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Publié par YVAN BALCHOY

10-10-19-LA LIBERTE DANS L’ŒUVRE DE DOSTOÏEVSKI (48)   LA VIE EN PARADIS OU LE CHOIX DE L'IDÉAL DE L'HOMME-DIEU (EXTRAIT DE MON ETUDE SUR LA LIBERTE CHEZ DOSTOÏEVSKI PUBLIE SUR CE BLOG)

LA LIBERTE DANS L’ŒUVRE DE DOSTOÏEVSKI (48)

  1.   LA VIE EN PARADIS OU LE CHOIX DE L'IDÉAL DE L'HOMME-DIEU

    L'idéal du dieu-homme mène à l'autodestruction. Mais tel n'est pas heureusement le sort de tous ceux qui à un moment donné ont emprunté la voie de la révolte. Plusieurs d'entre eux ont eu le courage de faire marche arrière en optant pour l'idéal du Christ.

    Raskolnikov dont le mouvement de révolte a été analysé plus haut et Dmitri Karamazov serviront en quelque sorte de charnière entre les deux parties de ce chapitre. Descendus bien bas dans le royaume de l'arbitraire et de la mort, ils renaissent l'un et l'autre à une vie nouvelle qui leur rend en même temps que leur personnalité toute leur dignité d'image active de Dieu.
    Ce salut, ils le découvrent à travers la voie de l'aveu plein de repentir et d'humilité. Renonçant à faire de leur libre volonté un dieu à satisfaire à tout prix, ils le mettent au service de Dieu et de leurs frères, c'est à dire de l'amour actif.
    Ils réussissent ainsi à dépasser leur culpabilité personnelle, en se considérant responsables pour tous et pour tout et sortent de l'isolement ontologique où les avait plongés leur orgueil démesuré. Acceptant de porter les fautes d'autrui,  ils voient les leurs partagées elles aussi et retrouvent ainsi accès à la grande communauté fraternelle des fils de Dieu.
    Cette renaissance spirituelle est le fuit d'un engagement de tout leur être, accompli en pleine liberté,  au service de l'idéal moral que nous a donné le Christ. La recherche de ce but divin transforme et transfigure toute leur existence. Au dégoût de la vie et à l'oisiveté succèdent la joie de vivre et le désir du travail ; au déracinement, la recherche d'un contact plus étroit avec le peuple, leur sol natal et la réalité totale. C'était d'ailleurs une des convictions les plus ancrées dans l'esprit de Dostoïevski que la reconnaissance de l'existence de Dieu et de l'immortalité de l'âme, deux idées connexes selon lui, resserrent les liens entre l'homme et la terre, tandis que l'athéisme et le matérialisme absolu le pousse au suicide. (1)
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    (1) "Oui, pour les vrais russes, les questions de l'existence de Dieu et de l'immortalité de l'âme, ou, comme tu dis, ces mêmes questions envisagées sous une autre face, sont primordiales, et c'est tant mieux, dit Aliocha en regardant son frère.... (Yvan) Les frères Karamazov page 253. 
    L'autre face dont il est question a étét définie par Yvan : "Ceux qui ne croient pas en Dieu discourent sur le socialisme, l'anarchie, sur la rénovation de l'humanité ; or ces questions sont les mêmes mais envisagées sous une autre face." idem page 253.
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    L'immortalité qui promet à l'homme la vie éternelle rattache d'autant plus l'homme à la terre. Il semble que ce doive être le contraire ? Si la vie représente une telle valeur, c'est à dire est immortelle en dehors de la terre, pourquoi donc chérir à ce point la vie terrestre ? Mais ce n'est que par la Foi en son immortalité que l'homme atteint le but qui lui a été assigné ici-bas." (2)
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    (2) Journal d'un écrivain, déc. 1876, page 422.
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    a) La résurretion spirituelle, Radion  Raskolnikov et Dmitri Karamazov.

    Raskolnikov a assassiné par volonté de puissance. Ses réactions postérieures au crime lui ont prouvé qu'il n'était pas le surhomme qu'il avait imaginé. Mais cette découverte ne l'a pas pour autant amené au repentir ; en dépit d'une certaine velléité de conversion, il ne regrette en fait que son échec et non son meurtre :

             -"Il avait beau se montrer sévère envers lui-même, sa conscience endurcie ne trouvait aucune faute particulièrement grave dans tout son passé. Il ne se reprochait que d'avoir échoué." (3)

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    (3) Crime et châtiment, page 605
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    Yvan Balchoy
    balchoyyvan13@hotmail.com
    http://poete-action.ultim-blog.com

 

 

LA LIBERTE DANS L’ŒUVRE DE DOSTOÏEVSKI (47)

Il semble que Dostoïevski distingue deux catégories de damnés.

 

La première comprend les pécheurs qui ont dédaigné l’amour actif par faiblesse plutôt que par perversité. Leur attitude spirituelle dans l’au-delà n’est pas monolithique. Une certaine humilité, suggère-t-il timidement, permet à ces malheureux de retrouver après leur mort une sorte « d’image de cet amour actif » (1) qui sauve

 

 

 

La seconde catégorie comprend les âmes fières et féroces de ceux qui, « non contents d’avoir méprisé l’amour durant leur vie terrestre ne respirent plus dans l’éternité que haine envers Dieu et sa création (2) La connaissance indubitable des réalités spirituelles dont jouissent ces damnés accroît l’esprit d’orgueil, qui les fait communier avec Satan.

 

 

 

-« Ils sont volontairement en enfer et sont insatiables, car ils se sont maudits eux-mêmes, ayant maudit Dieu et la vie. Les méchants se rassasient de leur désespoir comme si un affamé se mettait à sucer son propre sang, mais ils ne se rassasieront pas dans les siècles des siècles. » (3)

(3) Les frères Karamazov, page 887

 

Parvenu au terme de son auto-affirmation destructrice, le damné « partage » en quelque sorte la soif de néant et d’autodestruction de Satan. (4) Il ne peut plus contempler sans haine le Dieu vivant ; Il voudrait qu’il n’y ait plus ni Dieu, ni vie, mais que Dieu s’anéantisse lui-même avec son œuvre.

(4)A vrai dire le terme « partage » doit s’entendre ici en un sens très analogique, excluant toute idée de communion. La similitude entre Satan et le damné est toute extrinsèque, car l’orgueil démoniaque crée entre les êtres personnels une barrière infranchissable en les figeant au plan de la nécessité objective ; séparés de Dieu, les damnés sont par le fait même isolés et coupés les uns des autres. Bernanos parle également de la solidarité dans le mal. Par ailleurs, pour expliquer la différence qui existe entre les démons et les damnés, il écrit : « Satan ne souffre pas que ses victimes lui ressemblent, il ne leur permet qu’une caricature grossière, abjecte, impuissante. »

 

Ce désir impossible le condamne à brûler éternellement dans les flammes de sa propre colère, assoiffé d’une mort et d’un néant que jamais il n’obtiendra. (5)

 

 

 

Contrairement en effet aux allégations de la philosophie française de la bonne digestion, le châtiment infernal est éternel. En effaçant la durée, « comme l’a juré l’ange de l’Apocalypse », la mort met fin au processus vital de transformation et chacun demeure volontairement fixé dans le choix et l’état qu’il s’est donné lui-même et qui exprime synthétiquement son option temporelle.

 

            -« Rappelez-vous l’expression : l’ange ne tombe jamais, le démon est tombé si bas qu’il reste toujours étendu, l’homme tombe et se relève. Je pense que les hommes deviennent démons ou anges … Qui est coupable que vous vous êtes transformés en diables ! » (6)

(6) Carnets des démons, page 958-959

 

On se damne soi-même et c’est à jamais. La souffrance atroce des impies en enfer résulte de cette aliénation, de ce rejet simultané de l’amour de Dieu et de soi, de cette souffrance non partagée, de cette aspiration au néant, vaine et éternelle, puisque « l’Etre est et le non-être n’est pas du tout. » et ne le sera jamais. (7)

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(7) Carnet des démons, page 959. En dépit de la réserve signalée plus haut, concernant une certaine catégorie de damnés,Dostoïevski est donc un partisan résolu de l'éternité de l'enfer. Malgré les affinités nombreuses qu'il se reconnaît avec notre auteur, Nicolas Berdiaëv sur ce point professe l'opinion diamétralement opposée. Il est impossible selon le critique et philosophe russe de conférer l'éternité à l'enfer, car il relève de l'ordre du non-être et ne peut donc exister que sous une forme temporelle. "L'enfer éternel, écrit-il, est une conjonction de mots vicieuse et contradictoire, l'enfer étant précisément une négation de l'éternité, une impossibilité d'y accéder et d'y communier. Il ne peut exister aucun éternité infernale, il ne peut exister qu'une éternité divine." De la destination de l'homme, page 346. CF. Eug. Porret, loc. cit. page 130-131 et Jean Louis Segundo : Berdiaëv, une réflexion chrétienne sur la personne, Paris 1963, page 216-217.

 

 

Yvan Balchoy

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