, de la santé, etc. En tant que citoyen européen nous pensons que les 16 millions de chômeurs et les 87 millions de pauvres de l’Union européenne devraient constituer la priorité de nos représentants.
13. Les problèmes européens en sont-ils pas suffisamment importants ? Le Parlement européen a-t-il réellement besoin de s’immicer dans les affaires internes d’un pays situé à 7 800 km d’ici ?

Nos souhaits : coopération, dialogue, respect
14. La politique des États-Unis vis-à-vis de Cuba peut se résumer à un objectif unique : la destruction de son indépendance. Depuis 1823, la Doctrine Monroe élaborée par les États-Unis fait de l’Amérique latine sa zone d’influence, et cela au prix de nombreuses invasions, coups d’État, guerres et sabotages.
15. Aujourd’hui, on peut parler de la Doctrine Trump, consistant à affamer les pays indépendants et à les soumettre, sous contrainte de la menace et du chantage. Mais on a la mémoire courte à Washington et on oublie que depuis José Martí les Cubains ne connaissent pas le mot « soumission ».
16. En réalité, rien n’oblige l’Union européenne à mettre ses pas dans ceux de Trump. Elle peut cultiver ses propres relations avec Cuba, dont les axes centraux pourraient être la coopération, dans laquelle les deux parties sont bénéficiaires, le dialogue entre des interlocuteurs égaux et le respect car le chantage et la pression n’ont produit aucun effet jusquà présent et ne fonctionnent pas avec les Cubains.
17. Cuba est un pays digne avec une forte préoccupation sociale. Parmi les millions d’enfants dans le monde qui dorment dans la rue on en compte aucun Cubain. Malgré les grandes difficultés que connaît le pays, l’Unesco reconnaît un taux d’alphabétisation de 99,75 % à Cuba, tandis qu’à Bruxelles, capitale de l’Union européenne, un adulte sur dix est analphabète, sans compter les nombreux élèves dont le niveau de lecture est insuffisant ainsi que les personnes sans papiers ou sans nationalité belge.
18. Dans notre monde contemporain il importe de mieux respecter le droit international plutôt que les lois extraterritoriales. Nous avons besoin de plus de coopération et de dialogue — pas de sanctions et de blocus.
19. Se soumettre à l’agenda de Trump, c’est œuvrer contre la paix internationale et les intérêts propres de l’Union européenne.