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Publié par YVAN BALCHOY

Lettre de Karl Marx

aux travailleurs de Belgique

Camarades,

«Eco Soir» m'offre l'occasion de m'adresser aux travailleurs de Belgique. Je le fais avec ardeur car je connais vos malheurs : vous êtes 750.000 travailleurs belges à être... sans travail ! Au XIXe siècle déjà, votre pays était parmi les plus durs pour les ouvriers...

On me dit aussi que vous êtes désespérés. Que vous ne savez pas pourquoi l'on ferme vos mines alors qu'elles regorgent de charbon, pourquoi l'on démantèle vos sidérurgies alors qu'elles produisent de l'excellent acier, pourquoi vous devez aligner vos salaires sur ceux de pays moins développés, pourquoi il vous est si difficile de réduire la durée du travail, pourquoi on vous dit «non qualifiés», vous qui pensiez être parmi les meilleurs travailleurs du monde...

Je comprends votre détresse. Tout cela, pourtant, je vous l'avais expliqué dans mes livres. Je vous avais dit que la logique de la concurrence capitaliste conduit les propriétaires de capitaux à augmenter leur production pour un coût salarial moindre. Je vous avais exposé que cette quête de la compétitivité avait des conséquences inéluctables. Rappelez-vous, je les avais appelées les «lois tendancielles du capitalisme»...

La première de ces lois est que le patron cherche à augmenter votre productivité en vous confiant des outils de plus en plus performants. On appelait cela machinisme. Aujourd'hui, vous parlez de «nouvelles technologies de l'information». Vous opérez de moins en moins sur de la matière et de plus en plus sur des signes ? Et alors ? Pensez-vous que cela change quoi que ce soit à cette logique implacable qui veut que la substitution du capital au travail entraîne une baisse du besoin de main-d'oeuvre laquelle pousse vos salaires à la baisse en créant une «surpopulation active» ? Ce que j'ai appelé «l'armée industrielle de réserve» ? Elle compte déjà, chez vous, 750.000 soldats...

La deuxième loi du capitalisme, c'est la baisse tendancielle du taux de profit. Dans «Le Capital», je vous ai montré que le travail est source de plus-value. Je n'entre pas dans les détails, mais, sous la forme argent, celle-ci s'appelle profit. Or si le capitalisme emploie de plus en plus de machines et, donc, de moins en moins de travailleurs, il fait automatiquement diminuer les plus-value et, donc, le profit. Bien sûr, cela se passe de manière plus compliquée. Mais, au bout du compte, Camarades, ces combines ne changent rien à l'affaire : les capitalistes gagnent de moins en moins. Et déclarent la guerre à vos bras !

Résultat : des biens en quantité toujours plus abondante, mais des acheteurs sans pouvoir d'achat... La croissance économique, que l'on croyait naïvement si bien relancée ces derniers mois chez vous, n'est-elle d'ailleurs pas en train de s'évaporer par manque de «consommation privée» ? C'est cela la crise de surproduction. Ainsi surgit une troisième loi. Celle de la concentration : les entreprises en difficulté sont rachetées. Les expropriateurs sont à leur tour expropriés ! Et cette expropriation aboutit à la concentration des capitaux...

N'avez-vous pas, ces dernières années, assisté, justement, à une vague d'OPA ? Même «votre» Société générale de Belgique est passée à la trappe...

Enfin, de tels mouvements de concentration ne vont pas sans restructurations. Les propriétaires expropriés - rappelez-vous la saga des petits porteurs... -, les cadres, viennent ainsi grossir l'armée de réserve, augmentant encore la pression à la baisse sur les salaires. Bref, la misère gagne du terrain. C'est la quatrième loi, celle de la prolétarisation et de la paupérisation croissantes. Cette loi est à l'oeuvre sous vos yeux. Aujourd'hui, vous parlez d'«exclusion sociale». Moi, j'appelle cela « la lutte des classes» !

Camarades, vous le voyez : rien n'a changé. Et cela tôt au tard, vous finirez par le comprendre ! Que les classes dirigeantes tremblent : vous n'avez rien à perdre que vos chaînes. Vous avez un monde à gagner ! Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !

KARL MARX

https://www.lesoir.be/art/marx-le-dernier-classique-le-plus-grand-coeur-que-j-ai-_t-19950804-Z09VRD.html

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