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Publié par YVAN BALCHOY

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La mort vue d’en bas dans le pays le plus bombardé du monde

Les États-Unis ont largué 270 millions de bombes sur le Laos pendant la guerre du Vietnam. Plus de 40 ans plus tard, les appareils continuent de tuer des gens.

Je me trouve dans une rizière du nord du Laos, à quelques kilomètres de la grande ville la plus proche, Phonsavan. C’est tôt le matin mais il fait déjà chaud. À midi, il fera plus de 32 degrés et près de 40 degrés dans la capitale, Vientiane.

J’ai suivi un homme appelé Mark Whiteside dans ce champ. On m’a dit de ne pas m’éloigner, de rester près de lui en tout temps. Maintenant, nous nous tenons l’un à côté de l’autre, et Whiteside pointe du doigt quelque chose de très proche de nous qui fait battre mon cœur.

Il s’agit d’un objet partiellement révélé de la taille et de la forme d’une balle de tennis. C’est une bombe en grappes Blu-26. Que se passerait-il si elle explosait maintenant ?

Whiteside, qui a travaillé dans le déminage en Angola pendant une décennie avant de venir au Laos, il y a environ 18 mois, répond en toute franchise. « Il y aurait des morts, dit-il. Parce que nous sommes tout près« .

Ma collègue Brenda Fitzsimons, la photographe, est encore plus proche de l’objet que nous. Nous serions les victimes. La panique m’envahit soudainement. Je n’ai jamais été aussi près de la mort.

La Blu-26 que nous regardons est l’une des quelque 80 millions de munitions non explosées qui restent au Laos, larguées par les États-Unis entre 1964 et 1973. C’était l’une des 670 bombes similaires à l’intérieur de l’obus d’une bombe à sous-munitions, appelée CBU-24, qui s’ouvrait en plein vol pour laisser tomber son contenu. La plupart des bombes à sous-munitions explosait à l’impact. Celle que nous examinons à présent ne l’a pas fait.

Cette région, Xieng Khouang, est la zone la plus bombardée du Laos. La piste Ho Chi Minh y passait, cette zone a été bombardée pour empêcher les ravitaillements au Vietnam pendant la guerre entre le Nord communiste et le Sud soutenu par les États-Unis.

Whiteside est le directeur technique sur le terrain d’une organisation appelée MAG, ou Mines Advisory Group. C’est l’une des six organisations qui travaillent au Laos. Lentement et minutieusement, mètre carré par mètre carré, ces groupes éliminent des munitions non explosées, ou UXO, vieilles de plusieurs décennies. Un nombre stupéfiant de 270 millions de bombes ont été larguées sur le Laos, au cours de ce que l’on a appelé la guerre secrète, parce que les États-Unis ignoraient ce qu’il s’y passait. Les 80 millions de bombes qui n’ont jamais explosé restent actives, enterrées dans tout le pays.

Il y a eu plus de 580 000 missions de bombardement au Laos entre 1964 et 1973. Une toutes les huit minutes, tous les jours, pendant neuf ans.

Yeyang Yang, 31 ans, avec sa fille Syya (6 ans) chez eux dans le village de Banxang, Phonsavan, Laos. Il brûlait des ordures lorsque la chaleur de l’incendie a enflammé une UXO dans le sol et l’a faite exploser.

Quarante-quatre ans après la dernière mission, les bombes larguées par les États-Unis font encore des morts et des blessés. Parmi les survivants, un tiers a perdu un membre ou la vue, et parfois plusieurs membres et la vue. Chaque année, des centaines de personnes sont mutilées, ce qui change leur vie à jamais.

Dans ce pays en développement, où la plupart des gens vivent de la terre, la capacité de faire du travail manuel est essentielle.

Yeyang Yang vit dans une simple maison en bois dans le village de Ban Xang. Yang a 31 ans, mais vous ne pourrez jamais deviner son âge : il ne reste que très peu de son visage d’origine, qui, comme son torse, a été brûlé de façon grotesque en février 2008. C’était un fermier ; à l’époque, il faisait son deuxième travail qui consistait à brûler les ordures de la ville quand une bombe a explosé sous la pile.

Regarder Yang est bouleversant, non seulement parce qu’il est gravement défiguré, mais aussi parce qu’il est clair qu’il a terriblement souffert.

Il n’a plus d’oreille droite, juste un trou sur le côté de la tête. Sa main droite est un amas d’os et de muscles endommagés sans doigts. Son visage semble recouvert d’un masque de plastique fondu de couleur chair. Ses yeux rouges pleurent constamment et ne se ferment pas entièrement.

S’il m’est difficile de regarder Yang en face, je ne peux pas imaginer ce que c’est pour lui de vivre avec une telle défiguration. Il a passé huit mois à l’hôpital et a subi des greffes de peau si douloureuses qu’il a refusé d’en avoir d’autres. « J’avais vraiment peur » , dit-il doucement.

L’association caritative World Education a payé son transport, son séjour à l’hôpital et ses médicaments, ainsi que la présence d’un membre de sa famille à Vientiane. Sa femme et son frère sont restés tout le temps. Son cerveau a également été affecté par l’explosion et il a maintenant des difficultés à se concentrer.

« Je suis vraiment, vraiment désolé et triste de ce qui m’est arrivé, dit Yang. J’étais seulement au travail, en train de faire mon travail. Je ne peux plus travailler maintenant ».

Yang n’a pas quitté sa maison, et encore moins son village, pendant des années après l’explosion. Il était gêné, déprimé et isolé de sa famille et de sa communauté. Le système de santé laotien ne fournit pas systématiquement un soutien en matière de santé mentale.

Ce qui a fait la différence pour Yang, c’est le soutien entre pairs offert par World Education. L’organisation l’a mis en contact avec un homme qui avait également survécu à une horrible explosion. Il est venu chez Yang, et ils ont parlé ensemble de leurs expériences.

Maintenant, Yang se rend dans d’autres communautés pour partager son histoire et soutenir d’autres survivants. Il y a quelques années, il n’aurait jamais accepté de parler à un journaliste, encore moins d’être photographié. Son courage et sa capacité d’adaptation sont héroïques.

Pendant que nous parlons, sa fille de six ans, Syva, entre dans la hutte et se blottit entre ses genoux, en le serrant fort dans ses bras. Pour elle, il est simplement le père qu’elle aime, peu importe à quoi il ressemble.

« Ma vie est mieux maintenant », dit Yang quand je demande, par l’intermédiaire d’un traducteur, à la fin de l’entretien s’il y a autre chose qu’il aimerait dire. « J’ai l’impression d’avoir un rôle important à jouer dans la vie, en aidant les autres survivants à se sentir mieux. Je ne peux plus travailler à la ferme, mais je peux être utile ».

La raison principale du nombre stupéfiant de missions de bombardement était l’emplacement du pays : une partie de la piste Ho Chi Minh, une route qui fournissait les approvisionnements et la main-d’œuvre pour la guerre du Nord Vietnam avec les États-Unis, traversait le pays. La région la plus bombardée du Laos était la province de Xiang Khouang. Il ne pensait pas qu’elle était encore active.

Vous pouvez lire l'article intégral sur le site du Grand Soir.

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