Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Archives

Publié par YVAN BALCHOY

 

 

Les gilets jaunes : le prolétaire contre le président des riches (LE GRAND SOIR)

Tayeb EL MESTARI

« C’est la goutte qui a fait déborder le vase » est une phrase au style simple et direct dont a le secret le langage populaire. La taxe carburant est cette goutte qui a propulsé au premier plan la question sociale en France alors que la classe dirigeante et ses appareils idéologiques la croyaient enterrée. Elle était tout au plus traitée à la marge par des mesures anti-pauvreté qui agissaient sur les effets et non sur les causes. Or, l’irruption de la question sociale sur la scène politique bouscule les termes du débat en élevant la coalition des prolétaires et des classes moyennes paupérisées au rôle d’acteur central et incontournable. De deux manières. L’une est de nature économico-sociale et indirecte, l’autre de nature politique et directe.

Depuis 40 ans les conditions sociales des classes populaires se dégradaient. A chaque rendez-vous électoral, l’abstentionnisme progressait et faisait apparaitre le vote comme un simulacre démocratique. La classe dirigeante se méprenait en croyant que les classes populaires avaient abdiqué définitivement. Que le silence valait consentement. Mais les classes populaires attendaient un prétexte. Et il fut donné sur un plateau par Macron : la taxe carburant. Les gilets jaunes se sont soulevés comme un seul homme pour la contester et échapper au destin assigné par la loi du plus fort.

La violence économique contre le peuple

Le gilet jaune rend visible politiquement la classe sociale des prolétaires et rend visible simultanément la véritable nature des mécanismes sociaux et économiques qui suent par tous leurs pores la misère la plus implacable. Car derrière la demande d’annulation de la taxe carburant, les gilets jaunes posent la question de leur condition et derrière la question de leur condition se pose celle des rapports de domination et d’exploitation propres à la société capitaliste. L’entrée tambour battant de la question sociale sur la scène politique a lieu dans le contexte de mutation du capitalisme qui, depuis la fin des années 1970, tente de surmonter la crise qui le mine. Cette mutation se traduit concrètement et de façon synthétique par la baisse des salaires et la disparition progressive de l’Etat providence qui avait été conçu comme une arme efficace pour contrer la révolution ouvrière. L’image macroniste du « ruissellement » est un dogme capitaliste ancien qui postule que l’enrichissement d’une minorité est naturellement profitable à la société toute entière.

Mais ce dogme idéologique, élevé à un statut théologique, est contredit par le réel. L’enrichissement des classes possédantes suppose dans la société capitaliste la paupérisation des masses et, en particulier, celle de la classe ouvrière dont la force de travail à bon marché est la condition sine qua non pour augmenter les profits. C’est la loi d’airain du capitalisme. L’explication de la condition sociale des masses populaires se trouve dans le mode de production capitaliste qui produit et reproduit en permanence leur paupérisation. La politique menée à marche forcée pour faire accepter le processus de paupérisation des classes dominées a mobilisé le soutien des partis politiques et des syndicats qui, en raison de ce soutien, ont fini par perdre la légitimité qui leur restait auprès de ces classes. En exigeant la hausse des salaires, les gilets jaunes remettent en cause radicalement ce qui constitue la pierre angulaire de la politique économique : augmenter le profit au détriment des salaires. Deux exigences contradictoires et irréconciliables s’affrontent depuis la naissance du capitalisme, soit la hausse du profit soit celle du salaire. Cet affrontement perdure, sans doute plus que jamais, et jette une lumière crue sur le ridicule des théories politiques et sociologiques prophétisant la fin de la lutte des classes. Les ressorts déterminants du capitalisme produisent continuellement, sous des formes différentes selon les périodes, les rapports sociaux de domination où la valeur de l’ouvrier producteur est réduite à sa plus simple et cruelle expression d’une marchandise que les décideurs économiques veulent maintenir à bas prix. Cette contradiction fondamentale est au principe de la civilisation capitaliste où toute chose et tout être humain est une marchandise.

 

Vous pourrez lire la suite de cet article à l'adresse suivante du "Grand Soir"

https://www.legrandsoir.info/les-gilets-jaunes-le-proletaire-contre-le-president-des-riches.html

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article