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Publié par YVAN BALCHOY

Lettre ouverte à Alexander De Croo, Vice-Premier ministre et ministre de la Coopération au développement

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La Belgique arrête sa collaboration avec le ministère de l’Enseignement en Palestine. Dans un quotidien, Alexander De Croo, ministre belge de la Coopération au développement, a en effet décidé de couper le robinet de l’aide “tant que les écoles palestiniennes porteraient des noms de terroristes palestiniens“. Cette décision a fortement étonné Herman De Ley, professeur émérite à l’Université de Gand. Que faut-il alors pour que le gouvernement belge arrête de collaborer avec Israël ? demande-t-il dans une lettre ouverte au ministre De Croo. (IGA)


Nevele, le 15 septembre 2018

À Monsieur Alexander De Croo

Vice-Premier ministre et ministre de la Coopération au développement, de l’Agenda numérique, des Télécom et de la Poste, boulevard du Jardin Botanique, 50, boîte 61, 1000 Bruxelles.

Monsieur le Vice-Premier Ministre,

Dans le quotidien De Standaard (DS) des 15 et 16 septembre, j’ai lu que vous aviez décidé que la Belgique ne collaborerait plus avec le ministère palestinien de l’Enseignement« tant que les écoles palestiniennes porteraient des noms de terroristes palestiniens ». Ce que vous visez ici en particulier, ai-je compris, c’est le fait qu’une petite école bâtie l’an dernier avec des fonds belges dans le village de Beit Awwa (près de Hébron) a été baptisée par les villageois du nom de Dalal Mughrabi et que, malgré de lourdes pressions (financières), les villageois ont refusé – et refusent toujours – d’en modifier le nom. Après une suspension, l’an dernier déjà, vous avez désormais mis fin pour de bon à la collaboration avec le ministère même de l’Enseignement.1

En tant que personne se sentant concernée depuis longtemps par le peuple palestinien qui souffre d’une occupation militaire longue de plusieurs décennies, je ne puis que condamner votre annulation de tout soutien à l’enseignement palestinien déjà lourdement touché durant toutes ces années.

Dalal Mughrabi, comme on le sait, était une combattante de la résistance de vingt ans originaire du camp de réfugiés de Sabra, àBeyrouth, et qui, le 11 mars 1978, avait dirigé un détournement de bus; au cours d’un combat de plusieurs heures avec l’armée, aussi bien les douze pirates que quelques dizaines de passagers pris en otages avaient perdu la vie. Comme d’autres militants (c’est le terme utilisé dans DS) tombés dans la résistance, Dalal Mughrabi est également saluée comme une héroïne par la population palestinienne des Territoires occupés. Sans vouloir verser dans la provocation, j’utilise le terme de « combattante de la résistance », là où la presse et la littérature pro-israéliennes utilisent systématiquement le mot « terroriste » – de la même façon qu’aujourd’hui aussi, toute expression de la résistance ou protestation palestinienne est toujours condamnée et poursuivie (ou traitée de façon plus sévère encore) en tant que « terrorisme » ou, du moins, en tant qu’« incitation au terrorisme » (« incitement », en anglais).2 Cependant, comme nous le savons tous, le « combattant de la résistance » de l’un est le « terroriste » de l’autre ; en fin de compte, c’est toujours le discours du vainqueur qui prime, dans l’historiographie officielle.

Cela vaut très certainement pour la confrontation entre Palestiniens et Israéliens. Déjà, du point de vue de la population autochtone conquise, la création même de l’État d’Israël est « imputable » pour une part importante à des actes de terreur : de la part de laHaganah, l’armée pré-étatique de Ben-Gourion, et des milices sionistes par-dessus tout : l’Irgoun Zvai Leoumi (« Organisation militaire nationale d’Eretz Israël ») et le Lehi (« Combattants pour la liberté d’Israël – Lehi »), appelé également « Gang – ou Groupe – Stern »). Ils étaient dirigés respectivement par Menahem Begin et Yitzhak Shamir, tous deux futurs Premiers ministresde l’État d’Israël.3 Les militants de ces organisations clandestines commirent d’innombrables attentats terroristes : contre des autobus, marchés et cafés arabes, etc., avec chaque fois des dizaines de victimes. Mais, actes répugnants par-dessus tout, il y eut les dizaines de bains de sang qu’ils provoquèrent parmi les villageois palestiniens innocents.4 Et ce, dans l’intention de terroriser la population palestinienne au point qu’elle aurait choisi la fuite « de son propre chef ».

Sur le plan des attentats politiques de ces milices, il y eut par exemple l’assassinat en novembre 1944 de lord Moyne (« ministre d’État britannique au Moyen-Orient, en poste au Caire »), un proche ami de Churchill.5 Le plus retentissant « acte d’héroïsme », toutefois – sur le plan de l’impact, l’historien israélien Tom Segev le compare à l’attentat contre les Tours jumelles 6– fut l’attentat à la bombe (organisé par Menahem Begin) contre l’hôtel King David à Jérusalem, le 22 juin 1946. D’une violence inouïe (une aile de l’hôtel de 6 étages s’effondra complètement), il tua 91 personnes, dont 75 étaient des civils.7 L’exécutant de cette « Opération Malonchik » était un jeune homme de vingt ans à peine… 

Vous pourrez lire la suite de cet article sur le site "Investig'action" de Michel Collon

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