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Publié par YVAN BALCHOY

02-07-19- L'ETERNEL FEMININ (THEILHARD DE CHARDIN) '

 

LE FÉMININ, OU L’ UNITIF

Le plus vif du Tangible, c’est la Chair. Et, pour lHomme, la Chair, c’est la Femme.

Parti, dès l’enfance, à la découverte du Cœur de laMatière,

il était inévitable que je me trouve, un jour, face à face avec le Féminin. -

Le curieux est seulement qu’en l’occurrence

la rencontre ait attendu, pour se produire, ma trentième année. -

Si grande était pour moi la fascination de l’Impersonnel et du Généralisé...

Retard étrange, donc.

Mais retard fécond, puisque, pénétrant mon âme au moment précis où, à la veille de la guerre,

Sens Cosmique et Sens Humain étaient en train de sortir en moi de l’enfance, la nouvelle énergie ne risquait plus de détourner

ou de dissiper mes forces, mais tombait, juste à point,

sur un monde d’aspirations spirituelles dont

l’énormité, encore un peu froide, n’attendait plus qu’elle pour fermenter

et s’organiser jusqu’au bout.

Donc, à l’histoire de ma vision intérieure, telle que la relatent ces pages,

il manquerait un élément (une atmosphère...) essentiel

si je ne mentionnais pas, en terminant,

que, à partir du moment critique où,

rejetant bien des vieux moules familiaux et religieux,

j’ai commencé à m’éveiller et à me formuler vraiment à moi-même,

rien ne s’est développé en

moi que sous un regard et sous une influence de femme.

On n’attendra évidemment pas de moi autre chose, ici, que l’hommage général, quasi-adorant, montant du tréfonds de mon être,

vers celles dont la chaleur et le charme ont passé,goutte à goutte,

dans le sang de mes idées les plus chères...

Mais si je ne saurais, en pareille matière, ni préciser, ni décrire, - en revanche, ce que

je puis affirmer, c’est une double conviction progressivement née en moi, au contact des faits,

et dont - avec cette pleine sérénité et impartialité qui viennent avec l’âge - je veux témoigner.

En premier lieu, il me parait indiscutable ( en droit, aussi bien qu’en fait) que chez l’homme - même et si voué soit-il au service d’une Cause

ou d’un Dieu - nul accès n’est

possible à la maturité et à la plénitude spirituelle en dehors de quelque influence « sentimentale »

qui vienne, chez lui, sensibiliserl’intelligence, et exciter, au moins

initialement, les puissances d’aimer.

Pas plus que de lumière, d’oxygène ou de vitamines,

l’homme - aucun homme - ne peut (d’une évidence chaque jour plus criante) se passer de Féminin.

En deuxième lieu, si primordiale et structurelle soit, dans le psychisme humain,

la rencontre plénifiante des sexes, rien ne prouve (bien au contraire !) que nous possédions encore une idée exacte du fonctionnement

et des formes optima de cette fondamentale complémentarité. -

Entre un mariage toujours polarisé, socialement, sur la reproduction, et

une perfection religieuse toujours présentée, théologiquement,

en termes de séparation, une troisième voie (je ne dis pas moyenne mais supérieure)

nous manque décidément :

voie par la transformation révolutionnaire dernièrement opérée

dans notre pensée par la transposition de la notion d’ « esprit ».

Esprit, nous l’avons vu, non plus de dématérialisation, mais de

synthèse.

Materia matrix. Non point fuite (par retranchement), mais conquête

(par sublimation) des insondables puissances spirituelles encore dormantes sous l’attraction mutuelle des sexes : telles sont, j’en suis de plus

en plus persuadé, la secrète essence et la magnifique tâche à venir de la Chasteté

1

.

1

En insérant lui-même, comme appendice à son autob

iographie, le récit de ses premières expériences my

stiques, le Père Teilhard a voulu

que rejaillît, sur cette œuvre, la lumière à laquel

le il avait alors accédé.

Pour comprendre

Le Féminin

, à l'altitude où habitait le Père Teilhard depuis

1919, il faut saisir dans toute leur force les lign

es ci-après de

La Puissance spirituelle de la Matière

: « Une rénovation profonde venait de s'opérer en

lui, telle qu'il ne lui était plus possible, maintenant,

d'être Homme que sur un autre plan

... Même pour ceux qu'il aimait le plus, son affection

serait une charge, car ils le sentiraient chercher

invinciblement quelque chose derrière eux

. » On peut également rapprocher, de la clausule ici publiée,

L' éternel Féminin...

 

Le Père Teilhard

nous a confirmé, en fin de vie, sa fidélité

irréductible au vœu solennel de chasteté prononcé lors de

sa profession religieuse, en 1918.

 « Cette fidélité, a-t-il ajouté, n'a pas exigé de luttes

dont je me souvienne.

 Je ne peux aimer que le Christ.

» Il s'agit donc bien - et uniquement –

 dans ces pages de « la puissance spirituelle » du Féminin. (N.D.E.)

 

https://www.teilhard.fr/sites/default/files/pdf/t1360-117-le.coeur.de.la.matiere.pdf

 

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