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Publié par YVAN BALCHOY

 

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Les polémiques sur une immigration qui volerait le travail des nationaux et son instrumentalisation par le patronat pour faire pression à la baisse  sur les salaires et les conditions de travail de ceux-ci sont récurrentes. Elles resurgissent à chaque campagne électorale et donnent lieu à des affirmations allant dans toutes les directions. Il n’est pas inutile de rappeler quelques fondamentaux. 

 

 

La mise en concurrence généralisée des forces de travail est une des caractéristiques du mode de production capitaliste. Pour ce faire toutes les différences (d’âge, de sexe, d’origine nationale, de culture, etc.) constituent des facteurs sur lesquels s’appuient l’idéologie de la classe dominante dans son travail inlassable pour empêcher l’émergence d’une conscience commune d’appartenance à une même classe sociale. L’unité de la classe ouvrière n’est donc pas une donnée première mais au contraire le résultat d’un travail politique et idéologique d’unification. Sans un tel travail la classe ouvrière apparaît comme divisée, parcellisées et hiérarchisée en de multiples catégories : travailleurs précaires et travailleurs stables, nationaux et immigrés, jeunes travailleurs et moins jeunes, etc. En raison des préjugés hérités de l’histoire coloniale le clivage entre la partie « nationale » de la classe ouvrière et sa partie « immigrée », reste un des outils contemporains principaux de division.

Pour saisir les enjeux des transformations actuelles liées à la nouvelle phase de mondialisation capitaliste, il convient d’avoir à l’esprit le modèle antérieur et la place qu’y tenait l’immigration. Compte-tenu de la taille limitée de cet article, nous résumons à trois les fonctions jouées par la force de travail immigrée au sein du processus de production et de reproduction du capitalisme.

 

L’instance économique : la force de travail immigré comme variable d’ajustement structurel

 

Les débuts du mode de production capitaliste sont marqués par la quête de force de travail. En fonction des réalités nationales les réponses vont être différentes. En Angleterre la ruine de l’économie paysanne c’est-à-dire l’expropriation organisée des petits paysans fut la réponse principale. Elle ne fut cependant pas la seule comme en témoigne la forte immigration ouvrière irlandaise du fait de la situation coloniale de ce pays. En France la faiblesse démographique mais aussi les capacités de résistance de la petite et moyenne paysannerie depuis la révolution de 1789 (dont il ne faut pas oublier le caractère agraire et anti-féodal) oriente la soif de force de travail vers un appel à l’immigration. Aux USA la colonisation qui est dans le même temps une exportation du mode de production capitaliste, le besoin de force de travail se traduira par l’appel massif à l’esclavage et à l’immigration. La fonction d’ajustement de l’immigration commence ainsi dès l’aube du capitalisme dans des formes et des ampleurs différentes selon les spécificités nationales.

Mais la fonction d’ajustement de l’immigration ne s’arrête à ce premier âge du capitalisme. La tendance à la circulation du capital vers les secteurs à forts profits a pour conséquence le besoin de faire circuler la force de travail. Ce besoin de circulation se heurte au rapport de forces entre le capital et le travail à chaque moment historique dont une des dimensions est la lutte des travailleurs pour les sécurités sociales. La lutte entre le capital et le travail peut ainsi se lire également comme antagonisme entre le besoin de circulation de la force de travail pour le capital et revendications de sécurités sociales pour les travailleurs. La force de travail immigrée est ainsi une nécessité du capitalisme non seulement en termes de besoin quantitatif de force de travail, mais également en termes de disposition de cette force de travail au bon endroit, dans les bons secteurs, etc. c’est-à-dire que la force de travail immigrée garde sa fonction d’ajustement structurel jusqu’à aujourd’hui.

Pour illustrer cette fonction citons le directeur de la Population et de la Migration, Michel Massenet résumant en 1962 le besoin massif d’une force de travail immigrée :   

« La concurrence dans le marché commun ne sera supportable que si notre pays dispose d’une réserve de main d’œuvre lui permettant de freiner l’inflation salariale. Un apport de travailleurs jeunes non cristallisés par l’attachement à un métier ou par l’attrait sentimental d’une résidence traditionnelle augmente la mobilité d’une économie qui souffre des « viscosités » en matière de recrutement de main d’œuvre. »

Simplifions ce vocabulaire autour des trois idées clés de cette déclaration : 1) Les travailleurs nationaux sont trop organisés et combatifs pour leur imposer une baisse des salaires et des conditions de travail ; 2) Ils sont trop attachés aux droits liés à un métier et au fait d’avoir un logement décent ; 3) Il faut donc constituer une nouvelle strate inférieure dans le monde du travail.

Dès cette période et de manière organisée, la stratification du monde du travail à partir du marqueur de la nationalité et de l’origine est posée. Cette fonction économique d’ajustement peut se formaliser dans la formule suivante :  » premiers licenciés, premiers embauchés ». Les restructurations et les crises de surproduction cycliques sont l’occasion de licenciements massifs de la force de travail immigrée, rendue ainsi disponible pour migrer une nouvelle fois, mais cette fois-ci vers d’autres secteurs économiques. Les périodes de reprise (et l’incertitude qui pèse toujours sur leur durée et leur ampleur) sont pour les mêmes raisons des moments d’embauches importantes de force de travail immigrée.

D’autres catégories de la population jouent également cette fonction d’ajustement : les femmes et les jeunes. Ces trois catégories ont en commun d’être plus précarisées que le reste du monde du travail, c’est-à-dire de disposer de capacités moindres de résistance face à l’instabilité imposée par les besoins du capital.  A l’exploitation commune de tous les travailleurs s’ajoutent pour ces catégories une surexploitation ou une discrimination. La question de la place de ces catégories dans les organisations syndicales et politiques est donc à poser, de même que celle de la place de leurs revendications dans l’agenda de ces organisations. Faute de la prise au sérieux de ces questions un décalage grandissant s’insinue entre les différents segments de la classe ouvrière

Pour lire la suite de cet article, consultez INVESTIG'ACTION de Michel Collon

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