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Publié par YVAN BALCHOY

 

L'épistémologie nous a appris qu'on ne progresse pas avec ses certitudes pas plus en répétant des activités verrouillées sur des solutions toutes faites. Le progrès et l'innovation sociale ne se conjuguent qu'au temps de la prise de risque et par l’éloignement des zones de confort pour se confronter sans cesse aux incertitudes d'un contexte social qui ne délivre ses causes et ses structures qu'à ceux qui prennent le temps de comprendre pour construire la reliance et trouver les stratégies optimales pour l'action intelligente. L’échec de certains projets, malgré la renommée des agences qui les portent, malgré l’expertise et les milliards qui les supportent, sera toujours dicté et acté, tant qu’ils se limiteront aux activités du prêt à opérationnaliser conçu comme modèle de développement à reproduire dans les pays du sud. L'échec de ce modèle s’explique par un paradoxe qu'on peut désigner sous le nom de la quadrature du temps et de la méthode pour gérer l'urgence. Expertise indigente : Mode d'emploi.

Le postulat de l’action intelligente : de la méthode et du temps

Il est méthodologiquement admis qu’aucune action efficiente ne peut être apportée par l’homme, comme réponse opportune, aux problèmes auxquels il est confronté, que par une réflexion intelligente inscrite dans la durée. Le postulat de l’action intelligente suppose un effort dans le temps et par la méthode pour transformer les problèmes en des études de CAS afin de faire émerger la reliance propre à l’intelligence. L’action s’inscrit comme couronnement d’une réflexion porteuse de connaissance par ses succès ou par ses expériences.

C’est d’ailleurs ce que nous apprend l’économie de la connaissance : la connaissance ne peut être produite que là où on prend le temps d’agir avec attention. Un enseignement rassurant, matérialisé par l’équation dite flux de la connaissance : φ(k) ∝ At. Nous faisons l’hypothèse fortement probable que « l’action avec attention » ne peut être, dans ce contexte, que l’action guidée par la réflexion intelligente et la méthode.

Ainsi, une pensée intelligente sera toujours plus efficace que mille actions improductives. Et parmi les milles raisons possibles pour défendre un tel choix de la raison contre la précipitation, on en retiendra deux. La première est que la pensée intelligente apporte toujours un éclairage qui permet de connaitre les causes. Aristote disait que sans connaitre les causes, on ne peut connaitre le vrai. Or, connaitre les causes, c’est d’abord, circonscrire le contexte problématique sur lequel on veut agir ; pour ensuite dégager les éléments structurants capables d’identifier les parties prenantes agissant comme acteurs porteurs de stratégies. La seconde est que sans reliance, sans intelligence, sans inscription dans une finalité, sans expérience éprouvée par le temps, aucune transmission ne peut passer la promesse des fleurs pour devenir appropriation et conduire à la transformation. Or sans contextualisation et appropriation, sans transformation profonde, toutes les actions du monde n’apporteront que frustrations et déception. Car, en habituant l’esprit à se hâter pour agir sans reliance, on finit par rendre les acteurs impatients et on construit le mythe des problèmes insolubles qui induit impuissance et découragement face aux premiers échecs.

La méthode, la rigueur et le temps restent donc des facteurs de performance que nulle expertise ne peut prétendre assurer la quadrature par des raccourcis. On voit bien émerger dans une reliance structurante les thématiques dominantes de cette causalité (étude de CAS) recherchée pour l’action intelligente :

• Le Contexte pour répondre au Quoi, Quand, et Où ;
• Les Acteurs pour identifier Qui ;
• Et la Stratégie pour savoir Comment et pour quelle finalité.

L’urgence comme raccourci de l’impensé et matrice de l’indigence

Au regard de cette reliance, on peut comprendre facilement l’indigence dans laquelle Haïti sombre. Et ce, malgré une grande disponibilité du savoir gravitant autour de l’expertise locale et internationale ; et ce, malgré d’immenses opportunités de financement mobilisées par les projets de renforcement institutionnel portés par les ONG et les agences internationales.

Objectivement, le drame haïtien s’explique en partie parce que le pays n’est ni pensé avec méthode, ni pensé par les Haïtiens, ni pensé dans l’intérêt des Haïtiens. De sorte qu’un immense impensé structurel s’installe au niveau du leadership national haïtien et conduit à ce vide de l’intelligence qui résonne d’impuissance collective et de médiocrité.

Sous l’effet d’une pesante inertie, qui déforme l’espace et le temps, la pensée s’oriente vers des raccourcis et des simplicités où l’invariant et l’insignifiant prédominent. Subjugués par l’urgence, pétris de superficialité de nombreux Haïtiens, au parcours académique impressionnant par les titres et les diplômes cumulés, préfèrent s’installer dans le confort et la certitude de petites actions médiocres, précipitées et insignifiantes, plutôt que de s’engager dans de véritables efforts turbulents de réflexion projetés sur le long terme.

L’impensé stratégique haïtien s’explique par un grand paradoxe : l’expertise à son chevet cherche constamment à prendre des raccourcis sur la méthode et le temps pour résoudre les urgences ; installant l’esprit dans une simplicité qui tend vers l’impatience et l’impuissance. Ce qui contribue à structurer l’indigence

Vous pouvez lire la suite de ce document sir le site du "GRAND SOIR"

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