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Publié par YVAN BALCHOY

En 1889, armée d'une bible et d'un Brownie Kodak, Alice Seeley Harris, une missionnaire anglaise de confession baptiste, débarquait au Congo avec son mari. Les atrocités qu'elle y découvrit la révoltèrent et elle n'eut de cesse d'utiliser son appareil photographique pour les dénoncer. Une exposition intitulée Brutal Exposure : the Congo lui est consacrée actuellement au Musée international de l'Esclavage, à Liverpool.


La photo apparaît comme une trouée lumineuse dans le sombre cortège des horreurs étalées sur les murs. On y voit un Africain assis de profil sur le muret d'une véranda, dans la splendeur d'une journée tropicale. La nature proche a tout d'un paradis terrestre. On y chercherait en vain la sourde menace de la jungle.

Alice a trente-quatre ans. Elle est née dans le Somerset, en Angleterre. Depuis qu'elle est toute petite, l'Afrique la fascine. Bouleversée par le destin de David Livingstone, elle veut aller évangéliser les populations africaines, comme le célèbre explorateur. Seulement voilà, le Congo que Stanley vient d'ouvrir au monde n'est encore qu'une terra incognita restée à l'âge de la pierre, un monde en proie au cannibalisme, aux guerres tribales, aux bêtes fauves et à la maladie mortelle du sommeil.

Certainement pas la place d'une femme prisonnière des conventions victoriennes autant que du corset qui lui étrangle la taille.Contre vents et marées, Alice n'en a pas moins suivi une formation de missionnaire à Londres. En 1898, elle a épousé John Harris, un missionnaire comme elle. En guise de voyage de noces, les Harris ont pris la mer, à Liverpool, pour un long voyage qui les a conduits ici, dans cette région oubliée de Dieu.

Ce qu'ils y ont découvert les a révoltés. Léopold II, le souverain du Congo, se bâfre sans scrupule de sa part du « succulent gâteau africain » que les grandes puissances se sont partagées à la Conférence de Berlin de 1885.

Ici, le malaise vient d'ailleurs, du regard des deux jeunes gens qui, à l'arrière-plan, croisent les bras. De quoi ont-ils peur, ces deux hommes qui fixent l'appareil-photo comme s'il allait cracher le feu ? Et l'homme assis, que regarde-t-il avec tant d'intensité ? Est-ce du désespoir qu'on lit dans ses yeux ? Ces deux objets, sur le muret, qu'on avait d'abord pris pour des pierres ou des morceaux de bois, il faut se pencher sur la photo pour se rendre compte que ce sont la main et le pied d'un enfant. Nous sommes dans le haut Congo, en 1904. L'homme s'appelle Nsala.

Pour punir les habitants de leur réticence à récolter le caoutchouc, des miliciens de l'Anglo-Belgian India Rubber Company ont attaqué son village et tué sa femme et sa fille, avant de les dévorer. Avec ses deux compagnons, Nsala s'est mis en route pour demander justice à l'administrateur colonial. Il transporte, emballés dans une feuille de bananier, la main et le pied de sa petite fille, tout ce qui reste de l'épouvantable festin des soudards.

Quand les trois hommes font halte à la mission, Alice Seeley Harris est seule. Son mari, le Révérend John Harris, est en tournée dans les villages environnants. Sous les yeux horrifiés, de la jeune femme, Nsala déplie la feuille de bananier. « Je voulais apporter des preuves », explique-t-il....

Ce qu'ils y ont découvert les a révoltés. Léopold II, le souverain du Congo, se bâfre sans scrupule de sa part du « succulent gâteau africain » que les grandes puissances se sont partagées à la Conférence de Berlin de 1885.

 

Heureusement pour "le roi Léopold", en 1888, John Dunlop, un vétérinaire de Belfast, invente la chambre à air en regardant son jeune fils peiner sur son tricycle à roues pleines. Le boom sur le caoutchouc qui s'en suit est un don du ciel pour le souverain du Congo, car sa colonie regorge de latex sauvage. Mais il faut faire vite : les prix chuteront dès que les hévéas viendront à maturité dans les plantations créées à la hâte en Amérique latine et en Asie.

Pour  forcer les indigènes à travailler, il est nécessaire de créer des milices comme celle qui a ravagé le village de Nsala. Mais dans bien des cas, c'est l'armée officielle, la « Force publique » créée dans le but de lutter contre les négriers arabes de Zanzibar, qui fait respecter les extravagants quotas imposés par le roi. Infiltrée par des gens de la pire espèce, des ratés ou des aventuriers assoiffés de richesses échoués, cette armée pille les villages, rançonne les habitants et prend les femmes et les enfants en otage pour obliger les hommes à rapporter leur part de latex.

L'amputation d'une main est une pratique courante. Les cartouches de fusil sont distribués aux soldats africains avec parcimonie. Les officiers européens exigent de leurs hommes qu'ils rapportent une main – boucanée pour éviter sa corruption – prouvant que chaque cartouche a été utilisée à bon escient. Il n'est pas rare qu'un enfant soit amputé vivant, dans le but de dissimuler qu'une cartouche a été gaspillée à la chasse.

Le célèbre slogan peut s'appliquer à la campagne qui fait rage. Émus par les images et les articles, de nouveaux adeptes rallient par milliers l'association de Morel. Et, comme le Royaume-Uni est un des garants des accords de la conférence de Berlin, le Parlement de Westminster est inondé de lettres sommant les députés de mettre un point final à cette ignominie.

Le gouvernement de Sa Majesté n'a bientôt plus d'autre choix que de confier une mission d'enquête à Roger Casement, le consul du Royaume-Uni dans l'État indépendant du Congo. Véritable catalogue d'atrocités, le rapport du diplomate confirme point par point les témoignages des missionnaires protestants. Pendant ce temps, les Harris s'attirent l'hostilité des agents de Léopold II au Congo...

Mais il est vrai que c'est seulement dans les contes de fée que les méchants rois sont châtiés, à la fin de l'histoire. Quand il mourut, en 1909, Léopold II était un des hommes les plus riches du monde. Lors de ses funérailles, les têtes couronnées d'Europe y allèrent de leur petite larme,

 

 

 

SI vous voulez à juste titre,  lire l'article intégral référez-vous à l'adresse suivante :

http://cameroonvoice.com/news/article-news-19680.html

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